Le classement FNEGE 2025 des revues scientifiques en sciences de gestion s’inscrit dans la logique des précédents classements de la FNEGE. Certaines écoles l’utilisent pour l’avancement des enseignants-chercheurs et le calcul des primes à la publication. C’est aussi un indicateur pour les doctorants et responsables de laboratoires, comme outil de gestion.
Cette mise à jour 2025 offre une certaine vision des revues de gestion francophones ou internationales, et constitue parfois un outil pour orienter les choix de publication et de valorisation de la production scientifique. Il faut toutefois le prendre avec précaution. Voici pourquoi…
Qu’est-ce que le classement FNEGE des revues de gestion ?
Le classement FNEGE vise à évaluer et catégoriser les revues qui publient des travaux en sciences de gestion, au sens large du terme. Cela intègre autant le management, la finance, la comptabilité, le marketing, les systèmes d’information, les ressources humaines, la logistique, etc.
Chaque revue est positionnée dans un niveau de qualité (de 1* à 4, avec des catégories spécifiques pour certaines revues émergentes), en fonction de critères propres à la FNEGE. Ces critères sont l’exigence du processus de sélection, l’impact sur la communauté académique et la contribution aux débats de recherche.
Objectifs et principes du classement
Ce classement prend en compte la pluralité des disciplines connexes (économie, sociologie, psychologie, sciences sociales) dès lors que les revues concernées publient des travaux portant sur les organisations, et les rattache à des champs de gestion.
La démarche repose principalement sur des critères scientifiques qui lui sont propres, sans privilégier une école de pensée, une approche théorique ou méthodologique particulière. Un autre objectif explicite est l’exclusion des revues prédatrices. Cela vise à de protéger la valeur de la production scientifique en gestion et de faciliter l’identification des supports légitimes.
Structure du classement 2025
Le classement précise présente un tableau listant les revues par titre, domaine, ISSN papier/électronique et leurs niveaux FNEGE 2019, 2022 et 2025. Les revues sont rattachées à des champs tels que comptabilité (ACC), finance (FIN), marketing (MKG), management général (GEN MAN), systèmes d’information (MIS), ressources humaines (HRM), logistique (LOG), secteur (SECTOR)…
Ce classement est-il favorable pour les revues francophones de gestion ?
Les critères pris en compte dans cette édition 2025 ont fortement été débattue dans la communauté scientifique. Une partie significative de la communauté francophone de gestion s’est même largement émue – avant la diffusion du classement définitif – des critères utilisés :
- utilisation de bases de données étrangères payantes, et faisant la part belle à certaines éditions particulières, pour juger de la qualité supposée des publications francophones.
- un refus de la prise en compte des diffusions des articles publiés dans les milieux professionnels pour l’évaluation de l’impact des travaux de recherche.
L’usage du classement FNEGE 2025
Bien que ce classement ne vise qu’à permettre d’identifier les revues remarquables dans chaque discipline de gestion, et de comparer l’évolution de leur position au fil des éditions, des institutions et les écoles de management s’en servent de base de base à la définition de politiques de publication, de primes, ou de critères d’évaluation internes.
À contrario, alors que ces mêmes bases de données étrangères souhaitent s’imposer comme des indicateurs bibliométriques internationaux incontestables, et dans lesquels de nombreuses revues en français sont sous représentées ou mal évaluées, le CNRS a décidé de ne plus les utiliser.
Place des revues francophones en recherche en gestion
Ce classement FNEGE 2025 a vu des publications rétrogradées. Une clause, dite du « grand-père », limitait les déclassements d’un cran au plus, pour les publications concernées.
Ce classement 2025 acte des rétrogradations qui ont été toutefois mal vécues. Si la « clause du grand-père » maintient une protection administrative théorique pour le CV des chercheurs (en figeant le rang de leurs articles passés pendant 3 ans), elle est impuissante face à la réalité du marché. Pour un recruteur ou un comité de sélection, un article publié dans une revue déclassée perd instantanément de son prestige. En abandonnant le garde-fou qui stabilisait historiquement le rang des titres d’une édition à l’autre, la FNEGE remet en cause la valeur réelle des travaux francophones au profit d’une logique bibliométrique froide au firmament de critères anglo-saxons qu’elle ne maîtrise pas.
La francophonie mise à mal
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa maison »[1] est un aphorisme toujours d’actualité. Ce classement est édifiant sur le critère de la francophonie. Sur 26 publications rétrogradées, 8 sont francophones (30,7%). En revanche, sur 88 revues mieux classées, 3 seulement sont francophones (3,4%).
Et sur 224 publications nouvellement intégrées dans le classement, seulement 2 sont francophones (0,9%).
En dehors de son logo, la FNEGE se garde d’ailleurs bien sur son site internet de stipuler l’origine de son acronyme : « Fondations Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises ». Que reste-t-il, en effet, de « National » dans une telle politique ? Le mot n’apparaît d’ailleurs plus dans les documents de la Fondation.
Il en va de même pour l’orientation professionnelle autour des « Entreprises ». La FNEGE est pourtant née en 1968 suite à la publication de l’article 22 de la loi du 3 décembre 1966 sur la formation professionnelle qui suggérait sa création. Baptisé « Plan Debré » par la presse elle avait justement pour rôle de renforcer le caractère professionnel de la formation.
Un outil à manier avec prudence
Le classement FNEGE est largement utilisé dans les procédures d’évaluation. Cela concerne les enseignants-chercheurs en école, des laboratoires et des programmes accrédités. Son usage devrait y rester nuancé. Pour leur part, les universités expriment un certain détachement quant à son usage.
Ce classement ne doit pas être utilisé comme un instrument automatique d’évaluation de la qualité des articles individuels insiste d’ailleurs la FNEGE. Il ne doit pas plus être considéré comme unique critère de choix d’un support de publication.
Un article ne vaut-t-il d’ailleurs pas moins par le niveau de la revue qui le publie, mais plus, intrinsèquement, par l’originalité de sa problématique, sa solidité méthodologique, la qualité de son approche, ou encore l’impact réel dans la communauté de recherche et en dehors des cercles restreints des chercheurs. L’humilité devrait être de mise au sein des rédactions.
Comment utiliser alors ce classement ?
Le classement donne un repère à destinations des jeunes chercheurs. Il doit être complété par les conseils de directeurs de thèse, de collègues expérimentés et par une lecture attentive des revues ciblées.
Il est donc recommandé de :
- Ne pas réduire la qualité d’un parcours scientifique à une addition mécanique de publications classées.
- Éviter d’utiliser le classement comme unique critère de recrutement ou de promotion.
- Rappeler que la recherche se diffuse aussi via des ouvrages, chapitres, actes de colloques, rapports et interventions auprès des organisations.
En combinant le classement FNEGE 2025 avec d’autres indicateurs qualitatifs et quantitatifs, les institutions peuvent utilement construire une politique d’évaluation plus équilibrée, qui valorise à la fois l’excellence, la diversité, la pertinence comme l’originalité des recherches en sciences de gestion. N’oublions pas que même si un article refusé dans une publication ne fait pas nécessairement de son auteur un génie incompris, les travaux peuvent, plus tard, s’infirmer. C’est le principe de la recherche : une connaissance n’est jamais définitive.
Et pour ceux qui voudraient qu’une recherche puisse exister par la multiplication des citations, nous reprendrons à notre profit les propos de Joseph Joubert : « La prodigalité des paroles et des pensées décèle un esprit fou. Ce n’est pas l’abondance, mais l’excellence qui est richesse. »[2]
[1] Matthieu, 13, 57.
[2] Pensées de J. Joubert, Librairie Académique Perrin et Cie, 1911, p.338, Paris