Cette année, la journée d’études des doctorant.e.s de l’Association française de l’histoire des mondes du travail (AFHMT) portera sur le thème « Écrire le travail ». Elle se déroulera au Campus Condorcet Paris-Aubervilliers, 8 cours des Humanités, 93300 Aubervilliers le mercredi 1er avril 2020 de 9h à 17h.
Appel pour la journée d’étude des doctorant.e.s de l’AFHMT : Écrire le travail.
La journée d’études aura lieu le mercredi 1er avril 2020 au Campus
Condorcet, à Aubervilliers (métro Front Populaire)
Chaque intervention sera discutée par des professeur.e.s invité.e.s pour
l’occasion (les textes devront être transmis une semaine avant
aux organisateurs et organisatrices qui se chargeront de les faire parvenir aux
discutant.e.s).
Les propositions de communications (moins de 5000 signes) sont à envoyer
avant le 15 février 2020 à Romain Castellesi (romain.castellesi@gmail.com), Amandine Tabutaud (amandine.tabutaud@orange.fr) et Adeline
Blaszkiewicz (blaszkiewicz.adeline@gmail.com).
Pour leur rendez-vous annuel, les doctorant.e.s de l’AFHMT proposent de
questionner la question de l’écriture du travail. Cette journée d’étude
s’inscrit dans une actualité politique, sociale et historiographique qui donne
une acuité particulière à cette question[1]. Le succès
d’ouvrages de travailleurs et/ou sur les travailleurs, à l’instar Joseph
Ponthus, A la ligne[2], montre la
diversification des écritures sur le travail à l’épreuve de ses formes les plus
contemporaines, comme le développement de l’intérim. Ces œuvres montrent que la
mise en récit des expériences au et/ou de travail, contribue à rendre visible
des acteur.rice.s dont la voix est habituellement peu ou pas audible, en raison
de leur position subalterne dans la société (appartenance de classe, de genre,
de race). Aussi, ces récits constituent des sources singulières pour les
chercheurs lorsqu’il s’agit de saisir la parole et les pratiques ouvrières
notamment.
Cette journée d’étude accueillera prioritairement mais non
exclusivement, et sur toutes les périodes de l’histoire, les
communications portant sur les écrits produits par les travailleurs et
travailleuses eux-mêmes. Ces écritures peuvent être de nature diverse (carnets,
journaux, autobiographies, romans, écrits collectifs…) et revêtir des objectifs
eux-mêmes variés, qu’il s’agisse d’écrits à vocation de témoignage, ou
d’entreprises de nature philosophique, anthropologique, voire politique, et que
leurs auteur.e.s aient cherché à publier ou non. Les communications pourront
interroger plusieurs axes de réflexions.
Les communications pourront s’attacher à étudier la nature de
l’écriture du travail qu’elle soit littéraire, sociale ou politique,
ou que ces objectifs soient mêlés.
La question de l’expérience de l’écriture pour celui ou
celle qui prend la plume pourra aussi faire l’objet d’une attention
particulière. L’écriture ouvrière, d’abord individuelle, peut s’incarner dans
l’expérience collective, et être le support de mobilisation de nouvelles
identités professionnelles et collectives.
On pourra également s’interroger sur l’expérience de l’écriture elle-même,
notamment les contextes de prise de plume ainsi que les pratiques et les
modalités de l’écriture du et sur le travail.
Pourquoi un.e auteur.e – ou un.e travailleur.euse – se met-il/elle à
écrire ? Comment écrit-il ? Dans quelle forme ? A quel
rythme ?, etc. L’expérience personnelle, sociale et politique de
l’écriture recouvre en effet des actions d’écriture et des temporalités
multiples qu’il est pertinent de repérer dans les textes et les
paratextes.
Une attention particulière peut être portée aux discours produits
par les textes des travailleurs.euses. À travers les souvenirs, les
réflexions, les visions et les appréciations sur le travail, les auteurs
apportent des connaissances sur les univers sociaux, professionnels et
politiques auxquels ils appartiennent comme ils contribuent à en véhiculer de
nouvelles représentations.Les discours construits par les auteurs sont
également des manières différenciées de se représenter et de penser une
condition de travailleur. La manière dont ces écritures opèrent une transformation
du rapport au travail pourra également être étudiée. Elles peuvent
entraîner tantôt une distanciation par rapport au travail, être un vecteur
d’émancipation ou de mobilisation politique.
Enfin, les écritures de la fin du travail ou de son
absence, produites dans un contexte de chômage ou de désindustrialisation par
exemple pourront également être étudiées, comme révélatrices de la centralité
du travail dans les interactions sociales des individus.
Les écrits à propos du travail tels que les enquêtes, les
rapports, le regard des chercheurs ou des écrivains auront également leur
place dans cette journée d’études, dans la lignée du récent ouvrage collectif
dirigé par Eric Geerkens, Nicolas Hatzfeld, Isabelle Lespinet-Moret et Xavier
Vigna consacré aux enquêtes sur les mondes ouvriers dans l’Europe contemporaine[3].
Dans l’esprit ayant présidé aux précédentes journées d’études, nous
souhaitons donner à voir un ensemble de travaux, dont les spectres
chronologiques, thématiques, spatiaux et disciplinaires sont délibérément
ouverts. Ils reflèteront ainsi la diversité des écritures du travail, et
ouvriront un débat scientifique et méthodologique.
[1] La parution de l’ouvrage collectif
dirigé par le sociologue Marc Loriol « Écrire à propos du travail[1] »,
en plein mouvement des gilets jaunes en 2019 a donné une nouvelle occasion aux
chercheurs et chercheuses en sciences humaines de déconstruire les discours
produits sur les classes populaires par des acteurs qui lui sont extérieurs,
qu’ils soient politiques ou médiatiques. En ce sens, Xavier Vigna a mis en
avant deux pôles structurants entre lesquels oscillent les écritures de la
classe ouvrière et les écritures sur la classe ouvrière, à
savoir l’espoir et l’effroi, selon le titre de son ouvrage éponyme dans son
ouvrage L’espoir et l’effroi. Luttes d’écritures et luttes de classes en France au
XXe siècle, Paris, La Découverte, coll. « Sciences humaines », 2016.
[2] Joseph Ponthus, A la ligne,
La table ronde, 2019.
[3] Eric Geerkens, Nicolas Hatzfeld,
Isabelle Lespinet-Moret et Xavier Vigna, Les enquêtes ouvrières
dans l’Europe contemporaine, Paris, La Découverte, 2019.