Archives par mot-clé : intelligence artificielle

Cabinets comptables et IA : comment transformer une révolution en opportunité ?

Certaines transformations s’installent progressivement, tandis que d’autres bouleversent radicalement les équilibres établis. L’intelligence artificielle (IA) appartient sans conteste à cette deuxième catégorie pour les professionnels de la comptabilité. Ce qui se joue aujourd’hui dans les cabinets comptables ne se limite d’ailleurs pas à une avancée technologique : c’est une refonte en profondeur de la notion de valeur, du rôle des professionnels, et, in fine, de l’identité même de la profession comptable.

La comptabilité change de métier

Pendant des décennies, la comptabilité s’est construite autour d’un modèle opérationnel : traiter, enregistrer, contrôler, produire. La valeur résidait principalement dans la capacité à exécuter ces missions avec fiabilité, dans des délais serrés et en respectant des exigences réglementaires strictes. Ce modèle a façonné les structures, les tarifications et les parcours de carrière.

Pourtant, ce modèle traditionnel commence à vaciller. Une interrogation majeure s’impose alors : les cabinets comptables doivent maintenir, voire réinventer leur valeur ajoutée, alors que leur activité historique, autrefois source de différenciation, se standardise et s’automatise, perdant ainsi son caractère unique.

Une analyse en six points pour les cabinets comptables avec l’avènement de l’IA

– La productivité : un levier qui redessine la valeur pour les cabinets comptables

L’IA ne se contente pas d’accroître la productivité : elle transforme la nature des opérations. Si un collaborateur peut désormais traiter deux fois plus de dossiers qu’il y a cinq ans, la question ne porte plus sur l’efficacité individuelle, mais sur la valeur systémique de ce qui est produit. Que vaut encore une prestation si tout le monde peut la réaliser plus rapidement, mieux et à moindre coût ?

La profession doit ici faire preuve de lucidité. Certaines tâches historiques — la saisie, les contrôles de base, les traitements standardisés — vont perdre de leur valeur économique, non pas parce qu’elles disparaîtront, mais parce qu’elles deviendront abondantes. Or, dans toute économie, l’abondance entraîne une baisse des prix et une érosion de la différenciation. Ignorer cette réalité serait une erreur stratégique.

– Vers une nouvelle définition du métier grâce à l’IA

S’en tenir à ce constat serait tout aussi réducteur. En effet, l’IA ne se contente pas de libérer du temps : elle libère surtout des capacités cognitives. Elle permet de réinventer le cœur du métier :

  • en passant de l’exécution à l’interprétation,
  • de la production à la décision,
  • du passé à l’anticipation.

Le comptable de demain ne sera plus un simple opérateur, aussi rapide soit-il. Il deviendra un professionnel augmenté, capable d’analyser les données, de les contextualiser, de détecter des signaux faibles, de sécuriser les flux et d’éclairer les choix. Son rôle s’approchera davantage de celui d’un analyste, d’un superviseur, voire d’un copilote financier.

– Deux modèles pour l’avenir des cabinets

Cette transformation impose un choix clair aux cabinets comptables :

  • Certains continueront à s’organiser comme des usines de production, optimisant sans cesse leurs processus pour gagner en productivité. Mais ils s’engageront alors dans une logique de commoditisation : pression sur les prix, concurrence accrue, marges réduites.
  • D’autres feront un pari différent. Pour eux, la production ne sera plus une finalité, mais un socle. La vraie valeur résidera dans l’exploitation intelligente de cette production. Ces cabinets évolueront vers un modèle de partenaire stratégique : DAF externalisé, conseiller en gestion, accompagnateur de décision.

– Le cabinet comptable, un acteur clé de l’accompagnement économique

C’est ici qu’émerge la figure du « médecin de famille économique ». À l’image du médecin généraliste, le cabinet ne se contentera plus de traiter des données. Il connaîtra l’historique de ses clients, comprendra leurs cycles, identifiera leurs fragilités et anticipera les risques. Il ne se limitera plus à constater : il alertera, orientera, rassurera, et tranchera lorsque nécessaire.

Dans ce modèle, la relation avec le client change de nature. Elle devient continue, proactive, fondée sur la confiance et une compréhension fine du contexte. La donnée n’est plus seulement un produit à livrer : elle devient un langage à interpréter.

– Les défis organisationnels et culturels

Ce basculement ne se fera pas sans effort. Il nécessitera :

  • de nouvelles compétences,
  • de nouvelles organisations,
  • et souvent, un changement culturel profond.

Il faudra investir dans la formation, repenser les offres et redéfinir les indicateurs de performance. Mais surtout, il faudra renoncer à une illusion : celle qui consiste à croire que l’amélioration de la productivité suffira à garantir l’avenir.

– Le véritable enjeu : créer de la valeur grâce à l’intelligence

La véritable question n’est donc pas de savoir combien de dossiers un collaborateur peut traiter, mais dans quelle mesure les décisions du cabinet aide effectivement son client à prendre, plus tôt, mieux et avec plus de sécurité les bonnes décisions.

En effet, l’IA ne remplace pas la valeur humaine : elle la déplace. Et dans ce déplacement, elle oblige la profession à choisir :

  • rester producteur dans un monde où produire ne suffit plus,
  • ou devenir interprète, conseiller et partenaire dans un monde où comprendre fait toute la différence.

Tribune de Jean-Baptiste Haentjens,
Chief Product and Technology Officer (CPTO) chez MyUnisoft

Comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture

Mission d’information « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture »

La mission d’information « Création, diffusion et acquisition des connaissances : comment l’intelligence artificielle transforme notre éducation et notre culture », présidée par M. Roger Chudeau, se réunira sur l’ordre du jour suivant :

MARDI 5 MAI 2026

À 9 heures

– Table ronde réunissant Mmes Aude Blanckaert Guéneau, présidente, et Orianne Ledroit, déléguée générale de EdTech France ; Mme Catherine de Vulpillières, vice-présidente chargée de la recherche et M. Jean Bayet, vice-président chargée des relations institutionnelles de l’Association française des industriels du numérique dans l’éducation et la formation (Afinef) ; M. Guillaume Leboucher, fondateur de l’Institut l’IA pour l’école

JEUDI 7 MAI 2026

À 9 heures 30

– Audition de Mme Sophie Viger, directrice générale de l’École 42

À 13 heures

– Table ronde réunissant MM. Audran Le Baron, directeur du numérique pour l’éducation du ministère de l’éducation nationale, Axel Jean, chef du bureau du soutien à l’innovation numérique et à la recherche appliquée au sein de la sous-direction de la transformation numérique, et Elie Allouche, chef de projet recherche appliquée, IA et éducation, membre de l’équipe nationale #CREIA au sein du ministère de l’éducation nationale

À 14 heures

– Table ronde réunissant M. Guillaume Leblanc, responsable des affaires publiques pour la France et l’Europe du Sud du groupe Relx et M. Sébastien Schlosser, vice-président de la filiale Elsevier ; MM. Gilles Pécout, président, et Philippe Lonné, directeur général de la Bibliothèque nationale de France ; M. Julien Tanguy, directeur général, et Mme Sumi Saint Auguste, directrice des affaires publiques du groupe Lefebvre

Rapporteure : Mme Céline Calvez


Diffusion en direct et à la demande sur le site de l’Assemblée nationale

Sur le site de l’Assemblée nationale :

49% des entreprises françaises prévoient de l’intelligence artificielle pour recruter

La 4e révolution industrielle, celle des services, bouleverse aussi bien l’économie que la façon de travailler. Dans ce contexte, Deloitte publie son étude annuelle sur les tendances ressources humaines à laquelle plus de 10 000 leaders Business et RH (dont 299 en France) ont participé à travers 140 pays. Cette étude permet de mesurer le degré de maturité des ressources humaines face aux défis et aux nouvelles priorités auxquels elles sont confrontées, mais également l’importance qu’elles y accordent.

Les principales priorités des DRH pour les 18 prochains mois

  • L’organisation des futurs modes de travail (67%)
  • La gestion des carrières et de la formation (40%)
  • L’acquisition des talents (39%)

« Les RH doivent réussir à appréhender les nouvelles règles du jeu de la gestion des talents en transformant leurs pratiques. Si les collaborateurs adoptent assez rapidement ces changements, les entreprises peinent à s’adapter et à se transformer. Au-delà des freins liés à la sécurité et à la capacité qu’ont les organisations à conduire des changements, le modèle de nombreuses entreprises date du début des années 90 et de l’émergence des ERP. Le système de gouvernance des organisations, leurs processus et leur gestion se fondent donc sur des principes qui ne correspondent plus aux besoins d’agilité et de flexibilité de l’ère digitale », analyse Philippe Burger, Associé responsable Capital humain chez Deloitte.

Les 3 tendances majeures en ressources humaines identifiées par Deloitte

  1. Les enjeux organisationnels et leurs impacts sur le leadership, première préoccupation des entreprises françaises 

Comme en 2016, les enjeux organisationnels et leurs impacts sur le leadership sont la première préoccupation des entreprises, même si elles ne s’estiment toujours pas matures sur ces sujets. En effet, quasiment 9 entreprises sur 10 (88%) estiment que la transformation de leurs organisations est un enjeu important, mais seul un tiers d’entre elles (33%) se déclare mature. La majorité ayant travaillé sur ce défi mesure la difficulté de la tâche puisqu’elles ne sont que 21% à juger leur organisation et leur culture comme « agiles ».

Les entreprises ont conscience que l’évolution de leur organisation et que les usages liés au digital modifient le rôle du leader, notamment dans sa capacité à diriger dans des environnements plus volatils : 65% considèrent le leadership comme important mais seules 22% s’estiment matures sur le sujet. Une des difficultés réside dans le fait que si plus de 80% considèrent les programmes de développement du leadership digital comme importants, deux tiers (67%) ne les estiment pas assez développés ou n’en ont simplement pas.

La gestion de la performance doit également être repensée pour répondre aux enjeux de flexibilité et d’agilité. Si aujourd’hui seuls 8% des répondants ont mis en place une évaluation en temps réel ou a minima trimestriellement, ils sont 70% à considérer qu’ils devraient s’y atteler. Dans les évolutions envisagées, les deux axes privilégiés sont l’accroissement de la fréquence des entretiens (53%) et la transformation de l’entretien de performance en entretien de développement (58%).

  1. Le collaborateur au centre des politiques RH 

Plus de 6 entreprises sur 10 (64%) estiment que l’expérience employé représente un défi important, mais seules 23% se sentent matures sur ce sujet. Afin de l’améliorer, la fonction RH doit définir des politiques de formation et de gestion de carrière de plus en plus individualisées et se positionner en tant que facilitateur et non prescripteur. Auparavant descendante et imposée, la formation se présente aujourd’hui davantage comme une offre d’information, d’expérimentation et de formation à la carte. Dans cette optique, le recours aux MOOC (Massive Open Online Course) se développe de plus en plus dans les organisations, même si seuls 39% des répondants estiment en faire une bonne utilisation.

La gestion de carrière évolue également pour se recentrer sur le salarié. Historiquement verticale avec des évolutions hiérarchiques, la carrière tend à devenir sans frontières, avec des parcours transversaux et éventuellement multientreprises. Seules 34% des entreprises sont en capacité de proposer ce type de carrière, mais 48% ont pour objectif d’y parvenir. Cette volonté transparaît également dans les objectifs des départements formation : plus de 77% des participants considèrent que leur rôle est d’aider les collaborateurs à consolider leurs compétences dans leur poste actuel et de les rendre autonomes dans l’atteinte de leurs objectifs professionnels. La gestion de carrière et la formation sont la seconde priorité des DRH pour les prochains mois.

Le rôle du responsable rémunérations et avantages sociaux est aussi impacté par ce recentrage sur le collaborateur. Il doit dorénavant proposer et valoriser des systèmes de rétribution qui s’adaptent aux besoins de chacun. Or seulement un quart des participants (24%) s’estiment matures sur ces nouvelles formes de rémunération.

« Les entreprises, au cours de ces dernières années, sont passées d’une culture axée sur le produit à une culture centrée sur le client. Dans la même logique, la fonction RH ne doit plus penser uniquement en termes de processus et d’outils mais également en termes d’expérience employé. Ce changement de paradigme trouve ses racines dans de nombreux facteurs. Les deux principaux sont la révolution digitale qui, sans être nouvelle, s’accélère, et l’évolution des collaborateurs de plus en plus multigénérationnels, multiculturels et multicontrats », estime Philippe Burger, Associé responsable Capital humain chez Deloitte.

  1. Le digital, le mistigri de la gestion des talents

La transformation digitale et les nouvelles formes d’emploi bouleversent les organisations. Les DRH peuvent y jouer un rôle clé mais à condition de se transformer également. Seules 21% des entreprises se disent matures sur le digital RH et le situe à la 7e position parmi leurs priorités. Elles sont conscientes de leur grand retard : 65% réorganisent leur service RH pour soutenir la transformation digitale mais seulement 6% se sont déjà restructurées.

Au-delà du digital, les données RH ne restent que peu exploitées. Seules 16% des organisations affirment être matures sur l’analytique RH. Or les données traitées peuvent nourrir et objectiver l’ensemble des projets RH, dont la gestion des talents, et positionner la DRH en tant que conseil auprès des autres directions.

62% des entreprises revoient actuellement leurs programmes d’acquisition des talents, cette problématique  se situant dans le top 3 de leurs priorités. Cependant, seules 35% d’entre elles se sentent matures sur ce sujet. En outre, l’étude note que 18% des entreprises s’aident de l’intelligence artificielle dans le cadre de leurs recrutements et 40% prévoient d’y avoir recours à l’avenir.

La gestion des collaborateurs est également fortement impactée. Cette notion englobe désormais aussi bien les salariés que l’ensemble des intérimaires, des prestataires et des freelances. Seules 21% des entreprises se considèrent matures sur ce sujet, bien que 60% planifient une augmentation du recours à la main-d’œuvre externe dans les années à venir.