Archives de catégorie : Actualité de la gestion

Cabinets comptables et IA : comment transformer une révolution en opportunité ?

Certaines transformations s’installent progressivement, tandis que d’autres bouleversent radicalement les équilibres établis. L’intelligence artificielle (IA) appartient sans conteste à cette deuxième catégorie pour les professionnels de la comptabilité. Ce qui se joue aujourd’hui dans les cabinets comptables ne se limite d’ailleurs pas à une avancée technologique : c’est une refonte en profondeur de la notion de valeur, du rôle des professionnels, et, in fine, de l’identité même de la profession comptable.

La comptabilité change de métier

Pendant des décennies, la comptabilité s’est construite autour d’un modèle opérationnel : traiter, enregistrer, contrôler, produire. La valeur résidait principalement dans la capacité à exécuter ces missions avec fiabilité, dans des délais serrés et en respectant des exigences réglementaires strictes. Ce modèle a façonné les structures, les tarifications et les parcours de carrière.

Pourtant, ce modèle traditionnel commence à vaciller. Une interrogation majeure s’impose alors : les cabinets comptables doivent maintenir, voire réinventer leur valeur ajoutée, alors que leur activité historique, autrefois source de différenciation, se standardise et s’automatise, perdant ainsi son caractère unique.

Une analyse en six points pour les cabinets comptables avec l’avènement de l’IA

– La productivité : un levier qui redessine la valeur pour les cabinets comptables

L’IA ne se contente pas d’accroître la productivité : elle transforme la nature des opérations. Si un collaborateur peut désormais traiter deux fois plus de dossiers qu’il y a cinq ans, la question ne porte plus sur l’efficacité individuelle, mais sur la valeur systémique de ce qui est produit. Que vaut encore une prestation si tout le monde peut la réaliser plus rapidement, mieux et à moindre coût ?

La profession doit ici faire preuve de lucidité. Certaines tâches historiques — la saisie, les contrôles de base, les traitements standardisés — vont perdre de leur valeur économique, non pas parce qu’elles disparaîtront, mais parce qu’elles deviendront abondantes. Or, dans toute économie, l’abondance entraîne une baisse des prix et une érosion de la différenciation. Ignorer cette réalité serait une erreur stratégique.

– Vers une nouvelle définition du métier grâce à l’IA

S’en tenir à ce constat serait tout aussi réducteur. En effet, l’IA ne se contente pas de libérer du temps : elle libère surtout des capacités cognitives. Elle permet de réinventer le cœur du métier :

  • en passant de l’exécution à l’interprétation,
  • de la production à la décision,
  • du passé à l’anticipation.

Le comptable de demain ne sera plus un simple opérateur, aussi rapide soit-il. Il deviendra un professionnel augmenté, capable d’analyser les données, de les contextualiser, de détecter des signaux faibles, de sécuriser les flux et d’éclairer les choix. Son rôle s’approchera davantage de celui d’un analyste, d’un superviseur, voire d’un copilote financier.

– Deux modèles pour l’avenir des cabinets

Cette transformation impose un choix clair aux cabinets comptables :

  • Certains continueront à s’organiser comme des usines de production, optimisant sans cesse leurs processus pour gagner en productivité. Mais ils s’engageront alors dans une logique de commoditisation : pression sur les prix, concurrence accrue, marges réduites.
  • D’autres feront un pari différent. Pour eux, la production ne sera plus une finalité, mais un socle. La vraie valeur résidera dans l’exploitation intelligente de cette production. Ces cabinets évolueront vers un modèle de partenaire stratégique : DAF externalisé, conseiller en gestion, accompagnateur de décision.

– Le cabinet comptable, un acteur clé de l’accompagnement économique

C’est ici qu’émerge la figure du « médecin de famille économique ». À l’image du médecin généraliste, le cabinet ne se contentera plus de traiter des données. Il connaîtra l’historique de ses clients, comprendra leurs cycles, identifiera leurs fragilités et anticipera les risques. Il ne se limitera plus à constater : il alertera, orientera, rassurera, et tranchera lorsque nécessaire.

Dans ce modèle, la relation avec le client change de nature. Elle devient continue, proactive, fondée sur la confiance et une compréhension fine du contexte. La donnée n’est plus seulement un produit à livrer : elle devient un langage à interpréter.

– Les défis organisationnels et culturels

Ce basculement ne se fera pas sans effort. Il nécessitera :

  • de nouvelles compétences,
  • de nouvelles organisations,
  • et souvent, un changement culturel profond.

Il faudra investir dans la formation, repenser les offres et redéfinir les indicateurs de performance. Mais surtout, il faudra renoncer à une illusion : celle qui consiste à croire que l’amélioration de la productivité suffira à garantir l’avenir.

– Le véritable enjeu : créer de la valeur grâce à l’intelligence

La véritable question n’est donc pas de savoir combien de dossiers un collaborateur peut traiter, mais dans quelle mesure les décisions du cabinet aide effectivement son client à prendre, plus tôt, mieux et avec plus de sécurité les bonnes décisions.

En effet, l’IA ne remplace pas la valeur humaine : elle la déplace. Et dans ce déplacement, elle oblige la profession à choisir :

  • rester producteur dans un monde où produire ne suffit plus,
  • ou devenir interprète, conseiller et partenaire dans un monde où comprendre fait toute la différence.

Tribune de Jean-Baptiste Haentjens,
Chief Product and Technology Officer (CPTO) chez MyUnisoft

Recours sur l’Administration Numérique des Étrangers en France, une victoire collective pour l’accès aux droits

Ce mardi 5 mai 2026, le Conseil d’État a statué sur le recours contentieux engagé par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), aux côtés de neuf associations* – Forum réfugié, Secours Catholique, Emmaüs Solidarité, France Terre d’Asile, Coallia, JRS France, Aurore, La Cimade et le Groupe SOS Solidarités – visant à dénoncer les dysfonctionnements persistants de l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF).

Par sa décision, le Conseil d’État enjoint à l’État de prendre les mesures nécessaires afin de garantir le bon fonctionnement de ce service public numérique et d’assurer un accès effectif aux droits des personnes étrangères.

Depuis plusieurs années, les associations alertent sur les défaillances techniques et structurelles de la plateforme, qui ont pour conséquence de priver de nombreuses personnes étrangères de l’exercice effectif de leurs droits, aggravant la précarisation et pénalisant lourdement les associations qui les accompagnent ou, qui comme de nombreuses entreprises les emploient.

Une enquête menée par la FAS en octobre 2024 a mis en évidence des suspensions de droits auprès de France Travail ainsi que d’autres organismes sociaux, compromettant les parcours d’insertion et plongeant de nombreuses personnes dans une situation d’insécurité économique, administrative et sociale.

Face à la persistance de ces dysfonctionnements, la FAS, aux côtés de neuf autres organisations, a saisi le juge administratif en mars 2025 afin qu’il enjoigne à l’État de mettre un terme à ces atteintes. Au cours de la procédure, le collectif s’est élargi : plusieurs organisations ont déposé des interventions volontaires au soutien du recours, parmi lesquelles la CGT et la CFDT.

Le collectif salue cette décision du Conseil d’Etat qui reconnait le préjudice subi et les dysfonctionnements majeurs et rappelle l’obligation pour l’État de garantir un service public accessible et continu, y compris lorsqu’il est dématérialisé. Cette décision ouvre la voie à une sortie des impasses qui plongent aujourd’hui trop de personnes dans des ruptures de parcours, avec des conséquences lourdes pour elles comme pour l’efficacité des politiques publiques et la vie des entreprises.

Une ANEF fonctionnelle constitue un enjeu majeur : elle doit être un outil de protection, de sécurisation des parcours et de renforcement de l’action publique.

Cette décision confirme la légitimité de l’action collective menée par les associations pour la défense des droits fondamentaux. Ce collectif précise qu’il sera vigilant à la mise en œuvre rapide des mesures ordonnées, et se réjouit de celles déjà annoncées par le ministère de l’Intérieur via une instruction du 5 avril et demeurera pleinement disponibles pour travailler avec les pouvoirs publics à leur déploiement effectif dans les meilleurs délais.

→ Lire la décision de justice rendue par le Conseil d’État 

* Les organisations co-requérantes : Aurore, Coallia, Emmaüs Solidarité, Forum Réfugiés, France terre d’asile, JRS France (Jesuit Refugee Service), Cimade, Groupe SOS, Secours Catholique – Caritas France, Les interventions volontaires : Amnesty International, ADA (Accueil demandeurs d’asile) et GAS (Groupe Accueil et Solidarité), Femmes de la Terre, CFDT, CGT, JACI (syndicat Justice administrative collective et indépendante)

Facturation électronique : le compte à rebours est lancé, et il ne sera pas reporté

En septembre 2026, la facturation électronique entre en action. Toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA devront recevoir des factures au format électronique. Les grandes entreprises et les ETI devront également émettre dès cette date. Les PME, TPE et micro-entrepreneurs suivront en septembre 2027. Après un premier report de deux ans, le message est clair : la réforme ne sera pas reportée. Pourtant, de nombreuses entreprises n’ont toujours rien engagé. Il devient nécessaire de passer à l’action.

La facturation électronique c’est trois obligations, pas une seule

Réduire la réforme au e-invoicing revient à n’en voir qu’une fraction. Le dispositif repose sur trois piliers :

  • Le e-invoicing : échange de factures structurées (UBL, Factur-X, CII) entre entreprises via des plateformes agréées (PA).
  • Le e-reporting de transactions : déclaration à la DGFiP des opérations B2C et internationales, tous les dix jours.
  • Le e-reporting de paiement : transmission des encaissements le 10 du mois suivant, pour les factures soumises à la TVA sur encaissement, y compris les acomptes.

L’entreprise doit également identifier ses cas d’usage parmi les 44 cas particuliers référencés par l’AFNOR (BTP, marketplaces, auto-facturation, régime de marge…). Cette responsabilité incombe à l’entreprise, et non à la PA.

À cela s’ajoutent quatre nouvelles mentions obligatoires sur chaque facture dès septembre 2026 : SIREN du client, catégorie de l’opération, option de TVA sur les débits, adresse de livraison si différente de celle de facturation. Conséquence directe : une base clients non fiable entraîne le rejet des factures.

ETI ou PME ? Le piège des seuils de la facturation électronique

Moins de 250 salariés et moins de 50 M€ de chiffre d’affaires : statut de PME (émission en 2027). Dès qu’un seul seuil est dépassé : statut d’ETI (émission dès 2026). L’évaluation se fait par SIREN, sur la base des arrêtés comptables avant le 1er janvier 2025. Une entreprise de 300 salariés avec 30 M€ de chiffre d’affaires est déjà une ETI. Une vérification de la classification sur le site des impôts s’impose.

Bien choisir sa plateforme agréée (PA)

Toutes les plateformes agréées ne se valent pas. Trois critères essentiels :

  • L’adéquation sectorielle : maîtrise des cas d’usage spécifiques.
  • La compatibilité avec les outils comptables : connexion native de l’ERP ou nécessité d’interfaçage.
  • La souplesse contractuelle : possibilité de changement de PA prévue par la loi, avec vigilance sur les engagements pluriannuels.

L’utilisation simultanée de plusieurs PA reste possible (réception, émission, par activité). En cas d’ERP non prêt, une inscription à l’annuaire via une PA temporaire constitue une solution transitoire. L’essentiel consiste à être référencé.

Le progiciel de gestion intégré est-il prêt ?

De nombreux logiciels de facturation restent peu évolutifs ou proposent des modules à coût élevé. Sur Microsoft Business Central, le composant standard e-Document n’arrivera que vers juin-juillet 2026 (version 2026 Wave 1), uniquement en SaaS. Pour les versions antérieures (NAV 2009 à NAV 2018, BC 14), aucune mise à jour légale n’est prévue.

Une approche via B2Brouter, plateforme agréée par la DGFiP et déjà déployée dans plus de 100 pays auprès de 200 000 entreprises, permet de couvrir l’intégralité du périmètre : e-invoicing, e-reporting, transmission des statuts, conversion automatique des formats (UBL, CII, Factur-X, Chorus UBL). La solution est connectée à Peppol, Chorus Pro, au SDI italien et à de nombreux réseaux publics et privés, répondant ainsi aux enjeux des groupes multi-ERP et internationaux.

Concernant Dynamics 365 Finance and Operations et les versions antérieures (AX2012, AX2009…), un connecteur permet la communication avec toute PA sélectionnée. Microsoft ne propose un connecteur universel qu’en juin 2026 et ne le rend pas disponible pour les versions antérieures.

Côté SAP, l’éditeur est devenu PA via SAP Document and Reporting Compliance (DRC), solution cloud hébergée sur la SAP Business Technology Platform (BTP), connectée à S/4HANA, ECC sous maintenance et Business One. Cette solution assure une compatibilité multi-pays (France, Italie, Belgique), atout pour les groupes internationaux. Elle reste toutefois limitée aux environnements SAP, au format UBL uniquement, et certaines anciennes versions d’ECC hors maintenance ne peuvent être connectées.

L’expérience terrain, notamment en Belgique où la facturation électronique est obligatoire depuis janvier 2025, met en évidence une limite importante : les contrôles de conformité interviennent après la comptabilisation. En cas d’erreur, une contre-passation, une annulation puis une recréation de la facture deviennent nécessaires.

Pour répondre à cette contrainte, un assistant fondé sur l’IA générative a été développé, positionné en amont de la validation. Cet outil vérifie automatiquement SIREN, SIRET et numéro de TVA intracommunautaire via l’API de l’AIFE, puis analyse les résultats afin de détecter incohérences, sociétés inactives ou erreurs de saisie avant émission. Le traitement simultané de plusieurs factures permet d’identifier rapidement des anomalies qui auraient nécessité plusieurs heures de vérification manuelle.

Des sanctions réelles

La loi de finances 2026 prévoit une mise en demeure, puis une amende de 500 €, portée à 1 000 € tous les trois mois. L’annuaire public affichant le matricule PA de chaque entreprise, l’identification des retardataires devient immédiate. La DGFiP annonce une certaine bienveillance envers les entreprises engagées dans la démarche.

Un vrai levier de performance

Au-delà de la contrainte, les gains sont significatifs : preuve de réception des factures réduisant les délais de paiement, rapprochement automatique commande-facture, réduction des fraudes au faux RIB et, à terme, pré-remplissage des déclarations de TVA. L’Italie, pionnière avec le SDI, a démontré l’intérêt de cette visibilité en temps réel, notamment pour cibler les aides économiques.

Il est urgent d’y aller

Un audit des processus, l’identification des cas d’usage, le choix des plateformes agréées et la réalisation de tests avant septembre 2026 deviennent indispensables. De nombreuses entreprises optent pour un déploiement global en une seule phase, même lorsque l’émission n’est requise qu’en 2027.

La facturation électronique ne constitue pas une fin en soi. Elle marque le point de départ d’une modernisation des processus financiers. Une transformation bien menée peut devenir un avantage compétitif décisif.

Tribune par Nabil Cheurfa,
Directeur Avant-vente chez TVH Consulting

Gouvernance des entreprises : ce que révèle le Baromètre IFA – Ethics & Boards

Le Baromètre IFA – Ethics & Boards publié en février 2026 montre que la gouvernance des grandes entreprises françaises a profondément changé : parité presque atteinte dans les conseils d’administration, montée en puissance des critères environnementaux et nouveaux risques liés au numérique. Reste désormais une question centrale : ces transformations modifient-elles réellement la décision stratégique ?

Les résultats du nouveau Baromètre IFA – Ethics & Boards de la gouvernance responsable

Publié en février 2026, le nouveau Baromètre IFA – Ethics & Boards de la gouvernance responsable propose une analyse détaillée du fonctionnement des conseils d’administration des grandes entreprises françaises. L’étude porte sur les sociétés du SBF 120, c’est-à-dire les cent vingt principales entreprises cotées à Paris, parmi lesquelles figurent les quarante groupes du CAC 40.

Au fil des années, ce baromètre est devenu un observatoire privilégié des transformations du gouvernement des entreprises. L’édition 2026 montre que la gouvernance française entre désormais dans une phase de stabilisation : les réformes engagées depuis une décennie produisent des effets visibles, mais ouvrent aussi de nouvelles interrogations.

La parité progresse dans les conseils, moins dans le pouvoir exécutif

Le premier enseignement concerne la place des femmes. Les conseils d’administration atteignent aujourd’hui un niveau proche de la parité, autour de 47 % d’administratrices. La France se situe ainsi parmi les pays les plus avancés en matière de représentation féminine.

Mais le rapport souligne une limite importante : cette progression reste nettement plus lente dans les comités exécutifs et les directions générales. La question n’est donc plus seulement celle de la présence dans les conseils, mais celle de l’accès effectif aux responsabilités opérationnelles.

La responsabilité devient un outil de gestion

Le baromètre confirme également la généralisation des politiques dites ESG — pour Environnement, Social et Gouvernance. Il s’agit d’intégrer dans la gestion de l’entreprise des critères liés à l’impact environnemental, aux enjeux sociaux et à la qualité du fonctionnement des instances dirigeantes.

Dans la plupart des grandes entreprises, ces questions ne sont plus périphériques : elles font désormais l’objet de comités dédiés et influencent de plus en plus la rémunération variable des dirigeants.

Des conseils confrontés à de nouveaux risques

Autre évolution marquante : l’élargissement des sujets traités par les conseils d’administration. Aux questions financières traditionnelles s’ajoutent désormais la cyber sécurité, la gestion des données et l’intelligence artificielle. Le rôle de l’administrateur évolue : il ne s’agit plus seulement de contrôler, mais d’anticiper des transformations technologiques rapides.

Une gouvernance installée, mais encore à prouver

Le constat général est celui d’une gouvernance désormais largement structurée. Les règles existent, les comités sont en place et les standards sont partagés. Reste une interrogation centrale : ces dispositifs influencent-ils réellement les décisions stratégiques ou répondent-ils principalement à une exigence de conformité ?

Pour les sciences de gestion, ce baromètre confirme en tout cas une évolution majeure : le conseil d’administration devient un lieu d’arbitrage entre performance économique, responsabilité sociétale et incertitude technologique. La gouvernance n’est plus seulement une question juridique ; elle devient un enjeu stratégique.

IFA

Message de François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a fait part aujourd’hui de sa décision personnelle de quitter ses fonctions début juin prochain, pour prendre la Présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Il y succèdera à Jean-Marc Sauvé, dont le mandat se termine fin mai. Le Conseil général de la Banque de France, dans sa séance du 6 février, a donné son accord à cette future activité.

La Fondation Apprentis d’Auteuil, reconnue d’utilité publique, est un acteur majeur en France de l’aide sociale à l’enfance et la formation de la jeunesse en difficulté. Elle accompagne chaque année plus de 40 000 enfants et adolescents, et s’appuie sur l’engagement de plus de 8 000 collaborateurs salariés à travers 430 établissements dans les territoires.

François Villeroy de Galhau commente ainsi sa décision : « Cette nouvelle mission dans un domaine social clé a pour moi un grand sens pour continuer à servir l’intérêt général. Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l’euro sont et resteront l’honneur de mon parcours public ; nous avons avec les hommes et les femmes de la Banque de France tenu le cap de la stabilité et soutenu la confiance à travers les crises, et nous avons transformé cette grande institution publique. D’ici juin, et un peu plus d’une année avant le terme de mon second mandat, il me semble que j’aurai accompli l’essentiel de ma mission ».

Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte

Cette journée intitulée “Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte” visera à améliorer la compréhension générale de la réglementation en matière de droit d’auteur en promouvant la connaissance du cadre juridique européen et de son application pratique.

📅 mercredi 28 janvier 2026 de 8h45 à 16h15
📍 CNAM, 2 rue Conté, 75003 Paris

Programme de la journée : “Le chercheur face au droit d’auteur”

1️⃣ Compréhension du cadre juridique général du droit d’auteur
le double rôle du chercheur à la fois auteur et utilisateur de contenus,
le régime juridique applicable aux fonctionnaires,
les dispositifs clés comme la faculté pour l’auteur de mettre ses articles en archives ouvertes (Secondary Publication Right – SPR).
2️⃣ Application aux pratiques de recherche (TDM Science ouverte)
Découvrir les bonnes pratiques en matière de droit d’auteur dans les activités de recherche, comprendre l’exception de fouille de textes et de données (Text and Data Mining – TDM), et apprendre à concilier les principes de la science ouverte avec le respect du droit d’auteur
3️⃣ Acquisition de compétences pratiques via des cas concrets
Acquérir des compétences pratiques grâce à l’examen de cas concrets, notamment concernant le TDM, les exceptions de recherche et le recours aux licences Creative Commons

👉 Pour confirmer votre participation,
veuillez compléter votre inscription
avant le mercredi 21 janvier 2026 ici.

Livre : “Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers”


Cet ouvrage réunit 58 auteurs, tous spécialistes du pouvoir d’agir et de la démocratie en santé : pairs-aidants et patients partenaires, représentants des associations d’usagers, infirmiers et médecins, directeurs d’établissements, enseignants-chercheurs, etc. Ces différents regards, ces expériences différentes et complémentaires braquent le projecteur sur les avancées, les réalisations actuelles, mais également les défis à relever pour que les savoirs nés de l’expérience de chacun puissent…




Livre Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers
Sous la direction de Sandra Berthézène, Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers, LEH, 2025.

2 jours fériés en moins… pour quoi faire ?

Dans son plan budgétaire pour 2026, présenté le 15 juillet 2025, François Bayrou a annoncé la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8 mai, sous prétexte de « solidarité nationale » et de contribution au redressement des finances publiques. Une idée qui ressurgit presque vingt ans après la fameuse « journée de solidarité » de 2004… et dont la vacuité économique et sociale n’a pourtant pas changé. Dans un billet publié il y a quelques jours sur larsg.fr et intitulé “François Bayrou à Matignon : le Magnificat perverti, le souvenir du Gosplan… et les sépulcres blanchis“, nous nous étions déjà permis de railler cette obsession comptable qui consiste à faire porter la charge toujours sur les mêmes. Revenons-y, plus sérieusement.

Travailler plus… mais qui ?

Les chiffres sont clairs : les salariés français travaillent déjà largement autant que leurs homologues européens. En 2023, la durée annuelle moyenne d’un salarié à temps plein était de 1 669 heures, contre 1 638 heures en Allemagne et 1 582 heures aux Pays-Bas¹. Le problème français, ce n’est donc pas la durée du travail de ceux qui travaillent… c’est le nombre de ceux qui ne travaillent pas.

Le taux d’emploi des 15-64 ans était de 67,5 % en France en 2024, contre 77 % en Allemagne et 82 % aux Pays-Bas². Plus inquiétant encore : seulement 35,2 % des jeunes (15–24 ans) sont en emploi en France, contre 48 % en Allemagne et 74 % aux Pays-Bas³. Chez les seniors (60–64 ans), même constat : la France plafonne à 36 %, tandis que l’Allemagne atteint 61 % et la Suède 69 %⁴.

L’OCDE le résumait déjà dans son rapport annuel : « La priorité pour la France est d’élargir la base active plutôt que de ponctionner ceux qui travaillent déjà. »⁵

Autrement dit, le problème est structurel. Et ce n’est pas en rognant encore un peu plus les jours de repos de ceux qui travaillent que l’on règlera la question.

Éric Coquerel (LFI) pose une question à Amelie de Montchalin (Ministre chargée des Comptes publics) concernant les 2 jours fériés en moins

Une goutte d’eau budgétaire

Sur le plan budgétaire, la suppression de deux jours fériés rapporterait, selon le gouvernement, environ 4,2 milliards d’euros⁶. Une somme non négligeable pour le commun des mortels, mais dérisoire comparée aux 330 milliards annuels consacrés aux retraites et aux 50 milliards attendus pour la dépendance d’ici 2030. Et Rexecode évalue l’impact macroéconomique à seulement 0,1-0,2 % de PIB supplémentaire par an, bien loin de ce qui serait nécessaire pour résorber durablement nos déficits⁷.

Punir plutôt qu’inclure

Ce choix illustre surtout une certaine paresse intellectuelle par des gens qui invitent les autres au courage ! Il est plus facile, politiquement, d’exiger un effort supplémentaire de ceux qui travaillent déjà que d’affronter les vraies difficultés : chômage structurel, précarité, formation continue insuffisante, exclusion des seniors. France Stratégie qui n’est pas une officine gauchiste, notait dès 2023 : « Ces solutions à court terme usent les salariés en emploi sans élargir la base contributive. »⁸

Alors que des marges existent : insertion des jeunes via l’apprentissage (que l’actuel gouvernement déstructure et rabote), maintien des seniors dans l’emploi, inclusion des publics éloignés. Mais cela demande du temps, du courage, de l’imagination et finalement de l’intelligence. Toutes ces qualités dont cette proposition Bayrou est tristement dépourvue.

Une très vieille rengaine

Le plus désolant, sans doute, est que François Bayrou en soit encore là, en juillet 2025, après avoir déjà brandi cette idée en 2023… et que la « journée de solidarité » de 2004 ait déjà prouvé son impopularité et ses effets limités⁹. Dans son discours de présentation du budget, François Bayrou déclarait : « Il faut réconcilier la France avec le travail ; supprimer deux jours fériés, c’est la démonstration concrète de solidarité nationale. »¹⁰

C’est surtout une démonstration d’immobilisme et de méconnaissance des réalités économiques. Comme le rappelait Keynes en 1931 : « Il est plus facile d’appeler à l’effort ceux qui sont déjà en mouvement que d’aider ceux qui sont immobiles. »¹¹

Et comme nous le soulignions avec humour sur larsg.fr la semaine dernière, persister dans cette voie, vingt ans après la première journée de solidarité, ne relève plus de la réforme, mais de l’acharnement thérapeutique… (n’en déplaise à Philippe Juvin !) à l’encontre des salariés.

Dans son discours radiodiffusé du 11 octobre 1940, quelques mois après avoir pris la tête de l’État français, le maréchal Pétain exhortait les Français à accepter l’ordre nouveau et déclarait : « Les Français doivent se remettre au travail, non seulement pour produire, mais pour se redresser moralement. »¹²

Cette phrase, dans la bouche du vieux maréchal, servait à imposer une discipline collective et une soumission sociale sous couvert de « redressement ». Elle resurgit étrangement aujourd’hui, tant la logique sous-jacente de la proposition Bayrou, moralisme comptable et immobilisme politique, semble lui faire écho.

Discours Pétain Un nouveau régime ordre nouveau et Révolution nationale
Discours du Maréchal Pétain (Un nouveau régime : ordre nouveau et Révolution nationale).

  1. Insee, Durée effective annuelle du travail en 2023, 2024, insee.fr.
  2. Eurostat, Employment rate (15–64), avril 2024, ec.europa.eu.
  3. Eurostat, Youth employment rate (15–24), avril 2024, ec.europa.eu.
  4. OCDE, Employment rate of older workers (60–64), 2024, oecd.org.
  5. OCDE, Perspectives de l’emploi 2025, chapitre 5, « Travailler plus ou travailler plus nombreux ? », oecd.org.
  6. Le Monde, « Suppression de deux jours fériés, année blanche, gel des dépenses… », 15/07/2025, lemonde.fr.
  7. Rexecode, Impact économique de la suppression d’un jour férié, note de décembre 2023, rexecode.fr.
  8. France Stratégie, Mobiliser le travail en France, rapport 2023, francestrategie.gouv.fr.
  9. Les Échos, « La journée de solidarité a rapporté 2,3 milliards en 2022 », 17/05/2023.
  10. Discours de présentation du budget 2026, François Bayrou, 15 juillet 2025.
  11. John M. Keynes, Essais de persuasion, 1931.
  12. Philippe Pétain, discours radiodiffusé à Vichy, 11 octobre 1940, dans Documents sur la politique intérieure de la France, 1940–1944, Paris, Imprimerie nationale, 1946, p. 23.

François Bayrou à Matignon : le Magnificat perverti, le souvenir du Gosplan… et les sépulcres blanchis

François Bayrou, catholique pratiquant, parvenu (enfin, pour lui) à Matignon, a présenté hier son grand « Plan pour la soutenabilité des finances publiques et la relance productive » (titre officiel annoncé en conférence de presse, 15 juillet 2025).

François Bayrou n’est-il plus à une contradiction près ?

Dans un élan volontariste, François Bayrou exhorte la France à « produire plus » et à « retrouver une capacité productive », tout en prévenant qu’il serait dangereux de taxer davantage les plus riches. Une contradiction qui ne semble guère troubler cet homme de foi affichée, lui qui a pourtant largement contribué à porter Emmanuel Macron au pouvoir, celui qui a bradé les fleurons industriels français avec une légèreté sans précédent (cf. Le Monde, 2022, sur les cessions d’Alstom, Technip, Lafarge, etc.).

Comment ne pas songer au drame d’Olivier Marleix, député et ancien président de la commission d’enquête sur la vente d’Alstom, qui en fit le récit dans Ce que je ne pouvais pas dire, avant de se donner la mort en juillet dernier, broyé par cette même logique qu’on continue aujourd’hui de travestir en vertu ?

François Bayrou est-il toujours au Plan ?

On dirait que son passé de Haut-commissaire au Plan colle à la peau de François Bayrou. À force de parler de « production », le voilà qui ranime des souvenirs soviétiques : produire plus, mais produire quoi  ? Pour qui  ? On repense à ces aberrations du Gosplan, où la logique du chiffre étouffait celle du bon sens : des clous si gros qu’ils en devenaient inutilisables, des millions de chaussures toutes en taille 42, des lampes fragiles qui éclataient au moindre choc… Des quotas respectés, des besoins trahis.

François Bayrou serait-il toujours de bonne foi ?

Et l’on sourit (jaune) ou l’on s’indigne en voyant l’homme de foi pervertir ainsi le Magnificat de Marie, qui proclame dans l’Évangile : « Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides » (Luc 1, 53).

François Bayrou lui travestit le texte sans vergogne : « Il comble de biens les riches, et renvoie les affamés les mains vides. »

On aimerait lui rappeler qu’on ne gouverne pas pour satisfaire des chiffres, mais pour répondre à des vies ; et que la production, comme le sabbat, a été faite pour l’homme, et non l’homme pour la production (Marc 2, 27).

En définitive, cet homme qui cite volontiers les Évangiles ressemble à ces sépulcres blanchis dénoncés par Jésus : une façade immaculée et pieuse, mais derrière, le calcul politique, l’hypocrisie et l’injustice continuent d’enterrer les plus faibles sous une chape de chiffres et d’apparences (cf. Matthieu 23, 27).

Délais de paiement : l’État satisfait… l’Observatoire observe et un rapport de plus !

C’est un rituel bien huilé depuis bientôt vingt ans : chaque année, l’Observatoire des délais de paiement (1) remet son rapport annuel au gouvernement. Cette instance, créée à l’initiative de Thierry Breton, alors ministre de l’Économie de Jacques Chirac et incarnation assumée de la technocratie française, publie inlassablement ses constats, salués par le ministre du moment. Cette année, le rapport a été accompagné d’un communiqué de presse du ministère de l’Économie et des Finances, signé par la ministre déléguée Véronique Louwagie, chargée du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Économie sociale et solidaire, saluant les progrès et promettant de sanctionner les retardataires… à condition qu’ils ne soient pas publics.

L’État est-il si exemplaire ?

La lecture du rapport 2024 révèle un exercice d’équilibriste. Officiellement, l’État est « exemplaire », avec un délai moyen de 14,2 jours pour régler ses fournisseurs en métropole. « Près de 9 paiements sur 10 en moins de 30 jours », clame fièrement le communiqué. Sur le papier, la France devance même la moyenne européenne.

Mais cette autosatisfaction mérite nuance. D’abord parce que la situation se dégrade légèrement depuis deux ans (13,6 jours en 2022), traduisant une lente érosion de la discipline de paiement. Ensuite parce que la performance moyenne masque des écarts abyssaux : le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères brille avec 7 jours, mais la Justice flirte avec 40 jours, mais certains établissements publics hospitaliers atteignent 121 jours en Outre-mer. La République sans cesse invoquée est bien loin d’être égale pour tous ! Enfin, parce qu’un quart des ministères ne parviennent pas à tenir les délais réglementaires de 30 jours pour toutes leurs dépenses.

Ces écarts révèlent une administration à deux vitesses : celle qui a numérisé ses circuits, et celle qui peine encore à dématérialiser ses factures ou à mettre fin à ses « réseaux » d’ordonnateurs éclatés. Mais plutôt que de sanctionner ses propres lenteurs, l’État préfère parler de « contrôle pédagogique » et publier en open data les résultats des collectivités locales… histoire d’inviter les Français à se faire une opinion.

À l’heure où l’on traque la moindre économie budgétaire et où l’on pousse les hôpitaux et les collectivités à « rationaliser leurs dépenses », on reste frappé par la tolérance dont bénéficie la République envers elle-même. La morale de la fable : quand l’État se juge, il s’accorde facilement le satisfecit.

L’Observatoire des délais de paiement en question

L’Observatoire des délais de paiement a pour mission de mesurer, d’analyser et de commenter les pratiques de paiement en France, dans le secteur public comme privé. Il ne dispose d’aucun pouvoir contraignant, mais formule des recommandations annuelles sur la base des données collectées par ses membres. Il est composé d’environ 80 représentants de 35 institutions publiques et privées, sous la présidence de Virginie Beaumeunier, directrice générale des entreprises au ministère de l’Économie.

Ses membres incluent la Direction générale des entreprises (DGE), la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), la Direction générale des finances publiques (DGFiP), la Banque de France, ainsi que des représentants des organisations patronales, syndicats, chambres consulaires et experts.

Son budget se voudrait un modèle d’efficience bureaucratique : sans avoir de budget propre, il mobilise tout de même plusieurs dizaines d’agents publics et statisticiens de ces administrations pour un coût estimé d’au moins un million d’euros par an (2). Une somme modeste dans l’absolu… mais pas si anodine à l’heure où l’on prône la sobriété budgétaire et où le rapport annuel passe largement inaperçu du grand public.

La République dépense un million d’euros par an pour expliquer pourquoi elle ne paie pas dans les délais

En clair : la République dépense volontiers un million d’euros par an pour s’autoévaluer et publier des rapports expliquant pourquoi elle ne paie pas toujours ses factures dans les délais. Ironie de la situation : ces mêmes rapports dénoncent des pratiques de retard inacceptables chez les entreprises privées, assorties de la menace d’amendes pouvant atteindre 1 % du chiffre d’affaires mondial… tout en concluant que la sphère publique, elle, reste « dans les clous réglementaires ». La pédagogie vaut visiblement mieux que la sanction quand c’est l’État qui se juge.

Alors, à quoi ça sert ? À justifier l’existence de l’Observatoire des délais de paiement, sans doute. Et à rappeler que, dans la République, on est toujours mieux payé pour observer que pour agir. Un “machin” (de plus) comme l’aurait peut-être dit le Général !


(1) Observatoire des délais de paiement, créé par le décret n° 2006-188 du 17 février 2006, sous le gouvernement Dominique de Villepin (Journal officiel du 19 février 2006).

(2) Estimation calculée sur un coût direct de fonctionnement autour de 400 000 €, auquel s’ajoutent les traitements de plusieurs dizaines d’agents de catégorie A mobilisés à temps partiel ou complet sur les travaux de l’Observatoire (salaires moyens de 3 193 € nets mensuels), et les coûts annexes logistiques et de publication.

Première page du communiqué
communiqué 11 juillet retards de paiement

Fusion CEFDG–HCERES : simplification ou nouvelle bureaucratie à la soviétique, et pour quelles économies ? Une nouvelle étude de cas pour les gestionnaires

Le paysage de l’enseignement supérieur français pourrait connaître une mutation structurelle importante dans les prochaines années. Parmi les réformes envisagées figure le rapprochement – voire la fusion – entre deux instances centrales de l’évaluation : le Comité d’Évaluation des Formations de Gestion (CEFDG) et le Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES). L’objectif affiché : rationaliser les procédures, alléger les charges administratives et optimiser les ressources publiques.

Le CEFDG sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur

Créé en 2001, le CEFDG est une commission placée sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur. Il est chargé d’instruire les demandes de visa ministériel et d’accréditation du grade de master pour les formations de gestion, en particulier celles portées par les écoles de commerce et les IAE. Son action est donc ciblée, mais hautement stratégique, car elle conditionne la reconnaissance publique de diplômes très recherchés.

Le HCERES

Le HCERES, lui, est une autorité administrative indépendante, héritière de l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur-2007-2013), et évalue l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur, des formations universitaires et des unités de recherche dans tous les champs disciplinaires. Son action s’inscrit dans un cycle régulier de revues quinquennales, avec des rapports publics et une méthode d’audit éprouvée.

Mais le mot indépendant, dès lors qu’il est accolé à des structures administratives désignées par l’État, mérite parfois d’être manié avec précaution. Ainsi que le notait ironiquement La Revue des Sciences de Gestion, « la République pense avoir trouvé la solution de l’indépendance » en multipliant les autorités administratives dites indépendantes, construites sur des schémas identiques et rarement sans lien avec les circuits de nomination. Une indépendance déclarée, sinon démontrée.

Des coûts séparés, un objectif commun d’efficacité

Même si leurs périmètres sont différents, CEFDG et HCERES peuvent être appelés à intervenir auprès des mêmes établissements, notamment lorsque les formations de gestion sont adossées à des composantes universitaires. Cette superposition engendre une redondance d’évaluations, perçue comme lourde et coûteuse par les institutions concernées.

Les deux instances mobilisent des moyens significatifs :

  • Le CEFDG, bien que relativement léger, fonctionne avec un budget estimé entre 1 et 2 millions d’euros par an, financé directement par le ministère. Il mobilise une équipe restreinte de 10 à 15 personnes, complétée par un réseau d’experts externes.
  • Le HCERES, plus structuré, dispose d’un budget avoisinant les 20 millions d’euros, dont une part significative est allouée aux missions d’évaluation. Il emploie environ 120 à 150 personnes, en plus de ses experts évaluateurs.

La fusion ou le rapprochement permettrait donc de réduire les coûts de fonctionnement, d’optimiser les expertises mobilisées et de clarifier le paysage de l’évaluation pour les établissements français et leurs partenaires internationaux. À condition que la simplification promise ne se transforme pas, comme souvent, en une superposition des lourdeurs antérieures.

Un tableau des compétences pour mieux comprendre

DomaineCEFDGHCERES
StatutCommission ministérielleAutorité administrative indépendante*
Champ disciplinaireGestion uniquementTous domaines
Objet principalAccréditation : visa, grade de masterÉvaluation qualité : établissements, formations, recherche
PériodicitéÀ la demande (visa/accréditation)Tous les 5 ans
Type de livrableDécision ministérielle (accréditation)Rapport public d’évaluation
MéthodologieGrilles CEFDG, approche professionnalisanteMéthodologie d’audit et autoévaluation
Visibilité internationaleSpécificité du grade de master françaisReconnaissance HCERES dans l’espace européen
Budget annuel~ 1 à 2 M€~ 20 M€
Effectif permanent10–15 agents120–150 agents

* Une indépendance d’autant plus solide qu’elle ne trouble pas l’ordre établi.

Des résistances mais un mouvement enclenché

Cette convergence est loin de faire l’unanimité. Les grandes écoles de commerce, fortement investies dans les procédures CEFDG, redoutent que leurs spécificités soient diluées dans un processus trop universitaire, moins attentif aux réalités du management ou aux attentes du monde professionnel.

De leur côté, les universités, souvent engagées dans une modernisation sous contrainte, affichent une position plus ambivalente. L’effet délétère de la loi de 2007 sur l’autonomie, loin d’avoir produit l’élan managérial espéré, a parfois laissé les établissements seuls face à leurs charges, sans les moyens réels d’une autonomie stratégique. Le transfert de compétences budgétaires et immobilières s’est souvent accompagné d’un alourdissement des procédures, d’une dépendance accrue aux financements précaires, et d’un recul de l’ambition universitaire au profit d’une gestion à vue.

Si certaines composantes, comme les IAE, ont su tisser des liens solides avec le monde économique, d’autres restent prisonnières de logiques internes contradictoires. Le développement de l’apprentissage, pourtant soutenu au niveau national, y rencontre des résistances idéologiques durables. Les relations avec les entreprises sont souvent perçues comme des compromissions, et une forme d’anticapitalisme culturel continue de structurer les discours dans plusieurs disciplines, au détriment de l’insertion professionnelle des étudiants.

Ce décalage se traduit par une fragilité croissante : locaux vétustes, taux d’encadrement faibles, désaffection croissante des jeunes chercheurs, et montée silencieuse de la défiance institutionnelle. Dans ce contexte, l’arrivée d’un acteur unifié de l’évaluation, s’il se contente d’harmoniser les exigences sans refonder les objectifs, pourrait accentuer les inégalités structurelles entre établissements. Le risque n’est plus seulement celui d’une complexité administrative accrue, mais celui d’un renforcement technocratique sur un socle universitaire déjà fragilisé.

Une réforme à construire… ou à déconstruire ?

Aujourd’hui, aucune décision officielle n’a encore été arrêtée, mais les pistes se précisent. Une fusion complète pourrait poser des questions de gouvernance, de statut juridique (faut-il vraiment intégrer le CEFDG dans une autorité administrative dite indépendante ?) et de continuité des missions. Une coordination renforcée, plus souple, fondée sur le partage des expertises et la convergence des grilles d’analyse, apparaît à ce stade comme une étape intermédiaire plus réaliste — et plus politiquement praticable.

Le défi est clair : il s’agit de moderniser l’évaluation de l’enseignement supérieur français, sans affaiblir ses points forts ni heurter les équilibres déjà précaires entre universités sous-dotées et grandes écoles sur-sollicitées. Mais la promesse de simplification, aussi ancienne que constante, pourrait bien se traduire — une fois encore — par la création d’une architecture administrative plus massive que fonctionnelle, alourdissant les procédures là où l’on prétend les alléger.

Reste cette question, à la fois triviale et redoutable : pour quelles économies ? Et surtout, pour quelle efficacité réelle ? La réforme, ce mot incantatoire devenu passe-partout, n’a-t-elle pas fini par perdre tout sens dès lors qu’il suffit de la prononcer pour en escamoter les effets ?

Simplification ou nouvelle bureaucratie à la soviétique, et pour quelles économies ? L’affaire devient en tout cas une étude de cas toute trouvée pour les gestionnaires, et un bel exercice d’accréditation pour les futurs évalués.

Retraites : face à l’échec du conclave, la CFR plaide pour une réforme de fond et un système universel par points

Le « conclave » sur les retraites, réuni dans l’espoir de rapprocher les partenaires sociaux sur quelques mesures consensuelles, s’est soldé par un échec. Aucun accord n’a pu être trouvé, malgré plusieurs propositions susceptibles d’améliorer le système actuel. La Confédération Française des Retraités (CFR), qui suit attentivement les évolutions du dossier, déplore vivement cette issue, et en appelle à une remise à plat du cadre actuel.

Des avancées envisageables… restées sans suite

Plusieurs pistes avaient été mises sur la table. Certaines répondaient à des attentes fortes : favoriser l’emploi des seniors via la retraite progressive, améliorer les droits des mères de famille en reconnaissant mieux les périodes d’interruption de carrière pour maternité, ou encore renforcer l’équité entre les différents régimes. Ces mesures auraient pu constituer des avancées concrètes et consensuelles, dans un contexte de défiance persistante vis-à-vis des réformes imposées d’en haut.

Mais faute d’un terrain d’entente entre les organisations syndicales et patronales, ces avancées sont restées lettre morte. Pour la CFR, cet échec n’est pas simplement conjoncturel : il met en lumière les limites structurelles du système actuel.

Un système à bout de souffle, incapable de se réformer de l’intérieur

Le système de retraite français, avec ses 42 régimes distincts, est devenu au fil du temps une véritable mosaïque d’exceptions, d’inégalités et d’opacités. Chaque réforme, même partielle, se heurte à un empilement de droits acquis, de règles spécifiques et de logiques catégorielles difficilement conciliables.

Pour la CFR, il devient clair que les ajustements paramétriques — reculer l’âge légal, allonger la durée de cotisation, ajuster les indexations — ne suffisent plus à garantir l’équité ni la soutenabilité du système. À leurs yeux, seule une réforme structurelle de grande ampleur peut permettre de sortir de l’impasse.

Un plaidoyer renouvelé pour un système universel de retraite par points

C’est dans cette perspective que la CFR renouvelle sa position de long terme en faveur d’un système universel de retraite par points, qui remplacerait progressivement les régimes actuels. Un tel système aurait l’avantage d’être plus lisible, équitable et adaptable. Chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits à tous, quels que soient le statut, la profession ou la carrière.

Contrairement à certaines caricatures, la CFR ne voit pas dans ce système une privatisation rampante ou une casse sociale, mais bien une manière de préserver la retraite par répartition, à laquelle les Français sont légitimement attachés. Il ne s’agit pas de briser les solidarités, mais de les rendre plus justes et plus pérennes, dans un cadre lisible et compréhensible par tous.

Un débat à rouvrir avec courage et transparence

Un projet de loi avait amorcé ce virage lors du précédent quinquennat, avant d’être suspendu face aux crises sociales et sanitaires. Aujourd’hui, la CFR appelle les responsables politiques à rouvrir ce chantier essentiel, sans tabou ni démagogie, en associant les citoyens et les corps intermédiaires.

Il ne s’agit plus de gagner du temps ou de retoucher les marges, mais de refonder un système dont les limites deviennent chaque jour plus visibles. L’échec du conclave est un signal d’alarme. Il doit être le point de départ d’un nouveau cycle de réflexion, plus ambitieux, plus transparent, et enfin tourné vers l’avenir.

L’aversion des Français contre les anglicismes dans les publicités est confirmé

Un nouveau sondage confirme l’aversion des Français contre les anglicismes dans les messages publicitaires. La délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) a publié le 3 avril 2025 les résultats d’une étude Toluna/Harris Interactive concernant “Les Français et l’emploi de la langue française”. Réalisée en novembre 2024, elle porte sur la perception de la langue française et la présence de mots et expressions issus de langues étrangères comme l’anglais dans l’espace public.

Les anglicismes génèrent des réactions de « gêne » voire de « colère »

Dans le prolongement d’une étude du CREDOC (“Le multilinguisme en France aujourd’hui – opinion, usages, pratiques 2021”), ce nouveau sondage confirme que l’utilisation de mots ou expressions en anglais dans un message publicitaire conduit à des réactions majoritairement négatives : l’emploi d’anglicismes « intéresse » ou « plait à »19 % des sondés seulement ; alors qu’il suscite chez 45% des sondés des réactions de « gêne » voire de « colère ». Ces proportions sont aussi dans le droit fil de l’enquête du Crédoc selon laquelle 47% des Français se déclaraient « agacés » ou « hostiles » aux messages publicitaires contenant des mots en anglais.

“Pour les marques, s’exprimer avec des anglicismes illustrerait leur caractère supposément innovant”

Ce constat est-il de nature à mettre un frein à l’inflation des anglicismes plus ou moins ridicules ou déplacés dans les campagnes publicitaires ? Rien n’est moins sûr. En mars 2023, le Conseil de l’Éthique publicitaire, qui a pour mission d’éclairer l’Autorité de régulation professionnelle de la publicitaire, pointait « le recours devenu très systématique à l’anglais ou au globish ». il concluait : « le problème est celui de l’appauvrissement de la pensée et celui de l’exclusion pour une partie de la population (…) ». Force est de constater que cette mise en garde n’a guère été suivie d’effet. L’anglais ou plus exactement ce qui « a l’air d’être anglais » est privilégié par sa valeur supposée de modernité, d’innovation et d’ouverture au monde. Pour les marques, s’exprimer avec des anglicismes illustrerait leur caractère supposément innovant, notamment pour s’adresse aux jeunes.

« Cette conviction est tellement forte qu’elle ne souffre aucune réflexion et aucun questionnement : elle fonctionne comme une doxa, une croyance absolue ».

Les publicitaires et communicants gagneraient pourtant à méditer cette phrase de Nelson Mandela : « Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, cela va à sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, cela va à son cœur. »

Texte de Pierre GUSDORF – Défense de la langue française

Illustrations :

Publicité électronique reçue en France.
Photo réalisée dans un magasin de Montréal.

Changer le travail. L’utopie en construction des CAE

Pour aider au lancement de la première bande dessinée sur le travail en coopératives d’activités et d’emploi intitulée « Changer le travail. L’utopie en construction des CAE » une campagne de financement participatif  est lancée. Une CAE, pour ceux qui se posent la question, est une coopérative d’activités et d’emploi

Changer le travail. L’utopie en construction des CAE
Changer le travail. L’utopie en construction des CAE. Les autrices et auteurs : Justine Ballon, Paul Duflot, Pierre-Laurent Daures et Claire Markovic

Cette campagne vise à la diffusion du livre, par le don et le pré-achat d’un ou de plusieurs ouvrages, pour financer l’impression et le travail des autrices et des auteurs. Le prix de l’ouvrage est de 21 euros, incluant les frais d’envoi (soit environ 32 dollars canadien).

En plus du pré-achat, cette offre donne la possibilité au choix d’avoir :

  • une dédicace dans l’ouvrage,
  • des affiches pour orner vos murs,
  • un kit d’animation pour discuter, à partir de la BD, du fonctionnement et du travail en coopérative d’activités et d’emploi

Le 1er objectif de cette campagne de financement est d’atteindre 100 ouvrages achetés d’ici le 15 juin 2025. En participant à cette campagne, vous soutenez la diffusion d’un ouvrage qui vise à faire connaître une forme alternative de travail en coopératives d’activités et d’emploi.

Les résultats d’une recherche-action

Cette bande dessinée présente les résultats vulgarisés d’une recherche-action réalisée avec Coopaname, Artenréel et Oxalis, à propos de la mise en pratique de l’utopie de travail autonome et démocratique des coopératives d’activités et d’emploi.

Avec humour, au fil d’une centaine de pages, les auteurs nous emmènent dans le monde du travail des coopératives d’activités et d’emploi. On y croise des philosophes, des économistes et des sociologues, mais aussi des membres de ces coopératives qui nous racontent leur parcours. Une manière originale pour découvrir une réflexion sur les enjeux du travail aujourd’hui et la façon dont ces coopératives change le travail.

La BD sortira officiellement fin 2025. Elle s’adresse :

  • aux curieux et aux curieuses
  • aux membres des coopératives d’activités et d’emploi, des coopératives & de l’économie sociale et solidaire,
  • aux étudiants et étudiantes, enseignantes et enseignants, en lycée, en cegep ou en université, en économie sociale et solidaire, innovation sociale.