Existe-t-il une histoire de la pensée managériale méditerranéenne ? [Appel à com]

Depuis sa création en 1965, La Revue des Sciences de Gestion s’attache à documenter, analyser et transmettre les évolutions de la pensée managériale dans toute sa diversité. Fidèle à sa vocation originelle – offrir un espace scientifique ouvert, pluraliste et international pour comprendre les pratiques de gestion dans leurs contextes sociaux, économiques et institutionnels – la revue a toujours accordé une importance particulière à l’histoire des idées gestionnaires et à l’étude des traditions intellectuelles qui ont contribué à structurer le champ.

Depuis les travaux de l’historien Fernand Braudel (1949), l’histoire se spatialise et ne se comprend plus uniquement via une vision séquentielle des événements, mais comme une mise en évidence de permanences (Ibid., 1967). Bien avant l’institutionnalisation universitaire des sciences de gestion au XXe siècle, l’espace méditerranéen peut être analysé comme un champ historique de production de rationalités organisationnelles, au sens où s’y sont élaborées, testées et diffusées des formes spécifiques de coordination, de gouvernement économique et d’action collective. Ports, compagnies commerciales, entreprises industrielles, grands travaux d’infrastructure, dispositifs coloniaux et formes de gouvernement économique ont produit, dès le XIXe siècle, des modes de rationalisation de l’action collective qui préfigurent les sciences administratives et managériales contemporaines. La Méditerranée peut ainsi être envisagée non seulement comme un espace géographique, mais comme une matrice historique de production et de circulation des savoirs de gestion.

Dans cette perspective, la question de l’existence d’une histoire de la pensée managériale méditerranéenne invite à revisiter, dans une perspective historiographique et épistémologique, les contributions de précurseurs francophones des sciences administratives et économiques du XIXe siècle, notamment issus des courants saint-simoniens et libéraux (Chevalier, [1832], 2006). Leurs réflexions sur l’organisation des entreprises, des infrastructures et des territoires — qu’il s’agisse de systèmes de communication, de circulation, de production ou de colonisation — ont contribué à penser la Méditerranée comme un espace économique intégré, structuré par des dispositifs organisationnels complexes. Ces travaux, souvent situés aux frontières de l’économie politique, de l’ingénierie et de l’administration, constituent un socle encore peu exploré de la pensée managériale.

Ces premières élaborations intellectuelles trouvent des prolongements institutionnels au XXe siècle, notamment dans certains pôles universitaires du sud de la France et des autres rives méditerranéennes. À la suite de la 5e journée d’histoire de la pensée managériale tenue en avril 2025 à Aix-en-Provence, plusieurs communications ont mis en évidence l’existence d’un écosystème de recherche riche et durable en sciences de gestion, voire d’une pensée managériale ancrée territorialement. Dans l’espace aixois et marseillais, la création du premier IAE français il y a plus de 70 ans, l’émergence du CRET-LOG comme laboratoire pionnier de la pensée logistique (Rouquet, 2023), ou encore l’empreinte de figures majeures ayant contribué à façonner des courants de pensée reconnus au niveau national et international comme Jean-Louis Le Moigne au niveau de la pensée complexe et des systèmes (Amabile et al., 2018 ; Bidan et Schmitt, 2024) ou Pierre Eiglier pour la gestion des services (Bowen, 2023), font écho à l’inscription plus large de ces travaux dans l’espace méditerranéen, entendu comme un lieu de circulation des idées, des méthodes et des pratiques managériales.

Dans cette optique, l’existence de plusieurs pôles de recherche en sciences de gestion sur les différentes rives de la Méditerranée, porteurs de traditions universitaires distinctes, invite à formuler l’hypothèse d’une histoire méditerranéenne de la pensée managériale, en résonnance avec les travaux italiens sur la pensée méridienne de l’italien Franco Cassano (1998). En effet, de nombreuses recherches dans les champs de l’entrepreneuriat (Marchesnay et al, 2006 ; (Paturel, 2010 ; 2016) ont souligné des stratégies (Aliouat, 2018) et des modes d’action spécifiques dans des contextes marqués par l’incertitude, l’instabilité ou encore la rareté des ressources, en particulier en méditerranée[1]. Par exemple, les recherches menées sur les terrains d’Afrique du Nord, du Proche-Orient ou du sud de l’Europe mettent ainsi en évidence des formes d’organisation et de décision adaptées à des environnements qualifiés d’« hostiles », dans lesquels les acteurs développent des conventions spécifiques, des stratégies hybrides voire d’ubiquité (Wahidi, 2012) ou des formes d’entrepreneuriat transnational, tissés au gré des récits d’immigration (Mahfouz et Levy-Tadjine, 2025). Ces travaux interrogent les cadres d’analyse dominants des sciences de gestion et invitent à un décentrement théorique, méthodologique et épistémologique au sein de la discipline.

Dans cette continuité, l’écriture d’une histoire de la pensée managériale en contexte méditerranéen conduit également à interroger son articulation historique avec les projets coloniaux et postcoloniaux, notamment en Afrique du Nord. Les dispositifs administratifs, entrepreneuriaux et infrastructurels mis en œuvre dans ces contextes ont contribué à la production de savoirs gestionnaires tout en soulevant des enjeux politiques, éthiques et épistémologiques majeurs. Ces enjeux nourrissent aujourd’hui les approches décoloniales de l’histoire de la pensée managériale, encore peu développées (Passant, 2025), qu’elles s’inscrivent ou non dans le courant des Critical Management Studies (Agulhon et Müller, 2024).

Par ailleurs, certains travaux issus de l’espace méditerranéen ont acquis une portée théorique dépassant leur contexte d’origine, à l’image des recherches sur l’entrepreneuriat et en marketing. Ainsi, les travaux libanais sur la résilience en contexte polycrises (Badran et Sleiman, 2024) et l’antifragilité (Taleb, 2012) font aujourd’hui écho sur d’autres rives (Frimousse, 2022 ; Frimousse, 2019). Dans le cas des entrepreneurs libanais implantés en Afrique, Levy-Tadjine et Dzaka (2016) montraient ainsi la nécessité de changer de cadre d’analyse pour analyser leur démarche stratégique. Parallèlement, une invitation analogue au décentrement est aussi faite en marketing pour appréhender les pratiques locales de RSE et analyser les réalités et les comportements des acteurs méditerranéens. Alors que les initiatives RSE sont souvent présentées comme le produit d’un contexte industriel et post-industriel occidental importé tel quel dans le reste du monde (Jamali et al., 2020), le travail de Koudri et Djedidi (2022) sur les PME algériennes montre que la RSE s’enracine dans des valeurs culturelles et éthiques locales. Les auteurs mettent également en évidence des formes discrètes de RSE, qui s’écartent de leur conception dominante comme outil de communication et de valorisation de l’image de marque, telle qu’elle est décrite dans la littérature consacrée aux contextes européens et nord-américains.

Dans ce cadre, ce numéro spécial de La Revue des Sciences de Gestion vise à accueillir des contributions d’histoire de la pensée managériale (Poivret, 2017, 2018, Marco et Poivret, 2022, Marco, Pesqueux et Poivret, 2025) s’inscrivant dans une démarche explicitement théorisée.

Les travaux attendus pourront notamment :

  • analyser l’histoire des centres de recherche, des institutions académiques et des écoles de pensée en sciences de gestion situés dans l’espace méditerranéen ;
  • revisiter les contributions de précurseurs des sciences administratives, économiques et managériales, en particulier aux XIXe et XXe siècles ;
  • étudier des lieux-objets emblématiques (ports, canaux, détroits, infrastructures logistiques, compagnies concessionnaires) comme dispositifs organisationnels et managériaux et comme inspirateur de pensée gestionnaire spécifique à ces objets;
  • mobiliser des archives écrites ou orales dans une perspective historiographique ou critique ;
  • articuler l’analyse historique à une réflexion théorique sur la production, la circulation et la légitimation des savoirs en gestion ;
  • interroger les enjeux coloniaux, postcoloniaux et décoloniaux de l’histoire de la pensée managériale.

[1] Voir aussi le document que rédigea Michel Marchesnay à l’occasion de la soutenance de sa 6e thèse en 2006, disponible sur https://mrm.edu.umontpellier.fr/files/2016/01/M.MARCHESNAY-direction-de-these.pdf

Modalités de soumission

Rédacteurs en chef

Sophie Agulhon sophie.agulhon.1@univ-amu.fr
et Cédric Poivret cedric.poivret@univ-eiffel.fr

Langues acceptées : français ou anglais.

Types de contributions : articles de recherche originaux (méthodologie historique, historiographique ou critique), études de cas documentées, approches théoriques ancrées dans l’histoire des idées, analyses comparatives.

Longueur des articles : de 8.000 à 10.000 mots, conformément aux standards de la revue (bibliographie incluse), voir https://larsg.fr/consignes-aux-auteurs

Processus d’évaluation : triple évaluation en double anonymat, conformément aux standards de La Revue des Sciences de Gestion.

Calendrier

  • Soumission des articles complets : 30/06/2026
  • Retour aux auteurs : 31/07/2026
  • Publication prévue : 1er numéro 2027 (janv.-fév.)

Normes éditoriales : les manuscrits devront respecter les consignes de rédaction et les styles bibliographiques de La Revue des Sciences de Gestion.

Bibliographie

  • Agulhon, S., Mueller, T. (2024), From housewife’s expertise to the women’s movement: Empowerment through scientific management during the progressive era. Organization, 0(0), 1-26.
  • Aliouat, B. (2018), En hommage à Robert Paturel : L’art de la persuasion en sciences de gestion. La Revue des Sciences de Gestion, 289290(1‑2), 131‑132. https://doi.org/10.3917/rsg.289.0131
  • Amabile S., Meissonier R., Pénéranda A. (2018), J.-L. Le Moigne, Pionnier de l’ingénierie des systèmes d’information organisationnels, in Walsh I., Kalika M., Dominguez-Pery C. (coord.), Les grands auteurs en Système d’Information, EMS Editions, Caen, 370-189.
  • Badran, J. et Sleiman, A. E. H. (2024), L’articulation entre légalité, légitimité et éthique pour une résilience durable des micros, petites et moyennes entreprises au Liban. La Revue des Sciences de Gestion, 330(6), 45‑61. https://doi.org/10.3917/rsg.330.0045
  • Bidan, M. et Schmitt, C. (2024), Sur les pas de Jean-Louis Le Moigne. Projectics / Proyéctica / Projectique, 37(1), 3‑4. https://doi.org/10.3917/proj.037.0003
  • Bowen D., (2023), A tribute to Dr Pierre Eiglier: a service field founder with timeless service wisdom, Journal of Service Management, 34, 1, 2023, 1-9.
  • Braudel F., (1949), La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Armand Colin, Paris, 400 p.
  • Braudel F., (2022), Civilisation matérielle, économie et capitalisme, Armand Colin, Paris, 512 p.
  • Cassano, F. (1998), La pensée méridienne, Editions de l’Aube, La Tour-d’Aigues, 110 p.
  • Chevalier, M. ([1832], 2006), Système de la Méditerranée. Éditions Fayard, Paris, 96 p.
  • Frimousse, S. (2022), Guide de l’antifragilité. Domptez l’imprévisible et l’incertain. EMS Editions, Caen, 160 p.
  • Frimousse, S. (2019), Quand l’Afrique s’éveillera… le management tremblera ! La Revue des Sciences de Gestion, 2019/5 (N° 299-300), 125-132.
  • Jamali, D., Jain, T., Samara, G. et Zoghbi, E. (2020), “How institutions affect CSR practices in the Middle East and North Africa : A critical review”. Journal of World Business, 55(5), 101127. https://doi.org/10.1016/j.jwb.2020.101127
  • Koudri, H. et Djedidi, A. (2022), “Social Responsibility Discretion in Algeria : A Case of Local Brands”. In K. Ogunyemi, O. Ogunyemi et A. Anozie (Éds.), Responsible Management in Africa, Volume 2 : Ethical Work and Sustainability. Emerald Publishing Limited. https://doi.org/10.1108/978-1-80382-493-220221006
  • Lévy-Tadjine, T. et Dzaka-Kikouta, T. (2016), Faut-il changer de modèle(s) et de cadres d’analyse pour appréhender l’entrepreneuriat en Afrique ? Revue internationale des sciences de l’organisation, 2(2), 15‑39. https://doi.org/10.3917/riso.002.0015
  • Mahfouz, S. et Lévy-Tadjine, T. (2025), L’entrepreneuriat, une alternative à l’émigration des jeunes libanais. Management & Avenir, 145(1), 19‑41. https://doi.org/10.3917/mav.145.0019
  • Marchesnay M., Julien P.-A. (1988), La petite entreprise, Principes d’économie et de gestion, Vuibert, Paris.
  • Marchesnay M., Chabchoub Kammoun S., Ellouze Karray H., (2006), Y-a-t-il un entrepreneuriat méditerranéen, Revue française de gestion, 7, 166, 101-118.
  • Marco L., Pesqueux Y., Poivret C., (2025), L’histoire de la pensée managériale, Son histoire, nationale et américaine, et son futur probable en France, Revue française de gestion,3, 322, 11-26.
  • Marco L., Poivret C. (2022). Histoire de la Pensée Gestionnaire, Edi Gestion, Castres.
  • Passant A.-J.-G, (2025), Vers une histoire plus coloniale de la pensée managériale, Revue Française de Gestion, 3, 322, p.129-151.
  • Paturel, R., & Richomme-Huet, K. (2010). Vers la mise en œuvre d’une démarche d’intelligence économique pour l’artisanat en Région PACA. Management & Avenir, 40(10), 158‑172. https://doi.org/10.3917/mav.040.0158
  • Paturel, R., & Maalel, I. (2016). La performance des structures tunisiennes d’accompagnement des créateurs d’entreprises. Recherches en Sciences de Gestion, 113(2), 63‑88. https://doi.org/10.3917/resg.113.0063
  • Poivret C. (2017). « Quelques réflexions sur l’histoire de la pensée managériale française (I) », Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels- RIPCO, HS, p. 297-326.
  • Poivret C. (2018). « Quelques réflexions sur l’histoire de la pensée managériale française (II)», Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportement sorganisationnels – RIPCO, vol. XXIV, n° 57, p. 275-295
  • Rouquet A., 2023, La naissance de la pensée sur la logistique d’entreprise en France, Logistique & Management, 31:3, 115-133.

Message de François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a fait part aujourd’hui de sa décision personnelle de quitter ses fonctions début juin prochain, pour prendre la Présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Il y succèdera à Jean-Marc Sauvé, dont le mandat se termine fin mai. Le Conseil général de la Banque de France, dans sa séance du 6 février, a donné son accord à cette future activité.

La Fondation Apprentis d’Auteuil, reconnue d’utilité publique, est un acteur majeur en France de l’aide sociale à l’enfance et la formation de la jeunesse en difficulté. Elle accompagne chaque année plus de 40 000 enfants et adolescents, et s’appuie sur l’engagement de plus de 8 000 collaborateurs salariés à travers 430 établissements dans les territoires.

François Villeroy de Galhau commente ainsi sa décision : « Cette nouvelle mission dans un domaine social clé a pour moi un grand sens pour continuer à servir l’intérêt général. Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l’euro sont et resteront l’honneur de mon parcours public ; nous avons avec les hommes et les femmes de la Banque de France tenu le cap de la stabilité et soutenu la confiance à travers les crises, et nous avons transformé cette grande institution publique. D’ici juin, et un peu plus d’une année avant le terme de mon second mandat, il me semble que j’aurai accompli l’essentiel de ma mission ».

revue Mondes en Développement : appel à contribution pour le n° 215/3

Revue francophone à comité de lecture fondée en 1973 par François Perroux (Collège de France), Mondes en développement publie au plan international des contributions en français ou, pour certaines, en anglais. Elle s’intéresse aux différents modes et trajectoires de développement des pays dans le monde, selon des valeurs humaines (économie des ressources humaines, éthique du développement…), économiques (coopérations, mondialisation, sous-développement et pauvreté, dynamiques migratoires…), sectorielles et techniques (industrialisation, agriculture, transferts de technologies…), financières (financement du développement, dette, microfinance…). Une attention particulière est accordée aux enjeux institutionnels (gouvernance) et de la société civile dans une perspective de développement durable.

Pour son n° 215/3 de 2026, la revue Mondes en Développement propose un thème : « Emploi du temps, travail domestique et care » Rédacteurs en chef invités : Jacques Charmes et Philippe Adair. Cet appel est ouvert jusqu’au 1er avril 2026.

Appel à contribution

La mesure de l’emploi du temps des femmes et des hommes et la prise en compte du travail domestique ne sont pas des préoccupations nouvelles. Les travaux de Stanislav Strumilin (1925) sur les ouvriers de l’Union soviétique dans les années 1920, puis de Sorokin (1937, 1939) aux États-Unis, sans même revenir jusqu’à Frédéric Le Play (1855) et ses travaux sur les ouvriers européens, avaient posé les jalons d’une tradition d’enquêtes sur l’emploi du temps qui prirent leur essor dès la fin des années 1960 en Europe (Szalai, 1972) et connurent une accélération et une extension à l’ensemble des régions du monde suite à la Conférence de Beijing qui en fit une des recommandations de sa Plate-Forme d’Action en 1995. On compte aujourd’hui plus d’une centaine de pays à avoir réalisé de telles enquêtes à l’échelle nationale dont la moitié les ont renouvelées au moins une fois (près de 280 enquêtes ont été recensées) (Charmes, 2021, 2025). Les tâches domestiques ont également été considérées comme un véritable travail depuis longtemps (Le Play, 1855 ; Marshall, 1909) et ce n’est que la naissance de la Comptabilité Nationale dans l’après-guerre et la nécessité de pouvoir apprécier la valeur marchande des activités productives qui conduisirent à leur exclusion afin de limiter le recours à des mesures par voie d’imputation, alors que les recensements de population ne s’étaient pas tenus à une telle exclusion (Folbre 1991). Dès 1934, les travaux de Margaret Reid (1934), puis ceux de Gary Becker avec sa Théorie sur l’allocation du temps (1965) et son Traité sur la Famille (1981), et plus récemment de Marylin Waring (1988 ; 1999) remettaient l’accent sur l’importance du travail domestique que le rapport Stiglitz, Sen et Fitoussi (2009) devait pointer comme l’une des lacunes dans la mesure du PIB et du bien-être. Lors de sa révision en 2008, et de nouveau en 2025, le Système de Comptabilité Nationale (SCN) préconisait l’élaboration de comptes satellites de la production domestique et le calcul d’un PIB étendu. Fleurirent alors de nombreuses estimations de la production domestique en proportion du PIB, mais ce n’est que plus récemment que des versions élargies des comptes nationaux et du PIB ont vu le jour avec des méthodologies standardisées (UNECE 2017).

Cependant, les utilisations et les analyses des enquêtes sur l’emploi du temps ne se cantonnent pas au seul travail domestique : le temps consacré aux loisirs, à la sociabilité et aux soins personnels a toujours représenté un centre d’intérêt pour les sociologues (Gershuny, 2000), les études de santé publique (Voir les articles publiés dans le BMC Public Health sur l’impact de l’utilisation du temps sur la santé de certaines catégories de personnes : jeunes, adultes, personnes âgées), les spécialistes des media (nombre d’heures passées à l’écoute ou devant les écrans, et créneaux d’écoute) et les approches environnementales (temps consacré à la production d’énergie et au traitement des déchets (Fajzel et al., 2023), certains de ces aspects ayant même précédé l’intérêt pour le travail domestique non rémunéré.

Il n’en demeure pas moins que le travail domestique et de soins, qui retombe de façon disproportionnée sur les femmes, est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux obstacles limitant l’accès de celles-ci au marché du travail, le responsable du caractère épisodique ou partiel de leur participation économique, et par voie de conséquence une limite à leur autonomisation. On ne compte plus le nombre des travaux sur la pauvreté en temps (« time poverty ») (Zacharias, 2011 ; Zacharias et al., 2012), la féminisation de la pauvreté (Chant, 2006), les inégalités de genre dans le partage du travail domestique et de soins (Antonopoulos and Hirway, 2010 ; Hirway, 2017) qui viennent alimenter la réflexion en amont de la stratégie dite des 3 Rs (Reconnaître-Réduire-Redistribuer) (Elson, 2017).

Plus récemment deux rapports phares de l’Organisation Internationale du Travail sur le travail et les travailleurs des soins (Addati et al., 2018), ou sur les soins dans le cadre du travail (Addati et al., 2022) ont suscité la réalisation de nombreuses études sur l’économie des soins dans les diverses régions du monde : voir par exemple UN Women-ERF, 2020 pour la région MENA ou Donehower, 2025 pour l’Asie et ECLAC-UN-ILO, 2025 pour l’Amérique Latine). En étendant la réflexion aux travailleurs des soins dans le secteur économique, ces rapports ont élargi la stratégie des 3Rs à deux dimensions supplémentaires (Rémunérer-Représenter) pour rendre compte du fait que ces travailleurs – non rémunérés dans la sphère domestique – le sont aussi très mal dans la sphère marchande et que les un(e)s et les autres doivent être mieux représentés afin de faire entendre leurs voix et revendications de la part des pouvoirs publics.

La littérature francophone sur ces sujets est relativement ancienne (Fouquet et Chadeau, 1981 ; Goldschmidt-Clermont, 1982 ; Roy, 2009 et 2012 ; le numéro de la revue française de socio-économie consacré à la question en 2008 ; plus récemment Chassoulier et al., 2023 pour un panorama sur le secteur des soins en France) ou mal connue au milieu des innombrables travaux anglo-saxons et il est apparu souhaitable d’y consacrer un numéro thématique de la revue Mondes en Développement.

Les articles soumis pourront relever de diverses disciplines (anthropologie, économie, géographie, psychologie, santé publique, sociologie) et traiter – dans une perspective de genre – diverses thématiques parmi lesquelles :

  • Pauvreté en temps et féminisation de la pauvreté
  • Racines des inégalités de genre sur le marché du travail
  • Répartition du travail domestique et de soins au sein des ménages
  • Normes sociales, patriarcat et division du travail au sein de la sphère domestique
  • Dimensions et structures de l’économie des soins et impact des politiques au niveau local, national, régional
  • Politiques de reconnaissance, de réduction et de redistribution du travail domestique et de soins
  • Emploi du temps et questions de santé et de bien-être
  • Impact des chocs exogènes (pandémie du COVID-19, hyperinflation, dévaluation) sur l’emploi du temps et le travail domestique et de soins
  • Travailleurs domestiques rémunérés
  • Travailleurs rémunérés du secteur des soins (éducation, santé, travail social)

Cette liste ne se veut pas exhaustive et toutes les propositions entrant dans le champ défini seront examinées.

Cet appel est ouvert à tout type de méthodes : réflexions théoriques, analyse macro, méso ou micro, études de cas, production d’indicateurs, analyses statistiques, études expérimentales dont RCT, analyse comparative ou monographie etc…

Critères de sélection : pertinence thématique, pertinence du champ, originalité de la démarche, clarté de l’argumentation, pertinence des résultats.

Instructions aux auteurs

L’auteur·trice atteste que sa proposition d’article n’a pas été publiée par ailleurs et ne fait pas l’objet d’une soumission à une autre revue. L’avis du Comité de lecture conditionne la publication de tout article. La proposition d’article anonymisée fait l’objet d’un avis de recevabilité puis, s’il est positif, de rapports anonymes par deux referees.

  • Le texte est transmis en fichier word par mail. Le volume de référence est de 50 000 signes (espaces inclus), y compris les résumés, les notes, la bibliographie, les annexes, les tableaux et graphiques. Le texte, en style normal, est aligné à gauche, sans retrait de paragraphe, sans césure, sans puce, ni numéro. Il est composé en garamond 11, espace simple, sans marge.
  • Les résumés en français et en anglais (avec titre traduit) ne dépassent pas 1 000 caractères (espaces inclus). Ils sont accompagnés de mots-clés (français et anglais, 7 au maximum) et de la classification JEL (5 références au maximum).
  • Les parties et sous-parties sont numérotées (1., 1.1, 1.1.1, …). L’introduction et la conclusion ne sont pas numérotées.
  • Les tableaux, graphiques, schémas et cartes mesurent au maximum 11,5 cm en largeur ; leur emplacement dans le texte est précisé. Ils sont présentés, ainsi que les formules mathématiques, sous word, éventuellement au format image, et ne sont pas scannés. Leur lisibilité est testée sur un tirage papier.
  • Le titre de l’article, prénom et nom de l’auteur, titre, institution, adresse électronique, adresse postale personnelle (pour l’envoi du numéro), sont mentionnés.
  • Les notes de bas de page sont numérotées par ordre croissant en chiffres arabes en times new roman normal 9.
  • Dans le texte, les références d’auteurs sont précisées des plus récentes aux plus anciennes, avec les pages des citations (Perroux, 1981, 47).
  • À leur première utilisation, les sigles et acronymes sont développés.
  • La bibliographie est établie en garamond 10, par ordre alphabétique des seules références mobilisées dans le texte, pour un auteur, de l’année la plus récente à la plus ancienne, sous la forme suivante :

La reproduction et la traduction des articles sont soumises à l’accord préalable des éditions De Boeck. La source est indiquée et un exemplaire est communiqué à la rédaction.

Format des contributions

La proposition de contribution est soumise en fichier Word par mail aux adresses suivantes : jacques.charmes@yahoo.com ; adair@u-pec.fr

Références

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ANTONOPULOS, R. and HIRWAY, I. eds., (2010) Unpaid Work and the Economy, Gender, Time Use and Poverty in Developing Countries, The Levy Economics Institute at Bard College, Palgrave-MacMillan.

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CHASSOULIER, L. ; DEVETTER, F-X. ; LEMIERE, S. ; PUCCI, M. ; SILVERA, R. et VALENTIN, J. (2023) Investir dans le secteur du soin et du lien aux autres : Un enjeu d’égalité entre les femmes et les hommes, Marché du travail et genre (MAGE), IMT Nord Europe, CLERSÉ (UMR 8019), Université de Lille, IRES.

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HIRWAY, I. ed. (2017) Mainstreaming Unpaid Work, Time Use Data in Developing Policies, Oxford University Press, New Delhi.

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2 stages à pourvoir : Étude des freins et des leviers à la réparation des objets

Deux stages sont à pourvoir sur le thème « Étude des freins et des leviers à la réparation des objets », respectivement pour le Laboratoire EconomiX à l’université Paris Nanterre et le Laboratoire d’économie Dyonisien (LED) au sein de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis.

Stage 1

Durée : 6 mois à temps complet (35h par semaine)

Rémunération : 4,50€ de l’heure et remboursement de 50% des frais de transport, ce qui fait entre 600€ et 700€ par mois suivant les mois

Lieu : Laboratoire EconomiX à l’université Paris Nanterre, avec une possibilité de télétravail

Encadrement : Le.a stagiaire sera encadré.e par Phu Van Nguyen et Thrycia Tite

Description du stage

Dans le cadre de notre programme de recherche, nous proposons un stage de 6 mois sur le thème « Étude des freins et des leviers à la réparation des objets ». Ce stage offre une opportunité unique de contribuer à un projet de recherche innovant et de développer des compétences méthodologiques et analytiques.

Missions

1. – Participation à l’élaboration d’expériences d’économie expérimentale :

  • Discussion sur les protocoles expérimentaux
  • Coder des expériences
  • Réaliser des expériences

2. – Rédaction d’une revue de la littérature

3. – Participation aux tâches collectives du projet de recherche (organisation, compte-rendu de réunion, etc.)

4. – Recherche qualitative possibles, suivant l’intérêt du stagiaire

  • Réaliser des enquêtes de terrain (en groupe ou en autonomie
  • Réaliser des entretiens avec une grille commune
  • Coder via NVivo
  • Relire les retranscriptions
  • Réaliser des recherches bibliographiques

Profil recherché

  • Étudiant.e en Master en économie, gestion ou sciences sociales avec une appétence pour la recherche.
  • Intérêt marqué pour la recherche et les méthodologies quantitatives.
  • Capacité à travailler de manière autonome et en équipe.
  • Bonnes compétences en communication écrite et orale.
  • Maîtrise des outils de recherche bibliographique et des logiciels d’analyse quantitatives (un plus).

Candidature

  • Pour postuler, merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Phu Nguyen Van (pnguyenvan@parisnanterre.fr) et Thrycia Tite (ttite@parisnanterre.fr) avant le 28 février 2026. Les candidatures seront examinées au fil de l’eau.

Stage 2

Durée : 6 mois à temps complet (35h par semaine)

Rémunération : 4,50€ de l’heure et remboursement de 50% des frais de transport, ce qui fait entre 600€ et 700€ par mois suivant les mois

Lieu : Laboratoire d’économie Dyonisien (LED) au sein de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, avec une possibilité de télétravail

Encadrement : Le.a stagiaire sera encadré.e par Elen Riot et Elias Bouacida

Description du stage

Dans le cadre de notre programme de recherche, nous proposons un stage de 6 mois sur le thème « Étude des freins et des leviers à la réparation des objets ». Ce stage offre une opportunité unique de contribuer à un projet de recherche innovant et de développer des compétences méthodologiques et analytiques.

Missions

1. – Recherche qualitative

  • Réaliser des enquêtes de terrain (en groupe ou en autonomie)
  • Réaliser des entretiens avec une grille commune
  • Coder via NVivo
  • Relire les retranscriptions
  • Réaliser des recherches bibliographiques

2. – Rédaction d’une revue de la littérature

3. – Participation aux tâches collectives du projet de recherche (organisation, compte-rendu de réunion, etc)

4. – Participation à l’élaboration d’expériences d’économie expérimentale possible, suivant l’intérêt du stagiaire :

  • Discussion sur les protocoles expérimentaux
  • Codage des expériences
  • Réalisation des expériences

Profil recherché

  • Étudiant.e en Master en science sociale ou économie avec une appétence pour la recherche.
  • Intérêt marqué pour la recherche et les méthodologies qualitatives.
  • Capacité à travailler de manière autonome et en équipe.
  • Bonnes compétences en communication écrite et orale.
  • Maîtrise des outils de recherche bibliographique et des logiciels d’analyse qualitative (un plus).

Candidature

  • Pour postuler, merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Elen Riot (elen.riot@univ-paris8.fr) et Elias Bouacida (elias.bouacida@univ-paris8.fr) et avant le 28 février 2026. Les candidatures seront examinées au fil de l’eau.

CDEFM : les perspectives pour 2026

Ce 29 janvier, les perspectives de la CDEFM pour 2026 était présentées par Vincenzo Vinzi, Directeur Général de l’ESSEC et Stéphanie Lavigne, Directrice Générale de TBS Education.

Vincenzo Vinzi, respectivement président par intérim, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM, viennent d’organiser conjointement une conférence de presse de présentation de l’organisation et ses perspectives en ce début 2026. La Conférence des Directeurs des Écoles Françaises de Management regroupe à ce jour 37 écoles, près de 180.000 étudiants, dont 1/3 en alternance, 4.000 professeurs et 10.000 collaborateurs.

Vincenzo Vinzi, président, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM
Vincenzo Vinzi, président, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM, dans les locaux de l’ESSEC Business School, à Puteaux.

Les membres de la CDEFM présentent un positionnement international compétitif malgré des risques

En premier lieu Vincenzo Vinzi aura décrit la position des meilleures écoles de commerce comme un véritable « miracle à la française ». Alors qu’elles permettent un accès aux grandes écoles de commerce avec des frais d’inscription globalement plus faibles que leurs concurrentes internationales, la CDEFM fait le tour de force de placer 26 écoles dans la tranche des 100 meilleures inscrites dans le classement du Financial Times de 2025, comme le confirme un communiqué de Campus France.

  • Ceci-dit, il faut constater – en premier lieu – une fuite paradoxale d’étudiants français justement vers l’international. Il existe en effet un effet délétère à ce jour lié au calendrier de Parcoursup qui donne aux étudiants des réponses trop tardives sur leur choix définitifs d’inscription dans les établissements scolaires français alors que les places dans les écoles étrangères se clôturent par anticipation. Un processus contre-productif qui amène trop souvent les étudiants nationaux à préférer la sécurisation d’une place hors de nos frontières.
    Bien entendu, il faudrait avancer la date des résultats selon les représentants de la CDEFM. Des échanges avec le Ministère à ce propos seraient d’ailleurs bien avancés.
  • En second lieu, sur les 37 écoles de la conférence, 23 écoles s’ouvrent aux classes préparatoires. La réputation historique des grandes écoles en France est d’ailleurs un marqueur important de cette filière. Pourtant, lors de la dernière rentrée, quatorze d’entre-elles n’ont pu remplir les effectifs attendus. C’est que la concurrence internationale s’intensifie. Historiquement centré autour du Top 10 des écoles, il faut noter aujourd’hui un resserrement notable du choix des familles pour  le Top 5 des établissements triplement accrédités (AMBA, EQUIS, AACSB).
    « Une des cinq premières sinon rien… » deviendrait une attitude souvent constatée selon les propos de Stéphanie Lavigne. En tout cas, « rien en France » faut-il préciser si les étudiants concernés par ce choix n’obtenaient de place dans le quinté !

On comprend mieux la compagne « Prépare-toi » #PREPARETOI initiée dès 2024, visant à mettre en exergue le passage en classe préparatoire – pour valoriser ces étudiants diplômés des Grandes Écoles Françaises de Management ayant emprunté cette filière – par la délivrance de deux nouveaux certificats : un « Certificates of Liberal Arts » et un autre dit « of Humanities » délivré par la CDEFM. Le but est autant de signaler aux entreprises ce passage dans une filière spécifique, pour ne pas dire élitiste, avec une vision dite « higher order thinking skills » visant également à répondre aux attentes de l’Association des professeurs des classes préparatoires (APHEC) face aux formations bac +2 diplômantes qui prennent du terrain.

#preparetoi

Une double difficulté pour les établissements qui cherchent à ouvrir les recrutements

Au-delà de cette sélection des profils dans une valorisation des « habiletés supérieures de la pensée », il ne faut pas oublier la masse de la cohorte. 64% des étudiants en école de commerce ne seraient jamais venus s’il n’y avait pas eu d’apprentissage et 27% y sont boursiers, selon une étude CDEFM réalisée auprès de 7.445 étudiants et publiée en novembre 2024. 48% de ces mêmes étudiants travaillent, dont 90% dans des entreprises françaises. 1/3 sont des internationaux et les 3/4 souhaitent vivre en France. C’est donc bien la valeur d’une culture transmise que la plupart des étudiants viennent finalement chercher en France, dans une sorte de « pollinisation croisée des cultures » évoque Vincenzo Vinzi, lui-même né à Capri (Italie). C’est pourquoi ce dernier aspire à ce que les problématiques de délivrance des visas puissent se solutionner grâce à une simplification des processus et un accroissement des offres d’hébergement autour des campus. Une mise en « valeur républicaine » précise-t-il, avant d’évoquer les partenaires Campus France et le label « Bienvenue en France » ainsi que les Ministères de référence.

Pourtant, la rédaction de LaRSG s’est étonnée du fait que certaines écoles de la CDEFM s’écartent de l’esprit qui prévaut à l’article premier de la Constitution française intitulé « De la souveraineté » qui stipule que la langue de la République est le français. Qu’il s’agisse des enseignements ou du site internet, 100% est parfois en anglais ! Lorsque la question est posée, Stéphanie Lavigne précise que certaines écoles ont effectivement développé des programmes « Full English » pour ceux des étudiants qui veulent s’inscrire dans des carrières internationales. Il n’en reste pas moins que l’ESCP est financée, pour partie, par des cotisations prises sur les entreprises du tissu économique parisien, alors que l’établissement n’affiche plus Paris comme raison d’être de son acronyme. [source]

« La langue ne doit pas présenter une barrière » indique Vincenzo Vinzi, et il y a « risque de se couper de talents », même si « chaque école fait sa stratégie » complète Stéphanie Lavigne.

Une course à la certification perpétuelle

Alors qu’une unification des critères de qualité serait souhaitée par le président de la CDEFM en évoquant les organismes de certification, autant nationale qu’internationale, Vincenzo Vinzi a exprimé le souhait que la certification « Qualiopi » – considérée aujourd’hui comme un gage de qualité des prestataires d’actions de formation et d’apprentissage – puisse subir une montée du label vers une version complémentaire Qualiopi +.

Rendue obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour les organismes de formation souhaitant bénéficier des fonds publics et mutualisés, Qualiopi se verrait adjoindre une nouvelle certification cette fois obligatoire pour renforcer les exigences sur les méthodes pédagogiques. En perspective, de nouveaux dispositifs de contrôle pédagogique de l’apprentissage seraient envisagés alors que la certification actuelle ne mesure directement ni l’impact ni l’efficacité de l’enseignement.

À n’en pas douter, une sur-législation entrainement de nouveaux coûts pour les écoles qui se répercuterons inévitablement. Les frais des programmes grandes écoles (PGE) ayant augmenté de 84% depuis 2011, passant d’environ 25 918 € à 47 728 €, et continuent de croître de 5 % par an (source TF1).

Le mot de la fin pour la CDEFM

Vincenzo Vinzi et Stéphanie Lavigne n’ont exprimé aucun avis sur l’émancipation du CNRS des accès du Web of Science (Clarivate) et l’impact pouvant être induit sur les écoles membres de la CDEFM.

Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte

Cette journée intitulée « Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte » visera à améliorer la compréhension générale de la réglementation en matière de droit d’auteur en promouvant la connaissance du cadre juridique européen et de son application pratique.

📅 mercredi 28 janvier 2026 de 8h45 à 16h15
📍 CNAM, 2 rue Conté, 75003 Paris

Programme de la journée : « Le chercheur face au droit d’auteur »

1️⃣ Compréhension du cadre juridique général du droit d’auteur
le double rôle du chercheur à la fois auteur et utilisateur de contenus,
le régime juridique applicable aux fonctionnaires,
les dispositifs clés comme la faculté pour l’auteur de mettre ses articles en archives ouvertes (Secondary Publication Right – SPR).
2️⃣ Application aux pratiques de recherche (TDM Science ouverte)
Découvrir les bonnes pratiques en matière de droit d’auteur dans les activités de recherche, comprendre l’exception de fouille de textes et de données (Text and Data Mining – TDM), et apprendre à concilier les principes de la science ouverte avec le respect du droit d’auteur
3️⃣ Acquisition de compétences pratiques via des cas concrets
Acquérir des compétences pratiques grâce à l’examen de cas concrets, notamment concernant le TDM, les exceptions de recherche et le recours aux licences Creative Commons

👉 Pour confirmer votre participation,
veuillez compléter votre inscription
avant le mercredi 21 janvier 2026 ici.

n°334-335 – La réalité est toujours infiniment plus variée que ce que n’importe quelle théorie peut saisir*

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

Nous avons choisi le père de la sociologie pour exprimer avec une limpidité remarquable, la manière dont La Revue des Sciences de Gestion conçoit la recherche depuis sa fondation. La connaissance ne se réduit jamais aux cadres que nous dessinons pour la saisir. Les organisations, les pratiques, les territoires et les comportements débordent toujours les catégories que nous élaborons pour les comprendre. Le réel ne se laisse pas enfermer dans une formule. Il surprend, résiste, déjoue les simplifications. Depuis soixante ans, la plus ancienne revue francophone de management assume pleinement et avec impertinence ce rapport exigeant au terrain et aux faits, en refusant toute réduction systématique au profit d’une compréhension patiente et plurielle des phénomènes. Et cela n’en déplaise aux « classeurs » de tout poil. En la matière, je fais mien cet aphorisme prêté à Sacha Guitry : « Il parait qu’il y a des gens qui classent tout. Ce sont les mêmes qui, finalement, ne comprennent rien ! »

https://doi.org/10.3917/rsg.334.0001

Soixante ans : un anniversaire, pas une retraite

Cette année 2025 revêt ainsi une signification particulière. La revue célèbre ses soixante ans. En France, cet âge évoque immédiatement la retraite. Cet âge plus que jamais anime les oppositions syndicales tout comme les joutes oratoires des plateaux de télévision ou des assemblées avec le retour à un seuil devenu presque mythique depuis François Mitterrand.

Rien de tout cela n’est d’actualité pour La Revue des Sciences de Gestion. A soixante ans, elle ne songe nullement à ralentir. Elle ne prend pas non plus sa retraite. Elle ne s’y prépare pas. Elle ne montre aucune intention de le faire. Bien au contraire, elle poursuit avec la même vitalité l’exploration des organisations, l’accueil des travaux venus de différents continents et la confrontation des approches théoriques. Le numéro double qui s’ouvre ici est l’avant-dernier de cette année du soixantenaire, prélude direct aux journées de Marrakech les 10, 11 et 12 décembre 2025.

Notre jubilé, ou plutôt les « noces de diamant » de La RSG seront fidèles à notre ouverture à toutes les cultures francophones.

Ce triduum se déclinera d’abord par deux colloques dans le cadre des 3es Rendez-vous du management de Marrakech (RMM) qu’a lancé le Professeur Nabil Ouarsafi et auxquels nous sommes associes depuis le début !

  • Un large débat sur le travail s’illustre par un thème désormais central dans les organisations comme dans le débat public, à savoir la question de savoir s’il faut travailler plus, travailler moins ou travailler autrement.
  • La démocratie en santé et le pouvoir d’agir des usagers est l’objet, le 11 décembre, du 3e colloque que notre revue organise, en partenariat avec la chaire de Gestion des services de santé et le laboratoire Lirsa (EA4603) du Conservatoire national des arts et métiers[1]. Partenaire incontournable, sa directrice Sandra Bertézène a, en plus, coordonné la publication, aux éditions LEH, du volume de plus de cinq-cents pages qui réunit toutes les contributions des deux premiers colloques que nous avons organisés en 2023 à Paris et en 2024 à Paris et Montréal (bulletin de commande.)

Les Doctoriales offriront en outre à de jeunes doctorants marocains un accompagnement méthodologique et scientifique, prolongeant ainsi le rôle de transmission qui fait partie de l’identité de la revue grâce à la venue de membres de notre comité de rédaction.

Enfin, les prises de parole des personnalités françaises et marocaines lors des festivités du soixantenaire répondront à la question de savoir ce que signifie durer pour une revue scientifique, sans devenir immobile ni répétitive, avec le témoignage d’autres directeurs de revues francophones, venus partager cette fête de la recherche en management !

Une fidélité au terrain et à la complexité du réel

En effet, depuis six décennies, la revue défend une manière précise de comprendre les phénomènes de gestion : partir du terrain, observer les pratiques, écouter les acteurs, suivre les processus, au lieu de plaquer un modèle préétabli. Cette fidélité à l’enquête et à la situation concrète est l’un des fils rouges de son histoire. Marc Bloch le rappelait avec une image devenue classique lorsqu’il écrivait que le bon historien ressemble à l’ogre de la légende, car là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier[2]. La connaissance en science de gestion comme en Histoire ne nait pas d’une construction abstraite ; elle se forme dans le contact avec la vie sociale.

Henry Mintzberg, dont les travaux empiriques ont renouvelé la compréhension du management et inspire tant de recherches, dont mes travaux de thèse, l’a formulé avec la même exigence : Pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les organisations, il faut sortir de son bureau et aller sur le terrain[3]. Les routines, les ajustements, les réponses improvisées, les solutions ad hoc, tout ce qui échappe à la formalisation immédiate fait partie intégrante du fonctionnement réel. L’historien et le spécialiste des organisations se rejoignent : le savoir exige de regarder ce qui agit et non ce que l’on imagine qui devrait agir.

Cette posture n’a jamais quitté la revue. Elle est pour ainsi dire constitutive de son identité. Elle a permis d’accueillir, depuis 1965, des travaux venus de mondes différents, porteurs de traditions intellectuelles variées, nourris d’expériences contrastées. Elle a rendu possible la rencontre entre l’analyse institutionnelle, la théorie des organisations, la sociologie du travail, la gestion publique, la finance, le marketing, l’économie territoriale ou encore la gouvernance coopérative. La Revue des Sciences de Gestion n’a jamais cherché l’uniformité. Elle a proposé la fécondité. Voilà pourquoi une fois de plus, elle est inclassable et surtout pas avec des normes venues d’ailleurs et inadaptées. « La pensée ne doit jamais se soumettre : ni a un dogme, ni à un parti, ni à une passion ; ni à un intérêt, ni a une idée préconçue ; mais seulement aux faits établis[4]. »

Une revue naturellement ouverte

C’est à cette lumière que prend tout son sens la citation de Max Weber que nous avons choisi pour titre de cet éditorial. Les terrains réunis dans ce numéro en témoignent. Ils proviennent d’Afrique francophone, d’Europe, du Congo, du secteur coopératif champenois, de l’industrie régulée, du marché de la téléphonie. Ils ne forment pas une mosaïque disparate mais un ensemble cohérent qui montre que la gestion se pense à l’échelle du monde, dans la diversité des continents, des cultures et des institutions.

Trois contributions ouvrent ce volume pour présenter un État de la question ou de la recherche.

1. Une revue systématique de la littérature sur l’aliénation du consommateur montre comment un concept ancien retrouve une pertinence contemporaine à l’heure des crises, des scandales et des mouvements d’anti-consommation.

2. Présenter la recherche africaine en contrôle de gestion, en s’appuyant sur les Journées d’Étude Africaine en Comptabilité et Contrôle, met en évidence la construction progressive d’un espace scientifique africain capable de produire ses propres cadres analytiques.

3. Analyser vingt années d’entrepreneuriat féminin congolais montre comment inclusion sociale, création de valeur et ancrage territorial se combinent dans un environnement institutionnel complexe.

Ces trois états de la recherche ne se contentent pas de faire un bilan ; ils ouvrent des agendas, des pistes, des chemins possibles.

Quatre articles riches d’actualité interrogent les tensions contemporaines et prolongent ces analyses en abordant des enjeux très concrets car l’ambiguïté est une caractéristique centrale de la vie organisationnelle[5]. Ils examinent les tensions interpersonnelles dans les réseaux vertueux, les critères mobilisent par le capital-risque dans la sélection des projets, les liens entre leadership transformationnel, motivation et créativité, ainsi que les effets de la norme IFRS 16 sur la présentation financière des entreprises.

Trois études de cas referment le numéro. Elles portent sur la croissance extra-organisationnelle d’une union de coopératives champenoises (du champagne pour nos 60 ans !), sur les spécificités du pilotage budgétaire dans une entreprise régulée, et sur la construction de la confiance dans les opérateurs de téléphonie auprès de jeunes adultes. Elles montrent que la gestion se comprend toujours au plus près des situations car l’étude de cas n’est pas un détour, mais un accès privilégié à la compréhension du social[6].

Et maintenant : ad multos annos !

Ainsi conçu, ce numéro illustre concrètement ce que la revue défend depuis soixante ans : une recherche qui relie plutôt qu’elle ne sépare, qui accueille plutôt qu’elle n’exclut, qui se nourrit du réel plutôt que de s’en détourner.

Henri Bergson résume bien cette posture lorsqu’il écrit que l’intelligence n’est pas faite pour se reposer, mais pour aller toujours plus loin[7].

Soixante ans ne sont pas un terme mais un élan. Marrakech en sera le prolongement, les Doctoriales en seront la transmission, et les numéros à venir en seront l’approfondissement.

La Revue des Sciences de Gestion n’entre pas en retraite. Elle continue d’avancer.


* Die Wirklichkeit ist immer noch unendlich vielgestaltiger, als es jede Theorie zu fassen vermag, Max Weber, Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre Tübingen, Mohr Siebeck, 1922, p. 170. (Articles réunis sur la théorie de la science).

1. https://culture.cnam.fr/decembre/pouvoir-d-agir-des-usagers-en-europe-en-amerique-en-afrique-partager-les-savoirs-pour-une-plus-grande-democratie-ensante-1559750.kjsp

2. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. 17.

3. Henry Mintzberg, Le management : Voyage au centre des organisations, traduction française de Mintzberg on Management, Paris, Éditions d’Organisation, 1990, p. 312. Mintzberg on Management, New York, Free Press, 1989, p. 13.

4. Henri Poincaré, La morale et la science, conférence prononcée en 1912, publiée dans Henri Poincaré, Dernières pensées, Paris, Flammarion, 1913, p. 125.

5. Ambiguity is a central characteristic of organizational lifeJames, G. March et Johan P. Olsen, Ambiguity and Choice in Organizations, Bergen, Universitetsforlaget, 1976, p. 10

6. Michel Wieviorka, L’importance du cas, Paris, Éditions Robert Laffont, 2021, p. 12.

7. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 1932, p. 118.

Programme du colloque 2025 : Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers

Programme du colloque 2025 : Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers
Pouvoir d’agir des usagers en Europe, en Amérique, en Afrique… Partager les savoirs pour une plus grande démocratie en santé

Les Rencontres de la chaire de Gestion des services de santé du Cnam, le laboratoire Lirsa (EA4603), et la Revue des Sciences de Gestion s’associent pour organiser la 3e édition du colloque « Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers ».

Cette rencontre, qui s’inscrit au cœur des célébrations des 60 ans de la revue à Marrakech, rassemblera des experts, chercheurs et praticiens issus de différents continents.

Après avoir exploré les dynamiques en Europe en 2023, puis en Europe et au Québec 2024, le colloque 2025 propose d’élargir la réflexion à l’Afrique et aux autres régions du Monde.

Organisé par Sandra Bertezene, professeure du Cnam titulaire de la chaire de Gestion des services de santé, dans le cadre de la mission de diffusion de la culture scientifique du Cnam (avec le Laboratoire interdisciplinaire en sciences de l’action – Lirsa).

Ce cycle de conférences-débats complète les enseignements de l’équipe pédagogique nationale Santé-Solidarité et s’adresse à tous.


PROGRAMME

10h30 – 12h30 | Conférence – Démocratie en santé et pouvoir d’agir dans les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et les projets territoriaux de santé mentale: paroles d’usagers et de dirigeants

  • Pauline MAISANI, directrice générale adjointe du Groupe Hospitalier Universitaire Sorbonne, directrice de la Pitié Salpêtrière
  • Gérard ABRAHAM, usager expert auprès de la Haute Autorité de santé (HAS), représentant des Usagers au sein Groupe Hospitalier Artois-ternois, représentant des usagers au sein de la maison des usagers du Centre Hospitalier de Lens
  • Claire VINCENT, directrice adjointe, Groupe Hospitalier Artois-Ternois, Centre Hospitalier d’Arras
  • Christos PANAGIOTOPOULOS, directeur, appui au projet d’établissement, innovation et transformation, coordinateur, Projet Territorial de Santé Mentale Seine-Saint-Denis

14h – 17h | Ateliers – La démocratie en santé et le pouvoir d’agir des usagers: retours d’expérience, témoignages et résultats de recherche

Atelier 1 – Pouvoir d’agir des professionnels et des patients: partenariat de soin, expérience patient, co-design, collaboration et autonomie des soignants, etc.


Proposition d’une feuille de route pour développer le partenariat en santé en France
Célia BOURGEAC, étudiante double diplôme Pharmacie et Sciences Po Master Affaires européennes
Pierre-Alexis PASCO, étudiant en master Carrières Publiques à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence


Le Label « Partenaires en santé »: un dispositif innovant visant à reconnaître, accompagner et évaluer les pratiques de partenariat dans les milieux de santé et de services sociaux du Québec
Geneviève DAVID, Centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public (CEPPP), Centre de recherche du CHUM (CRCHUM)


Le statut des patients partenaires: du bénévolat au salariat? Quelle stratégie managériale?
Sofiane CHERFI, chargé de cours à l’IESEG et HEI école d’ingénieurs


Les facteurs de l’apprentissage organisationnel dans le cadre de l’expérience patient: expérimentation au sein d’un hôpital public français
François KOUKOUI, médecin cardiologue, chef de pôle Santé publique et Soins de suite et de réadaptation, Centre Hospitalier Sud Francilien


Vers un renforcement de l’autonomie et du pouvoir d’agir des cadres paramédicaux?
Marc-Antoine JACOB, maître de conférences en Sciences de gestion, Conservatoire national des arts et métiers, laboratoire Lirsa


Démocratie en santé et santé au travail
Nicole MISSIAMENOU, fondatrice et ambassadrice de WPSI Consulting Group SAS

Atelier 2 – Numérique, art et démocratie en santé dans les territoires


Les réseaux sociaux, levier du pouvoir d’agir des patients atteints de syndromes post-infectieux? Une comparaison internationale
Christine Noël Lemaitre, MCF HDR Aix Marseille Université, UR 892 Laboratoire de théorie du droit LTD, chercheur associée au LIR3S UMR 7366 Unibourgogne
et Didier Chabanet, directeur de la Recherche, IDRAC Business School Lyon, chercheur au laboratoire Triangle de l’ENS Lyon


Axel, un accélérateur industriel né d’une intervention syndicale et citoyenne – associer salariés, chercheurs, soignants et patients à l’élaboration des technologies de santé
Michel PERNET, journaliste
et Franck PERRIN, cadre technique chez Trixell-Thales


La contribution des chatbots médicaux au développement du pouvoir d’agir des patients en France, au Maroc, en Tunisie
Mohamed Anouar LAHOUIJ, enseignant en Sciences de l’information et de la communication, Université de Strasbourg
et Widiane FERCHAKHI, maître de conférences en Sciences de gestion, Université de Haute Alsace, laboratoire Greco


Le laboratoire émotionnel, une expérience sur les liens entre santé, culture et citoyenneté
Viviane JAUFFRET SERON, comédienne et dramathérapeute accréditée, élève au Cnam master Innovation entreprise et société

Alice ANBERREE, enseignante-chercheuse en sciences des organisations, Cnam, laboratoire Lirsa

Thierry CHARLOIS, chargé de l’action citoyenne et du comité d’orientation, Théâtre de la Concorde


Rose Tangos: une pièce de théâtre nourrie de l’expérience du parcours de patientes ayant un cancer du sein
Christelle JOUANNAUD, oncologue, Institut GODINOT
et Véronique et BATTEUX, patiente partenaire et référente en rétablissement en cancérologie


Gouverner la santé avec les usagers: le cas néo-aquitain
Oumaima OMARI HARAKE, doctorante en Sciences de Gestion, Université de Poitiers, Laboratoire CEREGE

Atelier 3 – Pouvoir d’agir et démocratie en santé dans les secteurs sanitaire, social et médico-social


La participation des usagers au prisme des politiques d’organisation du champ de l’autonomie: l’exemple de la transformation de l’offre médico-sociale en France
Loïc ANDRIEN, chercheur associé, chaire Transformation des organisations et du travail, Sciences Po Paris


Freins et limites de l’application des principes juridiques garantissant le pouvoir d’agir et la citoyenneté des résidents au sein des Ehpad
Kiara CHEGAI, responsable projet-formation, Fondation Médéric Alzheimer


Analyse des impacts du Comité de Vie Sociale (CVS) et de la Commission des Menus sur les soins et la gouvernance des ESMS: cas d’un Ehpad et d’une Résidence Autonomie
PASSE Edmond, enseignant à l’EDC Paris Business School


Parole d’usagers en santé mentale
Franck PEINAUD, administrateur et bénévole, Fédération nationale des associations d’usagers en santé mentale (FNAPSY)


Du consultatif au décisionnel: évaluer le co-design comme levier du pouvoir d’agir des usagers dans la gouvernance hospitalière
Sarah GOURDINE, directrice des ressources matérielle, Établissement Public de Santé Mentale de la Guadeloupe


Le dossier de soins: au fondement de la qualité des soins et du pouvoir d’agir des usagers en Tunisie
Sonia BEN HADJ HASSEN, professeure, École des sciences infirmières de Kairouan

17h | Conclusion

  • Philippe NASZÁLYI, directeur de La Revue des Sciences de Gestion, professeur des Universités honoraire, président de la Conférence de Territoire puis du Conseil Territorial de Santé de l’Essonne (2013–2022)
  • Sandra BERTEZENE, professeure du Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire de Gestion des services de santé, Laboratoire Lirsa

Programme des Rendez-vous du Management de Marrakech 2025

Le comité d’organisation de la 3e édition du congrès International « Les Rendez-vous du Management de Marrakech », des 10 – 11-12 décembre 2025, organisé par l’Université Hassan 1er et la Faculté d’Economie et de Gestion de Settat, a le plaisir de vous présenter le programme de l’événement qui débutera au Théâtre MEYDENE (M Avenue) à Marrakech, à partir de 14h.

Cette édition traite une problématique majeure au centre des préoccupations nationales et internationales : « Travailler plus ? Travailler moins ? ou Travailler autrement ? »

Pour apporter un éclairage pertinent et approfondi, des intervenants représentant des institutions mondiales seront présents pendant 3 jours pour animer des activités d’intérêt majeur.

KEYNOTE SPEAKERS – 10 décembre : 14h30, Meydene

Hicham EL BAYED – Faculté d’Economie et de Gestion, Université Hassan 1er
Philippe NASZALYI – Directeur de La Revue des Sciences de Gestion
Ewen LEMOINE – Fondateur El Conseil & Formation
Houda BARAKATE – Directrice Générale EFE- Maroc
Ibrahima FALL – Directeur de l’Institut du Travail Réel

MASTER CLASS – 11 décembre : 08h30, M TECH – HR Days

Amine ROSSAFI – Directeur exécutif de l’Académie de l’EFE
Kaoutar MANERA – Country Human Resources Director chez Hilton
Eric LE DELEY – Directeur Génrale Délégué Adadémique Montpellier Business School
Thomas DENAYER – Directeur de communication Cliniques Universitaires Saint-Luc Université Catholique de Louvain-Bruxelles
Larbi SAFAA – Enseignant-chercheur Université Cadi Ayyade

FORMATION DOCTORALE – 12 décembre : 08h30, M TECH

Yves SOULABAIL – Secrétaire général de La Revue des Sciences de Gestion – Enseignant-chercheur Istec Business School Paris
Eric SEVERIN – Université de Lille
Jérôme BARAY – Vice-président de Le Mans Université
Daniel BRETONÈS – Directeur de la revue Vie & Sciences de l’Entreprise

Livre : « Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers »


Cet ouvrage réunit 58 auteurs, tous spécialistes du pouvoir d’agir et de la démocratie en santé : pairs-aidants et patients partenaires, représentants des associations d’usagers, infirmiers et médecins, directeurs d’établissements, enseignants-chercheurs, etc. Ces différents regards, ces expériences différentes et complémentaires braquent le projecteur sur les avancées, les réalisations actuelles, mais également les défis à relever pour que les savoirs nés de l’expérience de chacun puissent…




Livre Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers
Sous la direction de Sandra Berthézène, Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers, LEH, 2025.

Les tensions sur le marché de l’emploi en France : constats et perspectives

Le marché de l’emploi en France connaît depuis plusieurs années une intensification des tensions. Loin d’être un phénomène conjoncturel lié uniquement à la sortie de crise sanitaire, ces déséquilibres s’inscrivent dans une dynamique plus profonde. Ils traduisent à la fois des difficultés structurelles de formation, des mutations sectorielles rapides et des évolutions dans les aspirations des travailleurs. L’artisanat, secteur historiquement résilient, en fournit une illustration exemplaire. Selon le dernier baromètre ISM-MAAF, malgré un niveau d’emploi encore élevé, les entreprises artisanales peinent à recruter, les offres progressant plus vite que le vivier de candidats disponibles¹. Ces constats rejoignent ceux dressés par la DARES et par l’INSEE, qui soulignent l’ampleur des tensions dans l’ensemble du tissu économique français².

Des tensions généralisées sur le marché de l’emploi mais différenciées selon les secteurs

En 2023, près de trois métiers sur quatre étaient considérés comme « en forte tension », couvrant environ 68% de l’emploi total³. Cette proportion constitue le plus haut niveau observé depuis plus d’une décennie. Les secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’industrie de production, ainsi que les services de proximité, concentrent la majorité des difficultés.
Dans l’artisanat, le baromètre ISM-MAAF relève une croissance spectaculaire des offres d’emploi : plus de 490 000 ont été publiées en 2024, soit une augmentation de 46% depuis 2019⁴. Dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi dans ces métiers a reculé de 12%. La combinaison de ces deux tendances explique l’ampleur des déséquilibres : pour certains métiers, plus de 80% des recrutements sont jugés difficiles. C’est le cas des couvreurs, chaudronniers ou carrossiers automobiles⁵.

Ces tensions ne sont cependant pas uniformes. Alors que certains métiers connaissent une raréfaction des candidats – charcutiers-traiteurs, plâtriers, soudeurs – d’autres, au contraire, voient affluer des vocations parfois au-delà des débouchés réels. Les brasseurs, fromagers ou pâtissiers, emblèmes de reconversions post-Covid, connaissent une hausse significative du nombre de demandeurs d’emploi⁶. Le marché oscille ainsi entre pénurie et excès d’offre, révélant une inadéquation croissante entre les trajectoires individuelles et les besoins collectifs.

Les ressorts des déséquilibres sur l’emploi en France

Plusieurs facteurs expliquent la persistance de ces tensions. D’abord, un déficit structurel de main-d’œuvre. Nombre de métiers artisanaux ou industriels souffrent d’un manque d’attractivité lié à des conditions de travail exigeantes, à une reconnaissance sociale limitée et, souvent, à une rémunération jugée insuffisante⁷. Les jeunes générations manifestent des attentes accrues en matière de qualité de vie au travail, de flexibilité et de sens accordé aux activités exercées.

Ensuite, une inadaptation territoriale. Les zones géographiques où les besoins sont les plus forts ne correspondent pas toujours aux bassins de main-d’œuvre disponibles. L’Île-de-France concentre ainsi plus de 1,7 million d’emplois en tension, soit près d’un tiers de l’emploi régional⁸. Les coûts et les temps de transport freinent les mobilités, accentuant les difficulties des entreprises locales.

Enfin, des transformations économiques rapides compliquent l’ajustement. La transition énergétique crée de nouveaux besoins (isolation, construction bois, réparation de cycles), tandis que la numérisation modifie les compétences requises dans la maintenance, l’automobile ou les métiers de service. L’offre de formation initiale et continue peine à suivre, malgré des dispositifs renforcés de reconversion et d’apprentissage⁹.

Conséquences économiques et sociales

Ces tensions produisent des effets multiples. Elles rallongent les délais de recrutement et limitent parfois l’activité des entreprises, qui doivent arbitrer entre retards, surcoûts et réduction de leur offre. Elles accentuent également les inégalités territoriales, certains services de proximité étant fragilisés par le manque de personnel.

Elles contribuent aussi à modifier les équilibres salariaux. Dans plusieurs branches, la rareté de la main-d’œuvre entraîne des revalorisations ou l’octroi de primes pour attirer les candidats. Ces ajustements, s’ils améliorent l’attractivité, peuvent aussi générer des tensions inflationnistes. Enfin, la multiplication des recrutements contraints ou partiellement qualifiés accroît le risque de précarisation, en particulier pour les jeunes et les reconvertis.

Perspectives et leviers d’action

Face à ce diagnostic, plusieurs pistes apparaissent.

  • L’adaptation des parcours de formation aux besoins du marché demeure un levier essentiel : renforcement de l’alternance, développement de modules de reconversion plus souples, et meilleure articulation entre formation initiale et continue.
  • L’amélioration des conditions de travail constitue une priorité pour redonner attractivité aux métiers en tension. Elle passe par la revalorisation salariale, mais aussi par des efforts sur l’organisation, la sécurité et les perspectives de carrière.
  • La dimension territoriale doit être davantage intégrée. Les politiques publiques gagneraient à cibler les bassins les plus affectés, en développant des infrastructures de transport, des aides à la mobilité ou des formations locales.
  • Enfin, la coordination entre acteurs publics et privés apparaît décisive. La mise en commun de données fiables, la concertation entre entreprises, collectivités et organismes de formation, ainsi qu’une anticipation partagée des besoins, conditionnent l’efficacité des politiques de l’emploi.

Les tensions actuelles du marché du travail français constituent à la fois un défi et une opportunité. Défi, car elles mettent en lumière les fragilités d’un système où l’offre et la demande peinent à se rencontrer, au détriment de la compétitivité des entreprises et de la cohésion sociale. Opportunité, car elles ouvrent la voie à une revalorisation de métiers essentiels, à une réflexion approfondie sur l’organisation du travail et à une meilleure reconnaissance des compétences. Pour la recherche en sciences de gestion, ces mutations offrent un terrain privilégié d’observation et d’analyse, où se jouent les équilibres futurs du travail et de l’emploi.

Philippe Naszályi



Notes

1. Baromètre ISM-MAAF, Les chiffres 2025 de l’emploi dans l’artisanat en France, communiqué du 4 septembre 2025.

2. INSEE, « Marché du travail : tensions sur le recrutement en Île-de-France », Insee Analyses Île-de-France, n° 164, 2023.

3. DARES, « Les tensions sur le marché du travail en 2023 », Dares Résultats, n° 54, juin 2024.

4. Baromètre ISM-MAAF, op. cit.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. France Stratégie, Métiers 2030 : quelles perspectives pour l’emploi en France ?, Rapport, 2022.

8. INSEE, op. cit.

9. France Stratégie, op. cit.

2 jours fériés en moins… pour quoi faire ?

Dans son plan budgétaire pour 2026, présenté le 15 juillet 2025, François Bayrou a annoncé la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai, sous prétexte de « solidarité nationale » et de contribution au redressement des finances publiques. Une idée qui ressurgit presque vingt ans après la fameuse « journée de solidarité » de 2004… et dont la vacuité économique et sociale n’a pourtant pas changé. Dans un billet publié il y a quelques jours sur larsg.fr et intitulé « François Bayrou à Matignon : le Magnificat perverti, le souvenir du Gosplan… et les sépulcres blanchis« , nous nous étions déjà permis de railler cette obsession comptable qui consiste à faire porter la charge toujours sur les mêmes. Revenons-y, plus sérieusement.

Travailler plus… mais qui ?

Les chiffres sont clairs : les salariés français travaillent déjà largement autant que leurs homologues européens. En 2023, la durée annuelle moyenne d’un salarié à temps plein était de 1 669 heures, contre 1 638 heures en Allemagne et 1 582 heures aux Pays-Bas¹. Le problème français, ce n’est donc pas la durée du travail de ceux qui travaillent… c’est le nombre de ceux qui ne travaillent pas.

Le taux d’emploi des 15-64 ans était de 67,5 % en France en 2024, contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas². Plus inquiétant encore : seulement 35,2 % des jeunes (15–24 ans) sont en emploi en France, contre 48 % en Allemagne et 74 % aux Pays-Bas³. Chez les seniors (60–64 ans), même constat : la France plafonne à 36 %, tandis que l’Allemagne atteint 61 % et la Suède 69 %⁴.

L’OCDE le résumait déjà dans son rapport annuel : « La priorité pour la France est d’élargir la base active plutôt que de ponctionner ceux qui travaillent déjà. »⁵

Autrement dit, le problème est structurel. Et ce n’est pas en rognant encore un peu plus les jours de repos de ceux qui travaillent que l’on règlera la question.

Éric Coquerel (LFI) pose une question à Amelie de Montchalin (Ministre chargée des Comptes publics) concernant les 2 jours fériés en moins

Une goutte d’eau budgétaire

Sur le plan budgétaire, la suppression de deux jours fériés rapporterait, selon le gouvernement, environ 4,2 milliards d’euros⁶. Une somme non négligeable pour le commun des mortels, mais dérisoire comparée aux 330 milliards annuels consacrés aux retraites et aux 50 milliards attendus pour la dépendance d’ici 2030. Et Rexecode évalue l’impact macroéconomique à seulement 0,1-0,2 % de PIB supplémentaire par an, bien loin de ce qui serait nécessaire pour résorber durablement nos déficits⁷.

Punir plutôt qu’inclure

Ce choix illustre surtout une certaine paresse intellectuelle par des gens qui invitent les autres au courage ! Il est plus facile, politiquement, d’exiger un effort supplémentaire de ceux qui travaillent déjà que d’affronter les vraies difficultés : chômage structurel, précarité, formation continue insuffisante, exclusion des seniors. France Stratégie qui n’est pas une officine gauchiste, notait dès 2023 : « Ces solutions à court terme usent les salariés en emploi sans élargir la base contributive. »⁸

Alors que des marges existent : insertion des jeunes via l’apprentissage (que l’actuel gouvernement déstructure et rabote), maintien des seniors dans l’emploi, inclusion des publics éloignés. Mais cela demande du temps, du courage, de l’imagination et finalement de l’intelligence. Toutes ces qualités dont cette proposition Bayrou est tristement dépourvue.

Une très vieille rengaine

Le plus désolant, sans doute, est que François Bayrou en soit encore là, en juillet 2025, après avoir déjà brandi cette idée en 2023… et que la « journée de solidarité » de 2004 ait déjà prouvé son impopularité et ses effets limités⁹. Dans son discours de présentation du budget, François Bayrou déclarait : « Il faut réconcilier la France avec le travail ; supprimer deux jours fériés, c’est la démonstration concrète de solidarité nationale. »¹⁰

C’est surtout une démonstration d’immobilisme et de méconnaissance des réalités économiques. Comme le rappelait Keynes en 1931 : « Il est plus facile d’appeler à l’effort ceux qui sont déjà en mouvement que d’aider ceux qui sont immobiles. »¹¹

Et comme nous le soulignions avec humour sur larsg.fr la semaine dernière, persister dans cette voie, vingt ans après la première journée de solidarité, ne relève plus de la réforme, mais de l’acharnement thérapeutique… (n’en déplaise à Philippe Juvin !) à l’encontre des salariés.

Dans son discours radiodiffusé du 11 octobre 1940, quelques mois après avoir pris la tête de l’État français, le maréchal Pétain exhortait les Français à accepter l’ordre nouveau et déclarait : « Les Français doivent se remettre au travail, non seulement pour produire, mais pour se redresser moralement. »¹²

Cette phrase, dans la bouche du vieux maréchal, servait à imposer une discipline collective et une soumission sociale sous couvert de « redressement ». Elle resurgit étrangement aujourd’hui, tant la logique sous-jacente de la proposition Bayrou, moralisme comptable et immobilisme politique, semble lui faire écho.

Discours Pétain Un nouveau régime ordre nouveau et Révolution nationale
Discours du Maréchal Pétain (Un nouveau régime : ordre nouveau et Révolution nationale).

  1. Insee, Durée effective annuelle du travail en 2023, 2024, insee.fr.
  2. Eurostat, Employment rate (15–64), avril 2024, ec.europa.eu.
  3. Eurostat, Youth employment rate (15–24), avril 2024, ec.europa.eu.
  4. OCDE, Employment rate of older workers (60–64), 2024, oecd.org.
  5. OCDE, Perspectives de l’emploi 2025, chapitre 5, « Travailler plus ou travailler plus nombreux ? », oecd.org.
  6. Le Monde, « Suppression de deux jours fériés, année blanche, gel des dépenses… », 15/07/2025, lemonde.fr.
  7. Rexecode, Impact économique de la suppression d’un jour férié, note de décembre 2023, rexecode.fr.
  8. France Stratégie, Mobiliser le travail en France, rapport 2023, francestrategie.gouv.fr.
  9. Les Échos, « La journée de solidarité a rapporté 2,3 milliards en 2022 », 17/05/2023.
  10. Discours de présentation du budget 2026, François Bayrou, 15 juillet 2025.
  11. John M. Keynes, Essais de persuasion, 1931.
  12. Philippe Pétain, discours radiodiffusé à Vichy, 11 octobre 1940, dans Documents sur la politique intérieure de la France, 1940–1944, Paris, Imprimerie nationale, 1946, p. 23.

Encyclopédie des communautés et des pratiques communautaires

(Presses universitaires Paris-Saclay — Label Maturation MSH Paris-Saclay)
Appel à contributions
Jusqu’au 15 septembre 2025

Le projet

L’Encyclopédie des communautés et des pratiques communautaires a pour ambition de participer à une meilleure compréhension des manifestations de la créativité sociale passées et présentes des individus pour s’organiser collectivement dans un objectif général d’émancipation des individus et des groupes.

La communauté, telle que nous la définissons, est constituée d’un groupe de personnes qui partagent un but, un intérêt ou un bien commun et qui établissent des relations sociales privilégiées entre elles. Ces communautés imaginent des règles pour réaliser le but fixé, défendre l’intérêt protégé, gérer et conserver un bien commun.

L’Encyclopédie des communautés et des pratiques communautaires a vocation à rassembler des contributions qui viennent soit de l’expérience pratique, soit de réflexions théoriques, dès lors qu’elles aident à mieux comprendre les communautés telles que nous les avons définies. La méthode retenue permet un dialogue entre approche empirique et approche théorique qui s’enrichissent chacune au contact de l’autre.

Le choix de la forme encyclopédique est motivé par le souhait d’offrir un ouvrage scientifique de référence, pluridisciplinaire, en accès libre et en constante évolution. Le projet de l’Encyclopédie des communautés et des pratiques communautaires est né en 2018 et a fait l’objet de colloques et de publications intermédiaires. Il nous est apparu comme une évidence que l’encyclopédie soit en accès libre, qu’elle puisse s’enrichir au fil de l’eau, qu’elle soit animée par un collectif et enfin, qu’elle fasse communauté.

Soutenue par la MSH Paris-Saclay depuis ses débuts, l’Encyclopédie des communautés et des pratiques communautaires est un des projets pilotes de la plateforme éditoriale de publication en science ouverte des presses universitaires de l’Université Paris-Saclay (modèle diamant) qui sera disponible à compter de janvier 2026.

En 2025 des extraits choisis de l’encyclopédie ont été publiés en édition diamant (Encyclopédie des communautés et pratiques communautaires : extraits choisis, M. Clément-Fontaine et G. Gidrol-Mistral [dir.] et al., Université Paris-Saclay, 2025, 978-2-9597054-0-3.10.52983/JAQH5207, hal-04893685).

Les contributions sont publiées sous une licence permettant la reproduction libre (et gratuite) sans modification, sous réserve de mention du nom des auteurs et autrices.

Des suggestions de questions auxquelles répondre

Thème 1 : Les critères des communautés

  • 1) Un intérêt communautaire : la communauté met en œuvre un intérêt supérieur aux intérêts individuels de ses membres et à la somme des intérêts individuels. L’intérêt communautaire précède-t-il la communauté qui se met en place dans le but de le protéger ou est-ce la communauté qui fait émerger l’intérêt communautaire ? Existe-t-il une gradation de l’intérêt communautaire (plural, collectif, public, commun, général) ?
    Les exemples des fiducies d’utilité sociale (Québec), des fondations (France) ou des Charitable Trust (Canada — Angleterre), mais aussi les expériences qui ne s’appuient pas forcément sur une structure légale ou qui trouvent leurs sources dans d’autres traditions juridiques permettront d’illustrer ces enjeux.
  • 2) Un territoire commun : la communauté s’établit-elle nécessairement sur un territoire délimité qui l’accueille, que cet espace soit foncier ou immatériel (plate-forme numérique) ? Les exemples de l’environnement ou du savoir témoignent de cet éclatement à travers la notion d’écosystème ou de biens communs de la connaissance.
  • 3) Une mise en commun : la communauté se caractérise par une mise en jouissance commune. Ce partage de jouissance interroge également la fluidité des entrées et des sorties dans la communauté. Le type de communauté (fermées ou poreuses, exclusives ou inclusives) comme la nature des biens communs (matériels et rivaux, immatériels et non rivaux) ont-ils un impact sur la jouissance commune ? Les cohabitats ou les productions intellectuelles collaboratives soulèvent ce type de questionnement.

Thème 2 : Les formes communautaires

La notion de communauté est rétive à s’inscrire dans une seule forme connue. Il n’existe pas un cadre d’organisation de la communauté, mais une pluralité de modèles, certains inscrits dans le droit, d’autres non. Quel rapport les communautés entretiennent avec des formes et concepts connus ? On peut penser à la personnalité morale ou aux formes historiques, tels les communautés villageoises du Moyen-Âge, le compagnonnage à travers les siècles, l’associationisme, le mutualisme, le coopérativisme ou encore le syndicalisme. Proposent-elles des modèles qu’il serait judicieux de formaliser ?

Thème 3 : L’organisation communautaire

  • 1) La genèse d’une communauté : la communauté repose nécessairement sur une démarche privée qui peut coexister, voire concurrencer, les organisations publiques.
    Quelle est la force de la volonté initiatrice ? Quelles places respectives des personnes privées et des personnes publiques ? Quelles sont les interactions de la communauté avec l’extérieur (les autres organisations, publiques ou privées notamment) ?
  • 2) Les règles de fonctionnement : les communautés développent des règles de fonctionnement qui mettent en place des pratiques communautaires. Ces règles ad hoc servent la poursuite de l’intérêt communautaire. À force de répétition, ces usages ontils un effet obligatoire ? Créent-ils des règles normatives au-delà de la communauté ?
    Comment ces règles sont formalisées, et si elles le sont, quels mécanismes sont mis en place pour les faire respecter ? Enfin, ces règles et mécanismes sont-ils source de droit ?

Thème 4 : Les communautés : humains, choses et autres entités

La communauté est-elle une forme d’organisation exclusivement humaine ou peut-elle inclure d’autres entités ?

Comité éditorial

– Mélanie Clément-Fontaine, Professeure de droit privé, Université Paris-Saclay, UVSQ, DANTE
– Gaële Gidrol-Mistral, Professeuse de droit privé, Université du Québec à Montréal, GRDP.

Comité scientifique

Mélanie Clément-Fontaine, Gaële Gidrol-Mistral, David Hiez (Professeur de droit privé à l’université du Luxembourg), Nicolas Jullien (Professeur d’économie, IMT Atlantique), Liliana Mitkova (Professeure de gestion, Université de Paris-Saclay, Ivry), Garance Navarro Ugé (Docteure en droit public, UP1/EHESS), Pierre-Yves Verkindt (Professeur de droit privé émérite, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne).

Informations pratiques : comment contribuer

Conditions éditoriales

Chaque proposition de contribution fait l’objet d’une évaluation par le comité éditorial pour juger de son adéquation avec l’objet de l’encyclopédie.

Les propositions complètement rédigées sont évaluées par le comité scientifique ; ce comité scientifique pourra s’appuyer sur des évaluateurs extérieurs pour ce faire.

Modalités de soumission

Une première série de notices a été écrite et est disponible ici : https://hal.science/hal-04893685v1

Calendrier pour la publication de janvier 2026

– Envoi des propositions de contribution (thème et résumé de 3000 signes maximum) avant le 15 septembre à l’adresse suivante : encyclopedie_pratiques_communautaires_ceedi@groupes.renater.fr ;
– Envoi des contributions avant le 3 novembre ;
– Dernière lecture avant le 10 décembre ;
– Publication des nouvelles notices en janvier 2026.

Nature des contributions

– Un thème unique par contribution
– Contenu scientifique et ton libre : l’auteur ou l’autrice est invitée à faire état d’une pensée originale avec en introduction un état de la littérature et des principales thèses en présence. La consigne est inapplicable au récit d’expérience.
– Langue : la contribution peut être faite en français, espagnol ou anglais ; l’ambition est de publier tous les travaux dans les trois langues.
– Longueur : 20 000 à 30 000 signes.
– Les contributions devront être accompagnées de :

• Un résumé synthétique de 1000 signes maximum présentant l’idée maîtresse et son articulation avec l’ensemble de l’encyclopédie (le résumé pourra être revu par le comité éditorial)

• Une liste de 3 à 5 mots-clés qui seront utilisés pour naviguer dans les thèmes de l’encyclopédie et entre les contributions.

• Bibliographie des références utilisées dans le texte.

• Éventuellement une liste de 3 à 5 références pour permettre au lecteur ou à la lectrice d’aller plus loin sur le thème de la contribution (notamment vos écrits à l’origine de la contribution).

  • Les auteurs et autrices sont invitées à lier leur contribution aux autres contributions.
  • Les contributions devront absolument respecter les règles de formatage de l’encyclopédie (voir ci-après).

Règles de formatage

– Les contributions devront utiliser une feuille de style (les titres au format titre, etc.)
– Les références sont présentées en respectant les principes et le style UQAMAPA : nom d’auteur et d’autrice, année dans le texte, référence complète en fin de document. Voir les consignes détaillées ici : https://style-apa.uqam.ca/ en français, et ici : https://uqam-bib.on.worldcat.org/oclc/1124961103 en anglais.

Contact

encyclopedie_pratiques_communautaires_ceedi@groupes.renater.fr

François Bayrou à Matignon : le Magnificat perverti, le souvenir du Gosplan… et les sépulcres blanchis

François Bayrou, catholique pratiquant, parvenu (enfin, pour lui) à Matignon, a présenté hier son grand « Plan pour la soutenabilité des finances publiques et la relance productive » (titre officiel annoncé en conférence de presse, 15 juillet 2025).

François Bayrou n’est-il plus à une contradiction près ?

Dans un élan volontariste, François Bayrou exhorte la France à « produire plus » et à « retrouver une capacité productive », tout en prévenant qu’il serait dangereux de taxer davantage les plus riches. Une contradiction qui ne semble guère troubler cet homme de foi affichée, lui qui a pourtant largement contribué à porter Emmanuel Macron au pouvoir, celui qui a bradé les fleurons industriels français avec une légèreté sans précédent (cf. Le Monde, 2022, sur les cessions d’Alstom, Technip, Lafarge, etc.).

Comment ne pas songer au drame d’Olivier Marleix, député et ancien président de la commission d’enquête sur la vente d’Alstom, qui en fit le récit dans Ce que je ne pouvais pas dire, avant de se donner la mort en juillet dernier, broyé par cette même logique qu’on continue aujourd’hui de travestir en vertu ?

François Bayrou est-il toujours au Plan ?

On dirait que son passé de Haut-commissaire au Plan colle à la peau de François Bayrou. À force de parler de « production », le voilà qui ranime des souvenirs soviétiques : produire plus, mais produire quoi  ? Pour qui  ? On repense à ces aberrations du Gosplan, où la logique du chiffre étouffait celle du bon sens : des clous si gros qu’ils en devenaient inutilisables, des millions de chaussures toutes en taille 42, des lampes fragiles qui éclataient au moindre choc… Des quotas respectés, des besoins trahis.

François Bayrou serait-il toujours de bonne foi ?

Et l’on sourit (jaune) ou l’on s’indigne en voyant l’homme de foi pervertir ainsi le Magnificat de Marie, qui proclame dans l’Évangile : « Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides » (Luc 1, 53).

François Bayrou lui travestit le texte sans vergogne : « Il comble de biens les riches, et renvoie les affamés les mains vides. »

On aimerait lui rappeler qu’on ne gouverne pas pour satisfaire des chiffres, mais pour répondre à des vies ; et que la production, comme le sabbat, a été faite pour l’homme, et non l’homme pour la production (Marc 2, 27).

En définitive, cet homme qui cite volontiers les Évangiles ressemble à ces sépulcres blanchis dénoncés par Jésus : une façade immaculée et pieuse, mais derrière, le calcul politique, l’hypocrisie et l’injustice continuent d’enterrer les plus faibles sous une chape de chiffres et d’apparences (cf. Matthieu 23, 27).

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