L’artisanat, serait-il le dernier rempart contre la désertification des territoires en France ?

Modifié le 2 juillet 2026.

Publié le 2 juillet 2026, le Baromètre de l’artisanat réalisé par l’Institut Supérieur des Métiers (ISM)[1] et la Mutuelle d’Assurance des Artisans de France (MAAF)[2] livre un constat particulièrement éclairant sur l’état des territoires français[3]. Il convient toutefois de rappeler que les données présentées portent principalement sur les entreprises artisanales actives au 1er janvier 2024 et sur l’emploi salarié artisanal disponible à la fin de l’année 2024, soit les dernières données consolidées au moment de la publication.

L’artisanat progresse 10 fois plus vite que la population

La France compte ainsi exactement 1 521 000 entreprises artisanales actives, soit une progression de 22 % en cinq ans, alors que la population française n’a augmenté que de 2 % sur la même période. L’artisanat se développe donc dix fois plus vite que la population.

Évolution du nombre d'entreprises artisanales entre 2019 et 2023 (en %).
Source : Institut Supérieur des Métiers (ISM)-Mutuelle d'Assurance des Artisans de France (MAAF), Baromètre de l'artisanat, 2 juillet 2026.
Figure 1. Évolution du nombre d’entreprises artisanales entre 2019 et 2023 (en %).
Source : Institut Supérieur des Métiers (ISM)-Mutuelle d’Assurance des Artisans de France (MAAF), Baromètre de l’artisanat, 2 juillet 2026.

Cette progression est particulièrement forte dans les communes rurales (+24 %) et les petites villes (+23 %). Plus remarquable encore, la progression de l’artisanat s’observe également dans des départements qui connaissent pourtant un déclin démographique parfois ancien et prononcé. Ainsi, entre 2017 et 2023, la population des Vosges a diminué de 0,5 % par an, celle de la Meuse de 0,6 %, de la Haute-Marne de 0,7 %. Pourtant, dans ces mêmes territoires, le nombre d’entreprises artisanales a progressé de manière particulièrement dynamique : +23 % dans les Vosges, +21 % dans la Meuse, +19 % et +17 % en Haute-Marne. On peut illustrer également cette tendance, entre 2014 et 2020, dans l’Aisne qui a perdu 0,3 % de sa population par an, mais a vu la croissance de son artisanat de 18%, quant à la Nièvre avec une perte de 5 % de sa population, elle enregistre une hausse de 18% de ses artisans. Ces chiffres confirment que l’artisanat ne se contente pas d’accompagner la croissance démographique ; il constitue également un facteur de résilience économique et de maintien des services de proximité dans des territoires fragilisés par le déclin de leur population. Ces chiffres[4] mettent en lumière une réalité souvent négligée du débat public. Alors que de nombreux territoires sont confrontés depuis plusieurs décennies à la fermeture progressive de services publics, de commerces et d’équipements de proximité, les artisans demeurent souvent les derniers acteurs économiques à assurer une présence quotidienne auprès des habitants. Ils construisent, entretiennent, réparent, transportent, nourrissent et participent au maintien d’un lien social indispensable à la vie des communes.

Cette réalité contraste avec l’évolution de nombreuses grandes entreprises. Celles-ci demeurent essentielles pour l’industrie, l’innovation et les exportations, mais leurs centres de décision, leurs investissements et leurs emplois tendent à se concentrer dans les grandes agglomérations et les principaux bassins économiques. Les quelque trois cents grandes entreprises françaises emploient à elles seules près de 28 % des salariés du secteur privé, mais leur implantation est inégalement répartie sur le territoire. À l’inverse, plus de 1,5 million d’entreprises artisanales irriguent l’ensemble du territoire national et assurent une présence économique de proximité dans des milliers de communes rurales et de petites villes[5].

Densité des entreprises artisanales par département (nombre d'entreprises pour 1 000 habitants).
Source : ISM-MAAF, juillet 2026. Cette carte montre l'opposition entre : la Corse-du-Sud : 41 entreprises artisanales pour 1 000 habitants, les Alpes-Maritimes : 37, la Haute-Corse : 36 et, à l'inverse : le Nord et le Pas-de-Calais qui comptent moins de 15 entreprises artisanales pour 1 000 habitants.
Figure 2. Densité des entreprises artisanales par département (nombre d’entreprises pour 1 000 habitants).
Source : ISM-MAAF, juillet 2026. Cette carte montre l’opposition entre : la Corse-du-Sud : 41 entreprises artisanales pour 1 000 habitants, les Alpes-Maritimes : 37, la Haute-Corse : 36 et, à l’inverse : le Nord et le Pas-de-Calais qui comptent moins de 15 entreprises artisanales pour 1 000 habitants.

L’étude révèle également une progression du maillage territorial des services artisanaux essentiels. Désormais, 60 % des communes françaises disposent d’au moins une entreprise de maçonnerie, tandis que la réparation automobile est présente dans 54 % des communes, contre 48 % en 2019. Les activités de coiffure, de taxi ou encore les instituts de beauté poursuivent également leur diffusion dans les territoires.

L’artisanat apparaît ainsi comme un véritable amortisseur de la désertification économique et sociale. Là où les administrations, les services publics et parfois les grands employeurs se retirent, les entreprises artisanales maintiennent une activité économique, des emplois et des services de proximité indispensables à la population.

Le tableau n’est cependant pas exempt de fragilités. Les métiers de bouche connaissent une situation plus préoccupante. La boucherie-charcuterie n’est plus présente que dans une commune française sur cinq. En cinq ans, plus d’un millier de communes ont perdu leur dernier artisan boucher-charcutier. La situation des boulangeries apparaît également fragile, malgré une stabilité globale du nombre de communes desservies.

L’emploi artisanal représente aujourd’hui 1 851 300 salariés dans les très petites entreprises de moins de vingt salariés et près de 9 % de l’emploi salarié marchand français. Son poids est particulièrement élevé dans certains départements ruraux, où il peut dépasser 15 % de l’emploi privé.

Figure 3. Part des communes françaises disposant d'au moins une activité artisanale de proximité.
Source : ISM-MAAF, juillet 2026.
Figure 3. Part des communes françaises disposant d’au moins une activité artisanale de proximité.
Source : ISM-MAAF, juillet 2026.

Au-delà des statistiques, le baromètre de l’ISM et de la MAAF rappelle une évidence : la vitalité d’un territoire ne repose pas uniquement sur les métropoles, les grands groupes ou les infrastructures nationales. Elle dépend aussi de l’existence d’un tissu dense d’entreprises artisanales profondément enracinées dans les réalités locales, la Vendée à bien des égards fait souvent figure de modèle de développement territorial. Une conclusion s’impose : dans une France confrontée à la désertification administrative, commerciale et parfois médicale de certains territoires, l’artisanat apparaît plus que jamais comme l’un des derniers remparts contre le déclin économique et social de nombreuses communes.


[1] L’Institut Supérieur des Métiers (ISM) est une association française régie par la loi du 1er juillet 1901, créée en 1990 à l’initiative de l’État, de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat et des organisations professionnelles de l’artisanat. Il constitue le principal organisme national d’études, de recherche, de veille économique et de formation consacré à l’artisanat et aux entreprises de proximité. Il publie régulièrement le Baromètre de l’artisanat et les Tableaux économiques de l’artisanat.

[2] La MAAF, acronyme de Mutuelle d’Assurance des Artisans de France, est une société d’assurance mutuelle fondée à Niort en 1950 afin de répondre aux besoins spécifiques des artisans et des petites entreprises. Elle appartient aujourd’hui au groupe mutualiste Covéa.

[3] Le Baromètre de l’artisanat est réalisé par l’Institut Supérieur des Métiers avec le soutien de la Mutuelle d’Assurance des Artisans de France (MAAF). L’édition publiée le 2 juillet 2026 exploite principalement des données portant sur le stock d’entreprises artisanales actives au 1er janvier 2024 et sur l’emploi salarié artisanal disponible à la fin de l’année 2024.

[4] Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), « Population par département », France, portrait social, édition 2025 ; INSEE, « L’essentiel sur le Grand Est », 2025 ; Institut Supérieur des Métiers (ISM)-Mutuelle d’Assurance des Artisans de France (MAAF), Baromètre de l’artisanat, 2 juillet 2026.

[5] Les données statistiques mobilisées dans le baromètre proviennent principalement de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), organisme public chargé de la production de la statistique officielle française, et de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS), établissement public national qui pilote le réseau des Unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (URSSAF).

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