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n°336 – Quand les modèles vacillent, les sociétés parlent

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

Dans le numéro précèdent (334-335), nous rappelions que « la réalité est toujours plus riche que les catégories de la pensée[1] ». Ce principe n’est pas une posture intellectuelle, mais une méthode. Il était déjà au cœur du premier numéro de 1965, lorsque Roger Labourier, fondateur de Direction et gestion des entreprises, posait une exigence simple : partir des faits, des pratiques et des situations concrètes, avant toute construction de modèle[2].

Soixante ans plus tard, cette exigence demeure ! La maladie que nous avions nommée il y a trente ans n’a pas disparu : elle s’est étendue. En 1995, nous parlions de « gestionite[3] » pour designer cette illusion dangereuse qui consiste à confondre gouverner avec administrer, gérer avec normaliser, diriger avec comptabiliser. Elle frappait alors les entreprises. Elle s’est depuis installée au cœur des politiques publiques, sous l’effet du New Public Management[4], qui a substitué la logique de performance, d’indicateurs et de concurrence à celle du service, du jugement professionnel et du bien commun et qui, en France, a trouvé sa traduction la plus aboutie dans la LOLF[5] dont on ne dénoncera jamais assez les méfaits délétères sur le pays !

Aujourd’hui, les paysans européens encerclent le Parlement à Bruxelles pour dénoncer des normes conçues loin des champs, souvent contradictoires, toujours éloignées du travail réel. Les services d’urgence ferment, filtrent ou ne répondent plus, asphyxies par des lois de financement successives qui ont substitué la procédure au jugement médical, le protocole de la HAS à la place du dialogue singulier avec le patient, et bientôt, finis coronat opus, l’euthanasie pour supprimer les inutiles au sens néolibéra. La gestionite a gagné l’hôpital, l’université, les administrations, les territoires. Elle prétend organiser le réel ; elle le dessèche et le déshumanise.

La gestion, la vraie, n’est pas la bureaucratie. Elle est un art du discernement, du temps juste, de l’ajustement, du métier. La gestion n’est ni une science ni une profession, mais une pratique comme l’a toujours rappelé mon maitre Henry Mintzberg, « managing is a practice, not a profession and not a science[6] ». L’adhocratie, fondée sur l’ajustement mutuel et le savoir des acteurs, en est l’exact contrepoint.

Bien avant nos tableaux de bord, mon cher Sénèque sur qui nous avons tant peiné à le traduire, l’avait déjà posé : « veritas in praxi[7] ».

Ouvrir ce numéro par la démocratie en santé prolonge un travail engagé avec la Chaire de gestion des services de santé du CNAM, dirigée par Sandra Bertezene, à travers une série de colloques internationaux consacrés au pouvoir d’agir des usagers. Les contributions des deux premiers ont donné lieu à une publication collective[8], tandis que le troisième, tenu le 11 décembre 2025[9], sera publié conjointement avec le prochain, à Paris en 2026 dans un volume qui lui est prévu pour 2027, grâce à notre excellent éditeur : LEH, Les Éditions hospitalières[10] !

Ce qui se joue dans la santé ne s’arrête pas à la santé. Les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS), imposées par les ordonnances Juppé de 1996, ont fait de la finance un mode central de régulation de la santé[11]. Le paiement à l’acte, généralisé par la loi Bachelot de 2009[12], a achevé de transformer l’hôpital en organisation comptable. Que son auteure puisse encore se produire sur tous les plateaux de télévision sans qu’aucun journaliste ne lui rappelle les déserts médicaux, l’effondrement de l’hôpital public et la grève inédite des médecins libéraux dit assez la profondeur de l’amnésie politique contemporaine et la lâcheté de la « médiocratie », bien définie, il y a dix ans par Alain Deneault[13].

Ce numéro 336 part de la démocratie en santé, se prolonge par des recherches en finance et s’ouvre enfin sur les modèles appliqués en finance.

Question actuelle en démocratie en santé : l’article d’Amélie Perron, Nadia Smaili, Marilou Gagnon, Pierre Pariseau-Legault, Patrick Martin, David K. Wright, Caroline Dufour, Emily Marcogliese, Franco Carnevale et Hanna Ouellette montre comment l’alerte éthique n’est pas une déviance, mais une forme d’action professionnelle lorsque les institutions ne parviennent plus à se corriger elles-mêmes.

Actualités des recherches en finance est le deuxième ancrage. L’entreprise est une institution avant d’être un marché.

  • Avec Le phénomène de banqueroute au Liban, Carole Doueiry Verne ouvre cette partie par une économie effondrée, ou la monnaie s’est défaite, les banques se sont tues et l’État s’est dissous dans l’impuissance. La banqueroute n’y est pas seulement financière : elle est organisationnelle, sociale, morale. Les choix de financement, les stratégies d’évitement et la perte de repères monétaires y révèlent ce qu’il advient lorsque les instruments cessent de relier, et commencent à disloquer.
  • L’article de Zeinab Ghamloush sur la maturité de la dette et la présence de femmes dans les conseils d’administration introduit une véritable rupture de perspective. La finance n’y est plus observée depuis les instruments, mais depuis les lieux où ils sont décidés. L’entrée des femmes ne modifie pas seulement la composition des conseils : elle déplace la manière de penser le risque, le temps et la responsabilité.
    La dette cesse d’être un simple outil d’optimisation pour devenir un acte de gouvernement, révélateur d’un autre rapport à l’engagement et au contrôle
  • Enfin, Le couplage des outils de contrôle de gestion au sein du management de la relation client dans les entreprises camerounaises, signé par Ynest Dompie Tatsinkou et Bello, déplace le regard vers l’Afrique centrale et rappelle que la gestion est d’abord une relation, faite d’ajustements et de tensions.

Mais aucune décision financière ne s’exerce sans instruments. Structure follows strategy[14] : ce que Chandler avait observé dans les grandes entreprises vaut aujourd’hui pour les États, les hôpitaux et les administrations.

Les modèles financiers appliqués dans le monde sont ainsi logiquement le troisième tempo. La comptabilité est un langage politique. Les modèles voyagent, mais ils ne voyagent jamais seuls. « De même que leurs normes comptables s’imposent à tous les pays, la formation en gestion devient géopolitique[15] ».

  • Avec Les critères de sélection des valeurs de rendement et des valeurs de croissance, Bing Xiao, Laurent Meriade et Ludovic Delabarre interrogent la finance française au plus près de ses instruments : ce que l’on appelle performance, ce que l’on accepte comme risque, ce que l’on choisit comme horizon de décision.
  • Dans Performance de l’indice islamique ECOWAS Shariah, Mohamed Lamine Mbengue et Mor Welle Diop déplacent le regard vers l’Afrique de l’Ouest et montrent qu’une finance peut être autre chose qu’un calcul : une éthique, une règle du jeu, une forme de résilience en temps de crise.
  • Enfin, avec leur analyse de l’adoption des normes IPSAS au Benin, Segbezoun Thomas Houetohossou et Hamidou Diallo montrent que ces standards comptables internationaux du secteur public ne produisent jamais d’effets mécaniques.
    La transparence ne nait pas de la norme elle-même, mais des institutions qui la portent, des formations qui la rendent possible et des histoires administratives dans lesquelles elle s’inscrit.

À travers ces trois recherches, la revue montre que les instruments financiers ne décrivent jamais les sociétés : ils les organisent, les hiérarchisent et parfois les contraignent.

Ainsi, ce numéro 336, le dernier de notre soixantenaire, ne ferme rien : il ouvre. Il rappelle que la revue n’a jamais eu pour vocation de rassurer, mais d’éclairer. « La vérité vous rendra libres[16] ». Cette phrase de l’Évangile selon Saint Jean n’est pas une promesse spirituelle seulement, elle est une exigence intellectuelle.

Chercher le réel, même lorsqu’il dérange, est une condition de la liberté. Et lorsque les temps se troublent, lorsque les modèles vacillent et que les normes s’emballent, il faut, comme le disait le General se placer à la hauteur des événements, car Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités[17].

C’est à cette hauteur que La Revue des Sciences de Gestion entend demeurer, soixante ans après sa naissance : là ou analyser n’est pas une technique, mais un acte, et ou penser reste une forme d’engagement.


1. Philippe Naszályi, La Revue des Sciences de Gestion, n° 334-335, éditorial « La réalité est  toujours plus riche que les catégories de la pensée », 2025.
2. Roger Labourier (1965). Direction et gestion des entreprises, n° 1, mars-avril.
3. Philippe Naszályi (1995). « La gestionite », Direction et gestion des entreprises, nos 155-156, p. 6-7.
4. Christopher Hood, « A Public Management for All Seasons? », Public Administration, vol. 69, n° 1, 1991 ; voir aussi : Pollitt, C. & Bouckaert, G., Public Management Reform, Oxford University Press, 2000.
5. Loi organique n° 2001-692 du 1er aout 2001 relative aux lois de finances (LOLF) ; voir aussi : Bezes, P., Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française (1962-2008), Paris, PUF, 2009.
6. Henry Mintzberg, Managing, San Francisco, Berrett-Koehler, 2009, p. 9.
7. Sénèque, Epistulae morales ad Lucilium, lettre 95, § 57.
8. Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers : Tous acteurs de notre santé, sous la direction de Sandra Bertezene, préface de Cynthia Fleury et Philippe Naszályi, Grand livre, 3 décembre 2025.
9. Pouvoir d’agir des usagers en Europe, en Amérique, en Afrique… Partager les savoirs pour une plus grande démocratie en santé : travailler autrement, troisième colloque international, organisé par La Revue des Sciences de Gestion et la Chaire de gestion des services de santé du CNAM, 11 décembre 2025.
10. https://www.leh.fr/edition/p/democratie-en-sante-et-pouvoir-dagir-des-usagers-9782386121258.
11. Ordonnances n° 96-345 du 24 avril 1996 relatives à l’organisation de la sécurité sociale.
12. Loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital.
13. Alain Deneault, La médiocratie. Montréal, Lux Éditeur, 2025, 192 p.
14. Alfred D. Chandler Jr., Strategy and Structure. Chapters in the History of the Industrial Enterprise, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1962, 463 p.
15. Jean-Claude Thoenig, « Décider, gérer, reformer. Les voies de la gouvernance », Sciences humaines, n° 44 (hors série), mars-avril-mai 2004.
16. Évangile selon Jean, 8, 32.
17. Charles de Gaulle, Discours et messages, t. II, Dans l’attente (février 1946-avril 1958), Paris, Plon, 1970, p. 69.

n°334-335 – La réalité est toujours infiniment plus variée que ce que n’importe quelle théorie peut saisir*

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

Nous avons choisi le père de la sociologie pour exprimer avec une limpidité remarquable, la manière dont La Revue des Sciences de Gestion conçoit la recherche depuis sa fondation. La connaissance ne se réduit jamais aux cadres que nous dessinons pour la saisir. Les organisations, les pratiques, les territoires et les comportements débordent toujours les catégories que nous élaborons pour les comprendre. Le réel ne se laisse pas enfermer dans une formule. Il surprend, résiste, déjoue les simplifications. Depuis soixante ans, la plus ancienne revue francophone de management assume pleinement et avec impertinence ce rapport exigeant au terrain et aux faits, en refusant toute réduction systématique au profit d’une compréhension patiente et plurielle des phénomènes. Et cela n’en déplaise aux « classeurs » de tout poil. En la matière, je fais mien cet aphorisme prêté à Sacha Guitry : « Il parait qu’il y a des gens qui classent tout. Ce sont les mêmes qui, finalement, ne comprennent rien ! »

https://doi.org/10.3917/rsg.334.0001

Soixante ans : un anniversaire, pas une retraite

Cette année 2025 revêt ainsi une signification particulière. La revue célèbre ses soixante ans. En France, cet âge évoque immédiatement la retraite. Cet âge plus que jamais anime les oppositions syndicales tout comme les joutes oratoires des plateaux de télévision ou des assemblées avec le retour à un seuil devenu presque mythique depuis François Mitterrand.

Rien de tout cela n’est d’actualité pour La Revue des Sciences de Gestion. A soixante ans, elle ne songe nullement à ralentir. Elle ne prend pas non plus sa retraite. Elle ne s’y prépare pas. Elle ne montre aucune intention de le faire. Bien au contraire, elle poursuit avec la même vitalité l’exploration des organisations, l’accueil des travaux venus de différents continents et la confrontation des approches théoriques. Le numéro double qui s’ouvre ici est l’avant-dernier de cette année du soixantenaire, prélude direct aux journées de Marrakech les 10, 11 et 12 décembre 2025.

Notre jubilé, ou plutôt les « noces de diamant » de La RSG seront fidèles à notre ouverture à toutes les cultures francophones.

Ce triduum se déclinera d’abord par deux colloques dans le cadre des 3es Rendez-vous du management de Marrakech (RMM) qu’a lancé le Professeur Nabil Ouarsafi et auxquels nous sommes associes depuis le début !

  • Un large débat sur le travail s’illustre par un thème désormais central dans les organisations comme dans le débat public, à savoir la question de savoir s’il faut travailler plus, travailler moins ou travailler autrement.
  • La démocratie en santé et le pouvoir d’agir des usagers est l’objet, le 11 décembre, du 3e colloque que notre revue organise, en partenariat avec la chaire de Gestion des services de santé et le laboratoire Lirsa (EA4603) du Conservatoire national des arts et métiers[1]. Partenaire incontournable, sa directrice Sandra Bertézène a, en plus, coordonné la publication, aux éditions LEH, du volume de plus de cinq-cents pages qui réunit toutes les contributions des deux premiers colloques que nous avons organisés en 2023 à Paris et en 2024 à Paris et Montréal (bulletin de commande.)

Les Doctoriales offriront en outre à de jeunes doctorants marocains un accompagnement méthodologique et scientifique, prolongeant ainsi le rôle de transmission qui fait partie de l’identité de la revue grâce à la venue de membres de notre comité de rédaction.

Enfin, les prises de parole des personnalités françaises et marocaines lors des festivités du soixantenaire répondront à la question de savoir ce que signifie durer pour une revue scientifique, sans devenir immobile ni répétitive, avec le témoignage d’autres directeurs de revues francophones, venus partager cette fête de la recherche en management !

Une fidélité au terrain et à la complexité du réel

En effet, depuis six décennies, la revue défend une manière précise de comprendre les phénomènes de gestion : partir du terrain, observer les pratiques, écouter les acteurs, suivre les processus, au lieu de plaquer un modèle préétabli. Cette fidélité à l’enquête et à la situation concrète est l’un des fils rouges de son histoire. Marc Bloch le rappelait avec une image devenue classique lorsqu’il écrivait que le bon historien ressemble à l’ogre de la légende, car là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier[2]. La connaissance en science de gestion comme en Histoire ne nait pas d’une construction abstraite ; elle se forme dans le contact avec la vie sociale.

Henry Mintzberg, dont les travaux empiriques ont renouvelé la compréhension du management et inspire tant de recherches, dont mes travaux de thèse, l’a formulé avec la même exigence : Pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les organisations, il faut sortir de son bureau et aller sur le terrain[3]. Les routines, les ajustements, les réponses improvisées, les solutions ad hoc, tout ce qui échappe à la formalisation immédiate fait partie intégrante du fonctionnement réel. L’historien et le spécialiste des organisations se rejoignent : le savoir exige de regarder ce qui agit et non ce que l’on imagine qui devrait agir.

Cette posture n’a jamais quitté la revue. Elle est pour ainsi dire constitutive de son identité. Elle a permis d’accueillir, depuis 1965, des travaux venus de mondes différents, porteurs de traditions intellectuelles variées, nourris d’expériences contrastées. Elle a rendu possible la rencontre entre l’analyse institutionnelle, la théorie des organisations, la sociologie du travail, la gestion publique, la finance, le marketing, l’économie territoriale ou encore la gouvernance coopérative. La Revue des Sciences de Gestion n’a jamais cherché l’uniformité. Elle a proposé la fécondité. Voilà pourquoi une fois de plus, elle est inclassable et surtout pas avec des normes venues d’ailleurs et inadaptées. « La pensée ne doit jamais se soumettre : ni a un dogme, ni à un parti, ni à une passion ; ni à un intérêt, ni a une idée préconçue ; mais seulement aux faits établis[4]. »

Une revue naturellement ouverte

C’est à cette lumière que prend tout son sens la citation de Max Weber que nous avons choisi pour titre de cet éditorial. Les terrains réunis dans ce numéro en témoignent. Ils proviennent d’Afrique francophone, d’Europe, du Congo, du secteur coopératif champenois, de l’industrie régulée, du marché de la téléphonie. Ils ne forment pas une mosaïque disparate mais un ensemble cohérent qui montre que la gestion se pense à l’échelle du monde, dans la diversité des continents, des cultures et des institutions.

Trois contributions ouvrent ce volume pour présenter un État de la question ou de la recherche.

1. Une revue systématique de la littérature sur l’aliénation du consommateur montre comment un concept ancien retrouve une pertinence contemporaine à l’heure des crises, des scandales et des mouvements d’anti-consommation.

2. Présenter la recherche africaine en contrôle de gestion, en s’appuyant sur les Journées d’Étude Africaine en Comptabilité et Contrôle, met en évidence la construction progressive d’un espace scientifique africain capable de produire ses propres cadres analytiques.

3. Analyser vingt années d’entrepreneuriat féminin congolais montre comment inclusion sociale, création de valeur et ancrage territorial se combinent dans un environnement institutionnel complexe.

Ces trois états de la recherche ne se contentent pas de faire un bilan ; ils ouvrent des agendas, des pistes, des chemins possibles.

Quatre articles riches d’actualité interrogent les tensions contemporaines et prolongent ces analyses en abordant des enjeux très concrets car l’ambiguïté est une caractéristique centrale de la vie organisationnelle[5]. Ils examinent les tensions interpersonnelles dans les réseaux vertueux, les critères mobilisent par le capital-risque dans la sélection des projets, les liens entre leadership transformationnel, motivation et créativité, ainsi que les effets de la norme IFRS 16 sur la présentation financière des entreprises.

Trois études de cas referment le numéro. Elles portent sur la croissance extra-organisationnelle d’une union de coopératives champenoises (du champagne pour nos 60 ans !), sur les spécificités du pilotage budgétaire dans une entreprise régulée, et sur la construction de la confiance dans les opérateurs de téléphonie auprès de jeunes adultes. Elles montrent que la gestion se comprend toujours au plus près des situations car l’étude de cas n’est pas un détour, mais un accès privilégié à la compréhension du social[6].

Et maintenant : ad multos annos !

Ainsi conçu, ce numéro illustre concrètement ce que la revue défend depuis soixante ans : une recherche qui relie plutôt qu’elle ne sépare, qui accueille plutôt qu’elle n’exclut, qui se nourrit du réel plutôt que de s’en détourner.

Henri Bergson résume bien cette posture lorsqu’il écrit que l’intelligence n’est pas faite pour se reposer, mais pour aller toujours plus loin[7].

Soixante ans ne sont pas un terme mais un élan. Marrakech en sera le prolongement, les Doctoriales en seront la transmission, et les numéros à venir en seront l’approfondissement.

La Revue des Sciences de Gestion n’entre pas en retraite. Elle continue d’avancer.


* Die Wirklichkeit ist immer noch unendlich vielgestaltiger, als es jede Theorie zu fassen vermag, Max Weber, Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre Tübingen, Mohr Siebeck, 1922, p. 170. (Articles réunis sur la théorie de la science).

1. https://culture.cnam.fr/decembre/pouvoir-d-agir-des-usagers-en-europe-en-amerique-en-afrique-partager-les-savoirs-pour-une-plus-grande-democratie-ensante-1559750.kjsp

2. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. 17.

3. Henry Mintzberg, Le management : Voyage au centre des organisations, traduction française de Mintzberg on Management, Paris, Éditions d’Organisation, 1990, p. 312. Mintzberg on Management, New York, Free Press, 1989, p. 13.

4. Henri Poincaré, La morale et la science, conférence prononcée en 1912, publiée dans Henri Poincaré, Dernières pensées, Paris, Flammarion, 1913, p. 125.

5. Ambiguity is a central characteristic of organizational lifeJames, G. March et Johan P. Olsen, Ambiguity and Choice in Organizations, Bergen, Universitetsforlaget, 1976, p. 10

6. Michel Wieviorka, L’importance du cas, Paris, Éditions Robert Laffont, 2021, p. 12.

7. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 1932, p. 118.