n°337 – Apprendre dans l’incertitude : circulations, institutions et profondeur historique

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

La gestion contemporaine accumule outils et indicateurs ; elle gagne en précision technique ce qu’elle risque de perdre en perspective. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les quatorze années de galère politique qui viennent de s’écouler en France.

Et pourtant, l’intelligence artificielle promet l’optimisation, la digitalisation accélère les processus, la performance se mesure en temps réel. Il n’en demeure pas moins que la décision reste exposée à l’incertitude, à l’incomplétude de l’information, à la variabilité des contextes. La question n’est plus seulement d’améliorer l’efficacité ; elle est de comprendre ce qui fait tenir ensemble des organisations traversées par des mutations simultanées.

Herbert A. Simon (1916-2001), prix Nobel d’économie en 1978 et fondateur de la théorie moderne de la décision en organisation, a montré que la rationalité est limitée[1] : les décideurs n’optimisent pas, ils arbitrent sous contraintes d’information, de temps et de capacités cognitives. Nous savons donc que la décision n’est jamais purement calculatoire.

Henry Mintzberg l’a confirmé autrement : la stratégie n’est pas seulement délibérée, elle est aussi émergente[2]. Les organisations ne suivent pas une trajectoire tracée d’avance ; elles apprennent, ajustent, corrigent.

Cette double leçon invalide l’idée d’une « voie unique » du management. La tentation technocratique, illustrée dans les années 1990 par la thèse de la « pensée unique » popularisée par Alain Minc[3], suppose un modèle linéaire, rationnel et universel. L’expérience organisationnelle montre l’inverse : pluralité des contextes, dépendance aux institutions, poids des trajectoires historiques.

La gestion n’est pas une doctrine. Elle est un processus d’apprentissage sous contrainte.

C’est précisément ce que met en évidence le numéro 337 à travers ses deux dossiers :

  • Le premier, « fondements actuels de différents apprentissages » explore l’apprentissage comme objet de recherche théorisable. Aicha Aguezzoul (Université de Lorraine) et Gilles Paché (Aix-Marseille Université), dans « … L’Université à l’épreuve de l’intelligence artificielle », analysent la transformation pédagogique induite par l’IA et les tensions éthiques qui l’accompagnent. Fidel A.-K. Ettien (IMT Business School Paris-Sud), avec « L’intelligence digitale… en milieu éducatif », mobilise équations structurelles et Net Promoter Score pour objectiver une ambivalence générationnelle rarement mesurée avec rigueur. Balla Doucoure enfin (Université Cheikh Anta Diop de Dakar), dans « L’effet de l’apprentissage organisationnel et de l’incertitude de la demande sur la performance commerciale des TPE », montre, à partir d’une analyse quantitative menée au Sénégal, comment les structures de petite taille renforcent leurs résultats en mobilisant leurs réseaux face à la volatilité de la demande.
  • Le second dossier, « Réponses pratiques aux enjeux actuels de la gestion », déplace l’analyse vers des terrains sectoriels souvent soumis aux contraintes d’urgence avérées. Jean-Marc Lehu (École de Management de la Sorbonne), dans une étude consacrée à la valeur perçue d’un service gratuit, appliquée au cas de Google, analyse les  mécanismes par lesquels un modèle fonde sur la gratuite génère une valorisation économique dans l’univers des plateformes numériques. Lovanirina Ramboarison-Lalao, Adrien Christmann et Coralie Haller, tous trois de l’EM Strasbourg, nous emmènent dans un secteur trop peu souvent étudié par les gestionnaires, – et c’est très regrettable – : l’Hôtellerie-restauration. Leurs intéressantes questions : entreprise libérée, RSE et société à mission appliquée au « cas de l’hôtel Levert », confrontent modèle organisationnel et contraintes sectorielles. Alois Kanyinda Kasanda de Neoma et Guillaume Martin (Université Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines-Paris-Saclay), analysent l’adaptation stratégique d’une filière patrimoniale, une production viticole pluri-centenaire et prestigieuse, celle du Champagne, avec cette « lancinante question » qu’est désormais le changement climatique au travers du projet Laccave. Pour clore ces études sectorielles, Mamady Yaya Cissé aborde la question de la presse, enjeu universel dont la liberté demeure fragile, y compris et de plus en plus, en France. Depuis l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry, il analyse, dans le contexte guinéen, les transformations internes provoquées par la digitalisation et leurs effets sur l’organisation des entreprises médiatiques en Afrique de l’Ouest.

Mais la gestion, si elle est science, n’échappe pas à l’histoire.

Marc Bloch, que j’aime tant à citer alors qu’il va enfin recevoir la reconnaissance nationale en entrant au Panthéon, écrivait avec raison que « l’incompréhension du présent nait fatalement de l’ignorance du passe[4] ». Les débats actuels sur la gouvernance, la responsabilité ou l’adaptation ne surgissent pas dans l’instant quoiqu’en pensent « des gouvernants de rencontre », selon la terrible qualification du Général de Gaulle ; ils prolongent des interrogations anciennes sur l’organisation du pouvoir, la circulation des normes et la stabilité des cadres institutionnels.

C’est dans cette perspective que s’inscrit notre grand appel à contributions (page 94) « Existe-t-il une histoire de la pensée managériale méditerranéenne ? », pour un numéro de notre revue qui paraîtra en février 2027. Sophie Agulhon d’Aix-Marseille Université et Cédric Poivret, de l’Université de Paris-Créteil ont accepté d’en être les rédacteurs en chef. Déjà, il y a 15 ans, LaRSG patronnait la première rencontre internationale méditerranéenne qui unissant l’IHEC de Carthage, Nice Sophia Antipolis et l’Université centrale de Tunis. À Hammamet, on s’interrogeait alors, sur les « nouveaux enjeux, les nouvelles perspectives économiques et sociales des pays de la rive sud de la Mediterranee[5] ».

Il ne s’agit pas de célébrer un héritage, mais d’examiner comment des pratiques et des catégories de gestion se sont formées dans un espace de circulation. La Méditerranée en offre en effet, une illustration structurante. Lorsque les Romains parlent de mare nostrum, ils désignent un espace intégré. Leurs empereurs, nés en Espagne (Trajan, Hadrien, Théodose), en France (Claude), en Libye (Septime Sévère), en Algérie (Macrin), en Syrie (Philippe l’Arabe, Élagabal), en Croatie (Dioclétien) ou en Turquie (empereurs d’Asie Mineure) gouvernent un même ensemble juridique et administratif, même lorsque la capitale se déplace de Rome vers Milan, Nicomédie ou Constantinople.

L’unité ne repose pas sur l’origine des élites, mais sur la solidité des institutions et la circulation des normes.

Fernand Braudel a rappelé que la Méditerranée relève de la longue durée. Sous l’événement, il y a des structures. Penser la gestion dans cet espace, c’est refuser de confondre nouveauté et transformation, innovation et institution. Interroger une histoire méditerranéenne de la pensée managériale, c’est revenir à l’essentiel : d’où viennent nos catégories ? Comment se sont construites nos notions de gouvernance, de responsabilité, de performance ? Depuis 1965, La Revue des Sciences de Gestion ne s’est jamais enfermée dans un espace unique.

Elle accueille des travaux venus de tous horizons dès lors qu’ils participent à un débat scientifique rigoureux et s’inscrivent dans la langue française comme langue de travail et de pensée.

La Méditerranée n’est pas une frontière éditoriale ; elle est un point d’appui pour penser les circulations.

La gestion ne progresse ni par uniformisation ni par repli.

Elle progresse par pluralisme, par confrontation des traditions et par exigence méthodologique.

Elle gagne également en maturité lorsqu’elle accepte l’histoire car Historia magister vitae !


1. Herbert A. Simon, Administrative Behavior. A Study of Decision-Making Processes in Administrative Organization, New York, Macmillan, 1947, p. 79 (4e ed., 1997).
2. Henry Mintzberg, The Rise and Fall of Strategic Planning, New York, Free Press, 1994, p. 24.
3. Alain MINC, La Pensée unique, Paris, Plon, 1995, 143 p.
4. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. 51.
5. La Revue des Sciences de gestion, n°249-250, mai-août 2011, page 46.

n°336 – Quand les modèles vacillent, les sociétés parlent

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

Dans le numéro précèdent (334-335), nous rappelions que « la réalité est toujours plus riche que les catégories de la pensée[1] ». Ce principe n’est pas une posture intellectuelle, mais une méthode. Il était déjà au cœur du premier numéro de 1965, lorsque Roger Labourier, fondateur de Direction et gestion des entreprises, posait une exigence simple : partir des faits, des pratiques et des situations concrètes, avant toute construction de modèle[2].

https://doi.org/10.3917/rsg.336.0003

Soixante ans plus tard, cette exigence demeure ! La maladie que nous avions nommée il y a trente ans n’a pas disparu : elle s’est étendue. En 1995, nous parlions de « gestionite[3] » pour designer cette illusion dangereuse qui consiste à confondre gouverner avec administrer, gérer avec normaliser, diriger avec comptabiliser. Elle frappait alors les entreprises. Elle s’est depuis installée au cœur des politiques publiques, sous l’effet du New Public Management[4], qui a substitué la logique de performance, d’indicateurs et de concurrence à celle du service, du jugement professionnel et du bien commun et qui, en France, a trouvé sa traduction la plus aboutie dans la LOLF[5] dont on ne dénoncera jamais assez les méfaits délétères sur le pays !

Aujourd’hui, les paysans européens encerclent le Parlement à Bruxelles pour dénoncer des normes conçues loin des champs, souvent contradictoires, toujours éloignées du travail réel. Les services d’urgence ferment, filtrent ou ne répondent plus, asphyxies par des lois de financement successives qui ont substitué la procédure au jugement médical, le protocole de la HAS à la place du dialogue singulier avec le patient, et bientôt, finis coronat opus, l’euthanasie pour supprimer les inutiles au sens néolibéra. La gestionite a gagné l’hôpital, l’université, les administrations, les territoires. Elle prétend organiser le réel ; elle le dessèche et le déshumanise.

La gestion, la vraie, n’est pas la bureaucratie. Elle est un art du discernement, du temps juste, de l’ajustement, du métier. La gestion n’est ni une science ni une profession, mais une pratique comme l’a toujours rappelé mon maitre Henry Mintzberg, « managing is a practice, not a profession and not a science[6] ». L’adhocratie, fondée sur l’ajustement mutuel et le savoir des acteurs, en est l’exact contrepoint.

Bien avant nos tableaux de bord, mon cher Sénèque sur qui nous avons tant peiné à le traduire, l’avait déjà posé : « veritas in praxi[7] ».

Ouvrir ce numéro par la démocratie en santé prolonge un travail engagé avec la Chaire de gestion des services de santé du CNAM, dirigée par Sandra Bertezene, à travers une série de colloques internationaux consacrés au pouvoir d’agir des usagers. Les contributions des deux premiers ont donné lieu à une publication collective[8], tandis que le troisième, tenu le 11 décembre 2025[9], sera publié conjointement avec le prochain, à Paris en 2026 dans un volume qui lui est prévu pour 2027, grâce à notre excellent éditeur : LEH, Les Éditions hospitalières[10] !

Ce qui se joue dans la santé ne s’arrête pas à la santé. Les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS), imposées par les ordonnances Juppé de 1996, ont fait de la finance un mode central de régulation de la santé[11]. Le paiement à l’acte, généralisé par la loi Bachelot de 2009[12], a achevé de transformer l’hôpital en organisation comptable. Que son auteure puisse encore se produire sur tous les plateaux de télévision sans qu’aucun journaliste ne lui rappelle les déserts médicaux, l’effondrement de l’hôpital public et la grève inédite des médecins libéraux dit assez la profondeur de l’amnésie politique contemporaine et la lâcheté de la « médiocratie », bien définie, il y a dix ans par Alain Deneault[13].

Ce numéro 336 part de la démocratie en santé, se prolonge par des recherches en finance et s’ouvre enfin sur les modèles appliqués en finance.

Question actuelle en démocratie en santé : l’article d’Amélie Perron, Nadia Smaili, Marilou Gagnon, Pierre Pariseau-Legault, Patrick Martin, David K. Wright, Caroline Dufour, Emily Marcogliese, Franco Carnevale et Hanna Ouellette montre comment l’alerte éthique n’est pas une déviance, mais une forme d’action professionnelle lorsque les institutions ne parviennent plus à se corriger elles-mêmes.

Actualités des recherches en finance est le deuxième ancrage. L’entreprise est une institution avant d’être un marché.

  • Avec Le phénomène de banqueroute au Liban, Carole Doueiry Verne ouvre cette partie par une économie effondrée, ou la monnaie s’est défaite, les banques se sont tues et l’État s’est dissous dans l’impuissance. La banqueroute n’y est pas seulement financière : elle est organisationnelle, sociale, morale. Les choix de financement, les stratégies d’évitement et la perte de repères monétaires y révèlent ce qu’il advient lorsque les instruments cessent de relier, et commencent à disloquer.
  • L’article de Zeinab Ghamloush sur la maturité de la dette et la présence de femmes dans les conseils d’administration introduit une véritable rupture de perspective. La finance n’y est plus observée depuis les instruments, mais depuis les lieux où ils sont décidés. L’entrée des femmes ne modifie pas seulement la composition des conseils : elle déplace la manière de penser le risque, le temps et la responsabilité.
    La dette cesse d’être un simple outil d’optimisation pour devenir un acte de gouvernement, révélateur d’un autre rapport à l’engagement et au contrôle
  • Enfin, Le couplage des outils de contrôle de gestion au sein du management de la relation client dans les entreprises camerounaises, signé par Ynest Dompie Tatsinkou et Bello, déplace le regard vers l’Afrique centrale et rappelle que la gestion est d’abord une relation, faite d’ajustements et de tensions.

Mais aucune décision financière ne s’exerce sans instruments. Structure follows strategy[14] : ce que Chandler avait observé dans les grandes entreprises vaut aujourd’hui pour les États, les hôpitaux et les administrations.

Les modèles financiers appliqués dans le monde sont ainsi logiquement le troisième tempo. La comptabilité est un langage politique. Les modèles voyagent, mais ils ne voyagent jamais seuls. « De même que leurs normes comptables s’imposent à tous les pays, la formation en gestion devient géopolitique[15] ».

  • Avec Les critères de sélection des valeurs de rendement et des valeurs de croissance, Bing Xiao, Laurent Meriade et Ludovic Delabarre interrogent la finance française au plus près de ses instruments : ce que l’on appelle performance, ce que l’on accepte comme risque, ce que l’on choisit comme horizon de décision.
  • Dans Performance de l’indice islamique ECOWAS Shariah, Mohamed Lamine Mbengue et Mor Welle Diop déplacent le regard vers l’Afrique de l’Ouest et montrent qu’une finance peut être autre chose qu’un calcul : une éthique, une règle du jeu, une forme de résilience en temps de crise.
  • Enfin, avec leur analyse de l’adoption des normes IPSAS au Benin, Segbezoun Thomas Houetohossou et Hamidou Diallo montrent que ces standards comptables internationaux du secteur public ne produisent jamais d’effets mécaniques.
    La transparence ne nait pas de la norme elle-même, mais des institutions qui la portent, des formations qui la rendent possible et des histoires administratives dans lesquelles elle s’inscrit.

À travers ces trois recherches, la revue montre que les instruments financiers ne décrivent jamais les sociétés : ils les organisent, les hiérarchisent et parfois les contraignent.

Ainsi, ce numéro 336, le dernier de notre soixantenaire, ne ferme rien : il ouvre. Il rappelle que la revue n’a jamais eu pour vocation de rassurer, mais d’éclairer. « La vérité vous rendra libres[16] ». Cette phrase de l’Évangile selon Saint Jean n’est pas une promesse spirituelle seulement, elle est une exigence intellectuelle.

Chercher le réel, même lorsqu’il dérange, est une condition de la liberté. Et lorsque les temps se troublent, lorsque les modèles vacillent et que les normes s’emballent, il faut, comme le disait le General se placer à la hauteur des événements, car Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités[17].

C’est à cette hauteur que La Revue des Sciences de Gestion entend demeurer, soixante ans après sa naissance : là ou analyser n’est pas une technique, mais un acte, et ou penser reste une forme d’engagement.


1. Philippe Naszályi, La Revue des Sciences de Gestion, n° 334-335, éditorial « La réalité est  toujours plus riche que les catégories de la pensée », 2025.
2. Roger Labourier (1965). Direction et gestion des entreprises, n° 1, mars-avril.
3. Philippe Naszályi (1995). « La gestionite », Direction et gestion des entreprises, nos 155-156, p. 6-7.
4. Christopher Hood, « A Public Management for All Seasons? », Public Administration, vol. 69, n° 1, 1991 ; voir aussi : Pollitt, C. & Bouckaert, G., Public Management Reform, Oxford University Press, 2000.
5. Loi organique n° 2001-692 du 1er aout 2001 relative aux lois de finances (LOLF) ; voir aussi : Bezes, P., Réinventer l’État. Les réformes de l’administration française (1962-2008), Paris, PUF, 2009.
6. Henry Mintzberg, Managing, San Francisco, Berrett-Koehler, 2009, p. 9.
7. Sénèque, Epistulae morales ad Lucilium, lettre 95, § 57.
8. Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers : Tous acteurs de notre santé, sous la direction de Sandra Bertezene, préface de Cynthia Fleury et Philippe Naszályi, Grand livre, 3 décembre 2025.
9. Pouvoir d’agir des usagers en Europe, en Amérique, en Afrique… Partager les savoirs pour une plus grande démocratie en santé : travailler autrement, troisième colloque international, organisé par La Revue des Sciences de Gestion et la Chaire de gestion des services de santé du CNAM, 11 décembre 2025.
10. https://www.leh.fr/edition/p/democratie-en-sante-et-pouvoir-dagir-des-usagers-9782386121258.
11. Ordonnances n° 96-345 du 24 avril 1996 relatives à l’organisation de la sécurité sociale.
12. Loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital.
13. Alain Deneault, La médiocratie. Montréal, Lux Éditeur, 2025, 192 p.
14. Alfred D. Chandler Jr., Strategy and Structure. Chapters in the History of the Industrial Enterprise, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1962, 463 p.
15. Jean-Claude Thoenig, « Décider, gérer, reformer. Les voies de la gouvernance », Sciences humaines, n° 44 (hors série), mars-avril-mai 2004.
16. Évangile selon Jean, 8, 32.
17. Charles de Gaulle, Discours et messages, t. II, Dans l’attente (février 1946-avril 1958), Paris, Plon, 1970, p. 69.

Gouvernance des entreprises : ce que révèle le Baromètre IFA – Ethics & Boards

Le Baromètre IFA – Ethics & Boards publié en février 2026 montre que la gouvernance des grandes entreprises françaises a profondément changé : parité presque atteinte dans les conseils d’administration, montée en puissance des critères environnementaux et nouveaux risques liés au numérique. Reste désormais une question centrale : ces transformations modifient-elles réellement la décision stratégique ?

Les résultats du nouveau Baromètre IFA – Ethics & Boards de la gouvernance responsable

Publié en février 2026, le nouveau Baromètre IFA – Ethics & Boards de la gouvernance responsable propose une analyse détaillée du fonctionnement des conseils d’administration des grandes entreprises françaises. L’étude porte sur les sociétés du SBF 120, c’est-à-dire les cent vingt principales entreprises cotées à Paris, parmi lesquelles figurent les quarante groupes du CAC 40.

Au fil des années, ce baromètre est devenu un observatoire privilégié des transformations du gouvernement des entreprises. L’édition 2026 montre que la gouvernance française entre désormais dans une phase de stabilisation : les réformes engagées depuis une décennie produisent des effets visibles, mais ouvrent aussi de nouvelles interrogations.

La parité progresse dans les conseils, moins dans le pouvoir exécutif

Le premier enseignement concerne la place des femmes. Les conseils d’administration atteignent aujourd’hui un niveau proche de la parité, autour de 47 % d’administratrices. La France se situe ainsi parmi les pays les plus avancés en matière de représentation féminine.

Mais le rapport souligne une limite importante : cette progression reste nettement plus lente dans les comités exécutifs et les directions générales. La question n’est donc plus seulement celle de la présence dans les conseils, mais celle de l’accès effectif aux responsabilités opérationnelles.

La responsabilité devient un outil de gestion

Le baromètre confirme également la généralisation des politiques dites ESG — pour Environnement, Social et Gouvernance. Il s’agit d’intégrer dans la gestion de l’entreprise des critères liés à l’impact environnemental, aux enjeux sociaux et à la qualité du fonctionnement des instances dirigeantes.

Dans la plupart des grandes entreprises, ces questions ne sont plus périphériques : elles font désormais l’objet de comités dédiés et influencent de plus en plus la rémunération variable des dirigeants.

Des conseils confrontés à de nouveaux risques

Autre évolution marquante : l’élargissement des sujets traités par les conseils d’administration. Aux questions financières traditionnelles s’ajoutent désormais la cyber sécurité, la gestion des données et l’intelligence artificielle. Le rôle de l’administrateur évolue : il ne s’agit plus seulement de contrôler, mais d’anticiper des transformations technologiques rapides.

Une gouvernance installée, mais encore à prouver

Le constat général est celui d’une gouvernance désormais largement structurée. Les règles existent, les comités sont en place et les standards sont partagés. Reste une interrogation centrale : ces dispositifs influencent-ils réellement les décisions stratégiques ou répondent-ils principalement à une exigence de conformité ?

Pour les sciences de gestion, ce baromètre confirme en tout cas une évolution majeure : le conseil d’administration devient un lieu d’arbitrage entre performance économique, responsabilité sociétale et incertitude technologique. La gouvernance n’est plus seulement une question juridique ; elle devient un enjeu stratégique.

IFA

Existe-t-il une histoire de la pensée managériale méditerranéenne ? [Appel à com]

Depuis sa création en 1965, La Revue des Sciences de Gestion s’attache à documenter, analyser et transmettre les évolutions de la pensée managériale dans toute sa diversité. Fidèle à sa vocation originelle – offrir un espace scientifique ouvert, pluraliste et international pour comprendre les pratiques de gestion dans leurs contextes sociaux, économiques et institutionnels – la revue a toujours accordé une importance particulière à l’histoire des idées gestionnaires et à l’étude des traditions intellectuelles qui ont contribué à structurer le champ.

Depuis les travaux de l’historien Fernand Braudel (1949), l’histoire se spatialise et ne se comprend plus uniquement via une vision séquentielle des événements, mais comme une mise en évidence de permanences (Ibid., 1967). Bien avant l’institutionnalisation universitaire des sciences de gestion au XXe siècle, l’espace méditerranéen peut être analysé comme un champ historique de production de rationalités organisationnelles, au sens où s’y sont élaborées, testées et diffusées des formes spécifiques de coordination, de gouvernement économique et d’action collective. Ports, compagnies commerciales, entreprises industrielles, grands travaux d’infrastructure, dispositifs coloniaux et formes de gouvernement économique ont produit, dès le XIXe siècle, des modes de rationalisation de l’action collective qui préfigurent les sciences administratives et managériales contemporaines. La Méditerranée peut ainsi être envisagée non seulement comme un espace géographique, mais comme une matrice historique de production et de circulation des savoirs de gestion.

Dans cette perspective, la question de l’existence d’une histoire de la pensée managériale méditerranéenne invite à revisiter, dans une perspective historiographique et épistémologique, les contributions de précurseurs francophones des sciences administratives et économiques du XIXe siècle, notamment issus des courants saint-simoniens et libéraux (Chevalier, [1832], 2006). Leurs réflexions sur l’organisation des entreprises, des infrastructures et des territoires — qu’il s’agisse de systèmes de communication, de circulation, de production ou de colonisation — ont contribué à penser la Méditerranée comme un espace économique intégré, structuré par des dispositifs organisationnels complexes. Ces travaux, souvent situés aux frontières de l’économie politique, de l’ingénierie et de l’administration, constituent un socle encore peu exploré de la pensée managériale.

Ces premières élaborations intellectuelles trouvent des prolongements institutionnels au XXe siècle, notamment dans certains pôles universitaires du sud de la France et des autres rives méditerranéennes. À la suite de la 5e journée d’histoire de la pensée managériale tenue en avril 2025 à Aix-en-Provence, plusieurs communications ont mis en évidence l’existence d’un écosystème de recherche riche et durable en sciences de gestion, voire d’une pensée managériale ancrée territorialement. Dans l’espace aixois et marseillais, la création du premier IAE français il y a plus de 70 ans, l’émergence du CRET-LOG comme laboratoire pionnier de la pensée logistique (Rouquet, 2023), ou encore l’empreinte de figures majeures ayant contribué à façonner des courants de pensée reconnus au niveau national et international comme Jean-Louis Le Moigne au niveau de la pensée complexe et des systèmes (Amabile et al., 2018 ; Bidan et Schmitt, 2024) ou Pierre Eiglier pour la gestion des services (Bowen, 2023), font écho à l’inscription plus large de ces travaux dans l’espace méditerranéen, entendu comme un lieu de circulation des idées, des méthodes et des pratiques managériales.

Dans cette optique, l’existence de plusieurs pôles de recherche en sciences de gestion sur les différentes rives de la Méditerranée, porteurs de traditions universitaires distinctes, invite à formuler l’hypothèse d’une histoire méditerranéenne de la pensée managériale, en résonnance avec les travaux italiens sur la pensée méridienne de l’italien Franco Cassano (1998). En effet, de nombreuses recherches dans les champs de l’entrepreneuriat (Marchesnay et al, 2006 ; (Paturel, 2010 ; 2016) ont souligné des stratégies (Aliouat, 2018) et des modes d’action spécifiques dans des contextes marqués par l’incertitude, l’instabilité ou encore la rareté des ressources, en particulier en méditerranée[1]. Par exemple, les recherches menées sur les terrains d’Afrique du Nord, du Proche-Orient ou du sud de l’Europe mettent ainsi en évidence des formes d’organisation et de décision adaptées à des environnements qualifiés d’« hostiles », dans lesquels les acteurs développent des conventions spécifiques, des stratégies hybrides voire d’ubiquité (Wahidi, 2012) ou des formes d’entrepreneuriat transnational, tissés au gré des récits d’immigration (Mahfouz et Levy-Tadjine, 2025). Ces travaux interrogent les cadres d’analyse dominants des sciences de gestion et invitent à un décentrement théorique, méthodologique et épistémologique au sein de la discipline.

Dans cette continuité, l’écriture d’une histoire de la pensée managériale en contexte méditerranéen conduit également à interroger son articulation historique avec les projets coloniaux et postcoloniaux, notamment en Afrique du Nord. Les dispositifs administratifs, entrepreneuriaux et infrastructurels mis en œuvre dans ces contextes ont contribué à la production de savoirs gestionnaires tout en soulevant des enjeux politiques, éthiques et épistémologiques majeurs. Ces enjeux nourrissent aujourd’hui les approches décoloniales de l’histoire de la pensée managériale, encore peu développées (Passant, 2025), qu’elles s’inscrivent ou non dans le courant des Critical Management Studies (Agulhon et Müller, 2024).

Par ailleurs, certains travaux issus de l’espace méditerranéen ont acquis une portée théorique dépassant leur contexte d’origine, à l’image des recherches sur l’entrepreneuriat et en marketing. Ainsi, les travaux libanais sur la résilience en contexte polycrises (Badran et Sleiman, 2024) et l’antifragilité (Taleb, 2012) font aujourd’hui écho sur d’autres rives (Frimousse, 2022 ; Frimousse, 2019). Dans le cas des entrepreneurs libanais implantés en Afrique, Levy-Tadjine et Dzaka (2016) montraient ainsi la nécessité de changer de cadre d’analyse pour analyser leur démarche stratégique. Parallèlement, une invitation analogue au décentrement est aussi faite en marketing pour appréhender les pratiques locales de RSE et analyser les réalités et les comportements des acteurs méditerranéens. Alors que les initiatives RSE sont souvent présentées comme le produit d’un contexte industriel et post-industriel occidental importé tel quel dans le reste du monde (Jamali et al., 2020), le travail de Koudri et Djedidi (2022) sur les PME algériennes montre que la RSE s’enracine dans des valeurs culturelles et éthiques locales. Les auteurs mettent également en évidence des formes discrètes de RSE, qui s’écartent de leur conception dominante comme outil de communication et de valorisation de l’image de marque, telle qu’elle est décrite dans la littérature consacrée aux contextes européens et nord-américains.

Dans ce cadre, ce numéro spécial de La Revue des Sciences de Gestion vise à accueillir des contributions d’histoire de la pensée managériale (Poivret, 2017, 2018, Marco et Poivret, 2022, Marco, Pesqueux et Poivret, 2025) s’inscrivant dans une démarche explicitement théorisée.

Les travaux attendus pourront notamment :

  • analyser l’histoire des centres de recherche, des institutions académiques et des écoles de pensée en sciences de gestion situés dans l’espace méditerranéen ;
  • revisiter les contributions de précurseurs des sciences administratives, économiques et managériales, en particulier aux XIXe et XXe siècles ;
  • étudier des lieux-objets emblématiques (ports, canaux, détroits, infrastructures logistiques, compagnies concessionnaires) comme dispositifs organisationnels et managériaux et comme inspirateur de pensée gestionnaire spécifique à ces objets;
  • mobiliser des archives écrites ou orales dans une perspective historiographique ou critique ;
  • articuler l’analyse historique à une réflexion théorique sur la production, la circulation et la légitimation des savoirs en gestion ;
  • interroger les enjeux coloniaux, postcoloniaux et décoloniaux de l’histoire de la pensée managériale.

[1] Voir aussi le document que rédigea Michel Marchesnay à l’occasion de la soutenance de sa 6e thèse en 2006, disponible sur https://mrm.edu.umontpellier.fr/files/2016/01/M.MARCHESNAY-direction-de-these.pdf

Modalités de soumission

Rédacteurs en chef

Sophie Agulhon sophie.agulhon.1@univ-amu.fr
et Cédric Poivret cedric.poivret@univ-eiffel.fr

Langues acceptées : français ou anglais.

Types de contributions : articles de recherche originaux (méthodologie historique, historiographique ou critique), études de cas documentées, approches théoriques ancrées dans l’histoire des idées, analyses comparatives.

Longueur des articles : de 8.000 à 10.000 mots, conformément aux standards de la revue (bibliographie incluse), voir https://larsg.fr/consignes-aux-auteurs

Processus d’évaluation : triple évaluation en double anonymat, conformément aux standards de La Revue des Sciences de Gestion.

Calendrier

  • Soumission des articles complets : 30/06/2026
  • Retour aux auteurs : 31/07/2026
  • Publication prévue : 1er numéro 2027 (janv.-fév.)

Normes éditoriales : les manuscrits devront respecter les consignes de rédaction et les styles bibliographiques de La Revue des Sciences de Gestion.

Bibliographie

  • Agulhon, S., Mueller, T. (2024), From housewife’s expertise to the women’s movement: Empowerment through scientific management during the progressive era. Organization, 0(0), 1-26.
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Message de François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a fait part aujourd’hui de sa décision personnelle de quitter ses fonctions début juin prochain, pour prendre la Présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Il y succèdera à Jean-Marc Sauvé, dont le mandat se termine fin mai. Le Conseil général de la Banque de France, dans sa séance du 6 février, a donné son accord à cette future activité.

La Fondation Apprentis d’Auteuil, reconnue d’utilité publique, est un acteur majeur en France de l’aide sociale à l’enfance et la formation de la jeunesse en difficulté. Elle accompagne chaque année plus de 40 000 enfants et adolescents, et s’appuie sur l’engagement de plus de 8 000 collaborateurs salariés à travers 430 établissements dans les territoires.

François Villeroy de Galhau commente ainsi sa décision : « Cette nouvelle mission dans un domaine social clé a pour moi un grand sens pour continuer à servir l’intérêt général. Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l’euro sont et resteront l’honneur de mon parcours public ; nous avons avec les hommes et les femmes de la Banque de France tenu le cap de la stabilité et soutenu la confiance à travers les crises, et nous avons transformé cette grande institution publique. D’ici juin, et un peu plus d’une année avant le terme de mon second mandat, il me semble que j’aurai accompli l’essentiel de ma mission ».

revue Mondes en Développement : appel à contribution pour le n° 215/3

Revue francophone à comité de lecture fondée en 1973 par François Perroux (Collège de France), Mondes en développement publie au plan international des contributions en français ou, pour certaines, en anglais. Elle s’intéresse aux différents modes et trajectoires de développement des pays dans le monde, selon des valeurs humaines (économie des ressources humaines, éthique du développement…), économiques (coopérations, mondialisation, sous-développement et pauvreté, dynamiques migratoires…), sectorielles et techniques (industrialisation, agriculture, transferts de technologies…), financières (financement du développement, dette, microfinance…). Une attention particulière est accordée aux enjeux institutionnels (gouvernance) et de la société civile dans une perspective de développement durable.

Pour son n° 215/3 de 2026, la revue Mondes en Développement propose un thème : “Emploi du temps, travail domestique et care” Rédacteurs en chef invités : Jacques Charmes et Philippe Adair. Cet appel est ouvert jusqu’au 1er avril 2026.

Appel à contribution

La mesure de l’emploi du temps des femmes et des hommes et la prise en compte du travail domestique ne sont pas des préoccupations nouvelles. Les travaux de Stanislav Strumilin (1925) sur les ouvriers de l’Union soviétique dans les années 1920, puis de Sorokin (1937, 1939) aux États-Unis, sans même revenir jusqu’à Frédéric Le Play (1855) et ses travaux sur les ouvriers européens, avaient posé les jalons d’une tradition d’enquêtes sur l’emploi du temps qui prirent leur essor dès la fin des années 1960 en Europe (Szalai, 1972) et connurent une accélération et une extension à l’ensemble des régions du monde suite à la Conférence de Beijing qui en fit une des recommandations de sa Plate-Forme d’Action en 1995. On compte aujourd’hui plus d’une centaine de pays à avoir réalisé de telles enquêtes à l’échelle nationale dont la moitié les ont renouvelées au moins une fois (près de 280 enquêtes ont été recensées) (Charmes, 2021, 2025). Les tâches domestiques ont également été considérées comme un véritable travail depuis longtemps (Le Play, 1855 ; Marshall, 1909) et ce n’est que la naissance de la Comptabilité Nationale dans l’après-guerre et la nécessité de pouvoir apprécier la valeur marchande des activités productives qui conduisirent à leur exclusion afin de limiter le recours à des mesures par voie d’imputation, alors que les recensements de population ne s’étaient pas tenus à une telle exclusion (Folbre 1991). Dès 1934, les travaux de Margaret Reid (1934), puis ceux de Gary Becker avec sa Théorie sur l’allocation du temps (1965) et son Traité sur la Famille (1981), et plus récemment de Marylin Waring (1988 ; 1999) remettaient l’accent sur l’importance du travail domestique que le rapport Stiglitz, Sen et Fitoussi (2009) devait pointer comme l’une des lacunes dans la mesure du PIB et du bien-être. Lors de sa révision en 2008, et de nouveau en 2025, le Système de Comptabilité Nationale (SCN) préconisait l’élaboration de comptes satellites de la production domestique et le calcul d’un PIB étendu. Fleurirent alors de nombreuses estimations de la production domestique en proportion du PIB, mais ce n’est que plus récemment que des versions élargies des comptes nationaux et du PIB ont vu le jour avec des méthodologies standardisées (UNECE 2017).

Cependant, les utilisations et les analyses des enquêtes sur l’emploi du temps ne se cantonnent pas au seul travail domestique : le temps consacré aux loisirs, à la sociabilité et aux soins personnels a toujours représenté un centre d’intérêt pour les sociologues (Gershuny, 2000), les études de santé publique (Voir les articles publiés dans le BMC Public Health sur l’impact de l’utilisation du temps sur la santé de certaines catégories de personnes : jeunes, adultes, personnes âgées), les spécialistes des media (nombre d’heures passées à l’écoute ou devant les écrans, et créneaux d’écoute) et les approches environnementales (temps consacré à la production d’énergie et au traitement des déchets (Fajzel et al., 2023), certains de ces aspects ayant même précédé l’intérêt pour le travail domestique non rémunéré.

Il n’en demeure pas moins que le travail domestique et de soins, qui retombe de façon disproportionnée sur les femmes, est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux obstacles limitant l’accès de celles-ci au marché du travail, le responsable du caractère épisodique ou partiel de leur participation économique, et par voie de conséquence une limite à leur autonomisation. On ne compte plus le nombre des travaux sur la pauvreté en temps (« time poverty ») (Zacharias, 2011 ; Zacharias et al., 2012), la féminisation de la pauvreté (Chant, 2006), les inégalités de genre dans le partage du travail domestique et de soins (Antonopoulos and Hirway, 2010 ; Hirway, 2017) qui viennent alimenter la réflexion en amont de la stratégie dite des 3 Rs (Reconnaître-Réduire-Redistribuer) (Elson, 2017).

Plus récemment deux rapports phares de l’Organisation Internationale du Travail sur le travail et les travailleurs des soins (Addati et al., 2018), ou sur les soins dans le cadre du travail (Addati et al., 2022) ont suscité la réalisation de nombreuses études sur l’économie des soins dans les diverses régions du monde : voir par exemple UN Women-ERF, 2020 pour la région MENA ou Donehower, 2025 pour l’Asie et ECLAC-UN-ILO, 2025 pour l’Amérique Latine). En étendant la réflexion aux travailleurs des soins dans le secteur économique, ces rapports ont élargi la stratégie des 3Rs à deux dimensions supplémentaires (Rémunérer-Représenter) pour rendre compte du fait que ces travailleurs – non rémunérés dans la sphère domestique – le sont aussi très mal dans la sphère marchande et que les un(e)s et les autres doivent être mieux représentés afin de faire entendre leurs voix et revendications de la part des pouvoirs publics.

La littérature francophone sur ces sujets est relativement ancienne (Fouquet et Chadeau, 1981 ; Goldschmidt-Clermont, 1982 ; Roy, 2009 et 2012 ; le numéro de la revue française de socio-économie consacré à la question en 2008 ; plus récemment Chassoulier et al., 2023 pour un panorama sur le secteur des soins en France) ou mal connue au milieu des innombrables travaux anglo-saxons et il est apparu souhaitable d’y consacrer un numéro thématique de la revue Mondes en Développement.

Les articles soumis pourront relever de diverses disciplines (anthropologie, économie, géographie, psychologie, santé publique, sociologie) et traiter – dans une perspective de genre – diverses thématiques parmi lesquelles :

  • Pauvreté en temps et féminisation de la pauvreté
  • Racines des inégalités de genre sur le marché du travail
  • Répartition du travail domestique et de soins au sein des ménages
  • Normes sociales, patriarcat et division du travail au sein de la sphère domestique
  • Dimensions et structures de l’économie des soins et impact des politiques au niveau local, national, régional
  • Politiques de reconnaissance, de réduction et de redistribution du travail domestique et de soins
  • Emploi du temps et questions de santé et de bien-être
  • Impact des chocs exogènes (pandémie du COVID-19, hyperinflation, dévaluation) sur l’emploi du temps et le travail domestique et de soins
  • Travailleurs domestiques rémunérés
  • Travailleurs rémunérés du secteur des soins (éducation, santé, travail social)

Cette liste ne se veut pas exhaustive et toutes les propositions entrant dans le champ défini seront examinées.

Cet appel est ouvert à tout type de méthodes : réflexions théoriques, analyse macro, méso ou micro, études de cas, production d’indicateurs, analyses statistiques, études expérimentales dont RCT, analyse comparative ou monographie etc…

Critères de sélection : pertinence thématique, pertinence du champ, originalité de la démarche, clarté de l’argumentation, pertinence des résultats.

Instructions aux auteurs

L’auteur·trice atteste que sa proposition d’article n’a pas été publiée par ailleurs et ne fait pas l’objet d’une soumission à une autre revue. L’avis du Comité de lecture conditionne la publication de tout article. La proposition d’article anonymisée fait l’objet d’un avis de recevabilité puis, s’il est positif, de rapports anonymes par deux referees.

  • Le texte est transmis en fichier word par mail. Le volume de référence est de 50 000 signes (espaces inclus), y compris les résumés, les notes, la bibliographie, les annexes, les tableaux et graphiques. Le texte, en style normal, est aligné à gauche, sans retrait de paragraphe, sans césure, sans puce, ni numéro. Il est composé en garamond 11, espace simple, sans marge.
  • Les résumés en français et en anglais (avec titre traduit) ne dépassent pas 1 000 caractères (espaces inclus). Ils sont accompagnés de mots-clés (français et anglais, 7 au maximum) et de la classification JEL (5 références au maximum).
  • Les parties et sous-parties sont numérotées (1., 1.1, 1.1.1, …). L’introduction et la conclusion ne sont pas numérotées.
  • Les tableaux, graphiques, schémas et cartes mesurent au maximum 11,5 cm en largeur ; leur emplacement dans le texte est précisé. Ils sont présentés, ainsi que les formules mathématiques, sous word, éventuellement au format image, et ne sont pas scannés. Leur lisibilité est testée sur un tirage papier.
  • Le titre de l’article, prénom et nom de l’auteur, titre, institution, adresse électronique, adresse postale personnelle (pour l’envoi du numéro), sont mentionnés.
  • Les notes de bas de page sont numérotées par ordre croissant en chiffres arabes en times new roman normal 9.
  • Dans le texte, les références d’auteurs sont précisées des plus récentes aux plus anciennes, avec les pages des citations (Perroux, 1981, 47).
  • À leur première utilisation, les sigles et acronymes sont développés.
  • La bibliographie est établie en garamond 10, par ordre alphabétique des seules références mobilisées dans le texte, pour un auteur, de l’année la plus récente à la plus ancienne, sous la forme suivante :

La reproduction et la traduction des articles sont soumises à l’accord préalable des éditions De Boeck. La source est indiquée et un exemplaire est communiqué à la rédaction.

Format des contributions

La proposition de contribution est soumise en fichier Word par mail aux adresses suivantes : jacques.charmes@yahoo.com ; adair@u-pec.fr

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2 stages à pourvoir : Étude des freins et des leviers à la réparation des objets

Deux stages sont à pourvoir sur le thème “Étude des freins et des leviers à la réparation des objets”, respectivement pour le Laboratoire EconomiX à l’université Paris Nanterre et le Laboratoire d’économie Dyonisien (LED) au sein de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis.

Stage 1

Durée : 6 mois à temps complet (35h par semaine)

Rémunération : 4,50€ de l’heure et remboursement de 50% des frais de transport, ce qui fait entre 600€ et 700€ par mois suivant les mois

Lieu : Laboratoire EconomiX à l’université Paris Nanterre, avec une possibilité de télétravail

Encadrement : Le.a stagiaire sera encadré.e par Phu Van Nguyen et Thrycia Tite

Description du stage

Dans le cadre de notre programme de recherche, nous proposons un stage de 6 mois sur le thème “Étude des freins et des leviers à la réparation des objets”. Ce stage offre une opportunité unique de contribuer à un projet de recherche innovant et de développer des compétences méthodologiques et analytiques.

Missions

1. – Participation à l’élaboration d’expériences d’économie expérimentale :

  • Discussion sur les protocoles expérimentaux
  • Coder des expériences
  • Réaliser des expériences

2. – Rédaction d’une revue de la littérature

3. – Participation aux tâches collectives du projet de recherche (organisation, compte-rendu de réunion, etc.)

4. – Recherche qualitative possibles, suivant l’intérêt du stagiaire

  • Réaliser des enquêtes de terrain (en groupe ou en autonomie
  • Réaliser des entretiens avec une grille commune
  • Coder via NVivo
  • Relire les retranscriptions
  • Réaliser des recherches bibliographiques

Profil recherché

  • Étudiant.e en Master en économie, gestion ou sciences sociales avec une appétence pour la recherche.
  • Intérêt marqué pour la recherche et les méthodologies quantitatives.
  • Capacité à travailler de manière autonome et en équipe.
  • Bonnes compétences en communication écrite et orale.
  • Maîtrise des outils de recherche bibliographique et des logiciels d’analyse quantitatives (un plus).

Candidature

  • Pour postuler, merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Phu Nguyen Van (pnguyenvan@parisnanterre.fr) et Thrycia Tite (ttite@parisnanterre.fr) avant le 28 février 2026. Les candidatures seront examinées au fil de l’eau.

Stage 2

Durée : 6 mois à temps complet (35h par semaine)

Rémunération : 4,50€ de l’heure et remboursement de 50% des frais de transport, ce qui fait entre 600€ et 700€ par mois suivant les mois

Lieu : Laboratoire d’économie Dyonisien (LED) au sein de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, avec une possibilité de télétravail

Encadrement : Le.a stagiaire sera encadré.e par Elen Riot et Elias Bouacida

Description du stage

Dans le cadre de notre programme de recherche, nous proposons un stage de 6 mois sur le thème “Étude des freins et des leviers à la réparation des objets”. Ce stage offre une opportunité unique de contribuer à un projet de recherche innovant et de développer des compétences méthodologiques et analytiques.

Missions

1. – Recherche qualitative

  • Réaliser des enquêtes de terrain (en groupe ou en autonomie)
  • Réaliser des entretiens avec une grille commune
  • Coder via NVivo
  • Relire les retranscriptions
  • Réaliser des recherches bibliographiques

2. – Rédaction d’une revue de la littérature

3. – Participation aux tâches collectives du projet de recherche (organisation, compte-rendu de réunion, etc)

4. – Participation à l’élaboration d’expériences d’économie expérimentale possible, suivant l’intérêt du stagiaire :

  • Discussion sur les protocoles expérimentaux
  • Codage des expériences
  • Réalisation des expériences

Profil recherché

  • Étudiant.e en Master en science sociale ou économie avec une appétence pour la recherche.
  • Intérêt marqué pour la recherche et les méthodologies qualitatives.
  • Capacité à travailler de manière autonome et en équipe.
  • Bonnes compétences en communication écrite et orale.
  • Maîtrise des outils de recherche bibliographique et des logiciels d’analyse qualitative (un plus).

Candidature

  • Pour postuler, merci d’envoyer votre CV et une lettre de motivation à Elen Riot (elen.riot@univ-paris8.fr) et Elias Bouacida (elias.bouacida@univ-paris8.fr) et avant le 28 février 2026. Les candidatures seront examinées au fil de l’eau.

CDEFM : les perspectives pour 2026

Ce 29 janvier, les perspectives de la CDEFM pour 2026 était présentées par Vincenzo Vinzi, Directeur Général de l’ESSEC et Stéphanie Lavigne, Directrice Générale de TBS Education.

Vincenzo Vinzi, respectivement président par intérim, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM, viennent d’organiser conjointement une conférence de presse de présentation de l’organisation et ses perspectives en ce début 2026. La Conférence des Directeurs des Écoles Françaises de Management regroupe à ce jour 37 écoles, près de 180.000 étudiants, dont 1/3 en alternance, 4.000 professeurs et 10.000 collaborateurs.

Vincenzo Vinzi, président, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM
Vincenzo Vinzi, président, et Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la CDEFM, dans les locaux de l’ESSEC Business School, à Puteaux.

Les membres de la CDEFM présentent un positionnement international compétitif malgré des risques

En premier lieu Vincenzo Vinzi aura décrit la position des meilleures écoles de commerce comme un véritable « miracle à la française”. Alors qu’elles permettent un accès aux grandes écoles de commerce avec des frais d’inscription globalement plus faibles que leurs concurrentes internationales, la CDEFM fait le tour de force de placer 26 écoles dans la tranche des 100 meilleures inscrites dans le classement du Financial Times de 2025, comme le confirme un communiqué de Campus France.

  • Ceci-dit, il faut constater – en premier lieu – une fuite paradoxale d’étudiants français justement vers l’international. Il existe en effet un effet délétère à ce jour lié au calendrier de Parcoursup qui donne aux étudiants des réponses trop tardives sur leur choix définitifs d’inscription dans les établissements scolaires français alors que les places dans les écoles étrangères se clôturent par anticipation. Un processus contre-productif qui amène trop souvent les étudiants nationaux à préférer la sécurisation d’une place hors de nos frontières.
    Bien entendu, il faudrait avancer la date des résultats selon les représentants de la CDEFM. Des échanges avec le Ministère à ce propos seraient d’ailleurs bien avancés.
  • En second lieu, sur les 37 écoles de la conférence, 23 écoles s’ouvrent aux classes préparatoires. La réputation historique des grandes écoles en France est d’ailleurs un marqueur important de cette filière. Pourtant, lors de la dernière rentrée, quatorze d’entre-elles n’ont pu remplir les effectifs attendus. C’est que la concurrence internationale s’intensifie. Historiquement centré autour du Top 10 des écoles, il faut noter aujourd’hui un resserrement notable du choix des familles pour  le Top 5 des établissements triplement accrédités (AMBA, EQUIS, AACSB).
    « Une des cinq premières sinon rien… » deviendrait une attitude souvent constatée selon les propos de Stéphanie Lavigne. En tout cas, « rien en France » faut-il préciser si les étudiants concernés par ce choix n’obtenaient de place dans le quinté !

On comprend mieux la compagne “Prépare-toi” #PREPARETOI initiée dès 2024, visant à mettre en exergue le passage en classe préparatoire – pour valoriser ces étudiants diplômés des Grandes Écoles Françaises de Management ayant emprunté cette filière – par la délivrance de deux nouveaux certificats : un « Certificates of Liberal Arts » et un autre dit « of Humanities » délivré par la CDEFM. Le but est autant de signaler aux entreprises ce passage dans une filière spécifique, pour ne pas dire élitiste, avec une vision dite « higher order thinking skills » visant également à répondre aux attentes de l’Association des professeurs des classes préparatoires (APHEC) face aux formations bac +2 diplômantes qui prennent du terrain.

Une double difficulté pour les établissements qui cherchent à ouvrir les recrutements

Au-delà de cette sélection des profils dans une valorisation des « habiletés supérieures de la pensée », il ne faut pas oublier la masse de la cohorte. 64% des étudiants en école de commerce ne seraient jamais venus s’il n’y avait pas eu d’apprentissage et 27% y sont boursiers, selon une étude CDEFM réalisée auprès de 7.445 étudiants et publiée en novembre 2024. 48% de ces mêmes étudiants travaillent, dont 90% dans des entreprises françaises. 1/3 sont des internationaux et les 3/4 souhaitent vivre en France. C’est donc bien la valeur d’une culture transmise que la plupart des étudiants viennent finalement chercher en France, dans une sorte de « pollinisation croisée des cultures » évoque Vincenzo Vinzi, lui-même né à Capri (Italie). C’est pourquoi ce dernier aspire à ce que les problématiques de délivrance des visas puissent se solutionner grâce à une simplification des processus et un accroissement des offres d’hébergement autour des campus. Une mise en « valeur républicaine » précise-t-il, avant d’évoquer les partenaires Campus France et le label « Bienvenue en France » ainsi que les Ministères de référence.

Pourtant, la rédaction de LaRSG s’est étonnée du fait que certaines écoles de la CDEFM s’écartent de l’esprit qui prévaut à l’article premier de la Constitution française intitulé « De la souveraineté » qui stipule que la langue de la République est le français. Qu’il s’agisse des enseignements ou du site internet, 100% est parfois en anglais ! Lorsque la question est posée, Stéphanie Lavigne précise que certaines écoles ont effectivement développé des programmes « Full English » pour ceux des étudiants qui veulent s’inscrire dans des carrières internationales. Il n’en reste pas moins que l’ESCP est financée, pour partie, par des cotisations prises sur les entreprises du tissu économique parisien, alors que l’établissement n’affiche plus Paris comme raison d’être de son acronyme. [source]

« La langue ne doit pas présenter une barrière » indique Vincenzo Vinzi, et il y a « risque de se couper de talents », même si « chaque école fait sa stratégie » complète Stéphanie Lavigne.

Une course à la certification perpétuelle

Alors qu’une unification des critères de qualité serait souhaitée par le président de la CDEFM en évoquant les organismes de certification, autant nationale qu’internationale, Vincenzo Vinzi a exprimé le souhait que la certification « Qualiopi » – considérée aujourd’hui comme un gage de qualité des prestataires d’actions de formation et d’apprentissage – puisse subir une montée du label vers une version complémentaire Qualiopi +.

Rendue obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour les organismes de formation souhaitant bénéficier des fonds publics et mutualisés, Qualiopi se verrait adjoindre une nouvelle certification cette fois obligatoire pour renforcer les exigences sur les méthodes pédagogiques. En perspective, de nouveaux dispositifs de contrôle pédagogique de l’apprentissage seraient envisagés alors que la certification actuelle ne mesure directement ni l’impact ni l’efficacité de l’enseignement.

À n’en pas douter, une sur-législation entrainement de nouveaux coûts pour les écoles qui se répercuterons inévitablement. Les frais des programmes grandes écoles (PGE) ayant augmenté de 84% depuis 2011, passant d’environ 25 918 € à 47 728 €, et continuent de croître de 5 % par an (source TF1).

Le mot de la fin pour la CDEFM

Vincenzo Vinzi et Stéphanie Lavigne n’ont exprimé aucun avis sur l’émancipation du CNRS des accès du Web of Science (Clarivate) et l’impact pouvant être induit sur les écoles membres de la CDEFM.

Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte

Cette journée intitulée “Le chercheur face au droit d’auteur : auteur et utilisateur à l’ère de la science ouverte” visera à améliorer la compréhension générale de la réglementation en matière de droit d’auteur en promouvant la connaissance du cadre juridique européen et de son application pratique.

📅 mercredi 28 janvier 2026 de 8h45 à 16h15
📍 CNAM, 2 rue Conté, 75003 Paris

Programme de la journée : “Le chercheur face au droit d’auteur”

1️⃣ Compréhension du cadre juridique général du droit d’auteur
le double rôle du chercheur à la fois auteur et utilisateur de contenus,
le régime juridique applicable aux fonctionnaires,
les dispositifs clés comme la faculté pour l’auteur de mettre ses articles en archives ouvertes (Secondary Publication Right – SPR).
2️⃣ Application aux pratiques de recherche (TDM Science ouverte)
Découvrir les bonnes pratiques en matière de droit d’auteur dans les activités de recherche, comprendre l’exception de fouille de textes et de données (Text and Data Mining – TDM), et apprendre à concilier les principes de la science ouverte avec le respect du droit d’auteur
3️⃣ Acquisition de compétences pratiques via des cas concrets
Acquérir des compétences pratiques grâce à l’examen de cas concrets, notamment concernant le TDM, les exceptions de recherche et le recours aux licences Creative Commons

👉 Pour confirmer votre participation,
veuillez compléter votre inscription
avant le mercredi 21 janvier 2026 ici.

n°334-335 – La réalité est toujours infiniment plus variée que ce que n’importe quelle théorie peut saisir*

Philippe Naszályi
Directeur de LaRSG

Nous avons choisi le père de la sociologie pour exprimer avec une limpidité remarquable, la manière dont La Revue des Sciences de Gestion conçoit la recherche depuis sa fondation. La connaissance ne se réduit jamais aux cadres que nous dessinons pour la saisir. Les organisations, les pratiques, les territoires et les comportements débordent toujours les catégories que nous élaborons pour les comprendre. Le réel ne se laisse pas enfermer dans une formule. Il surprend, résiste, déjoue les simplifications. Depuis soixante ans, la plus ancienne revue francophone de management assume pleinement et avec impertinence ce rapport exigeant au terrain et aux faits, en refusant toute réduction systématique au profit d’une compréhension patiente et plurielle des phénomènes. Et cela n’en déplaise aux « classeurs » de tout poil. En la matière, je fais mien cet aphorisme prêté à Sacha Guitry : « Il parait qu’il y a des gens qui classent tout. Ce sont les mêmes qui, finalement, ne comprennent rien ! »

https://doi.org/10.3917/rsg.334.0001

Soixante ans : un anniversaire, pas une retraite

Cette année 2025 revêt ainsi une signification particulière. La revue célèbre ses soixante ans. En France, cet âge évoque immédiatement la retraite. Cet âge plus que jamais anime les oppositions syndicales tout comme les joutes oratoires des plateaux de télévision ou des assemblées avec le retour à un seuil devenu presque mythique depuis François Mitterrand.

Rien de tout cela n’est d’actualité pour La Revue des Sciences de Gestion. A soixante ans, elle ne songe nullement à ralentir. Elle ne prend pas non plus sa retraite. Elle ne s’y prépare pas. Elle ne montre aucune intention de le faire. Bien au contraire, elle poursuit avec la même vitalité l’exploration des organisations, l’accueil des travaux venus de différents continents et la confrontation des approches théoriques. Le numéro double qui s’ouvre ici est l’avant-dernier de cette année du soixantenaire, prélude direct aux journées de Marrakech les 10, 11 et 12 décembre 2025.

Notre jubilé, ou plutôt les « noces de diamant » de La RSG seront fidèles à notre ouverture à toutes les cultures francophones.

Ce triduum se déclinera d’abord par deux colloques dans le cadre des 3es Rendez-vous du management de Marrakech (RMM) qu’a lancé le Professeur Nabil Ouarsafi et auxquels nous sommes associes depuis le début !

  • Un large débat sur le travail s’illustre par un thème désormais central dans les organisations comme dans le débat public, à savoir la question de savoir s’il faut travailler plus, travailler moins ou travailler autrement.
  • La démocratie en santé et le pouvoir d’agir des usagers est l’objet, le 11 décembre, du 3e colloque que notre revue organise, en partenariat avec la chaire de Gestion des services de santé et le laboratoire Lirsa (EA4603) du Conservatoire national des arts et métiers[1]. Partenaire incontournable, sa directrice Sandra Bertézène a, en plus, coordonné la publication, aux éditions LEH, du volume de plus de cinq-cents pages qui réunit toutes les contributions des deux premiers colloques que nous avons organisés en 2023 à Paris et en 2024 à Paris et Montréal (bulletin de commande.)

Les Doctoriales offriront en outre à de jeunes doctorants marocains un accompagnement méthodologique et scientifique, prolongeant ainsi le rôle de transmission qui fait partie de l’identité de la revue grâce à la venue de membres de notre comité de rédaction.

Enfin, les prises de parole des personnalités françaises et marocaines lors des festivités du soixantenaire répondront à la question de savoir ce que signifie durer pour une revue scientifique, sans devenir immobile ni répétitive, avec le témoignage d’autres directeurs de revues francophones, venus partager cette fête de la recherche en management !

Une fidélité au terrain et à la complexité du réel

En effet, depuis six décennies, la revue défend une manière précise de comprendre les phénomènes de gestion : partir du terrain, observer les pratiques, écouter les acteurs, suivre les processus, au lieu de plaquer un modèle préétabli. Cette fidélité à l’enquête et à la situation concrète est l’un des fils rouges de son histoire. Marc Bloch le rappelait avec une image devenue classique lorsqu’il écrivait que le bon historien ressemble à l’ogre de la légende, car là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier[2]. La connaissance en science de gestion comme en Histoire ne nait pas d’une construction abstraite ; elle se forme dans le contact avec la vie sociale.

Henry Mintzberg, dont les travaux empiriques ont renouvelé la compréhension du management et inspire tant de recherches, dont mes travaux de thèse, l’a formulé avec la même exigence : Pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les organisations, il faut sortir de son bureau et aller sur le terrain[3]. Les routines, les ajustements, les réponses improvisées, les solutions ad hoc, tout ce qui échappe à la formalisation immédiate fait partie intégrante du fonctionnement réel. L’historien et le spécialiste des organisations se rejoignent : le savoir exige de regarder ce qui agit et non ce que l’on imagine qui devrait agir.

Cette posture n’a jamais quitté la revue. Elle est pour ainsi dire constitutive de son identité. Elle a permis d’accueillir, depuis 1965, des travaux venus de mondes différents, porteurs de traditions intellectuelles variées, nourris d’expériences contrastées. Elle a rendu possible la rencontre entre l’analyse institutionnelle, la théorie des organisations, la sociologie du travail, la gestion publique, la finance, le marketing, l’économie territoriale ou encore la gouvernance coopérative. La Revue des Sciences de Gestion n’a jamais cherché l’uniformité. Elle a proposé la fécondité. Voilà pourquoi une fois de plus, elle est inclassable et surtout pas avec des normes venues d’ailleurs et inadaptées. « La pensée ne doit jamais se soumettre : ni a un dogme, ni à un parti, ni à une passion ; ni à un intérêt, ni a une idée préconçue ; mais seulement aux faits établis[4]. »

Une revue naturellement ouverte

C’est à cette lumière que prend tout son sens la citation de Max Weber que nous avons choisi pour titre de cet éditorial. Les terrains réunis dans ce numéro en témoignent. Ils proviennent d’Afrique francophone, d’Europe, du Congo, du secteur coopératif champenois, de l’industrie régulée, du marché de la téléphonie. Ils ne forment pas une mosaïque disparate mais un ensemble cohérent qui montre que la gestion se pense à l’échelle du monde, dans la diversité des continents, des cultures et des institutions.

Trois contributions ouvrent ce volume pour présenter un État de la question ou de la recherche.

1. Une revue systématique de la littérature sur l’aliénation du consommateur montre comment un concept ancien retrouve une pertinence contemporaine à l’heure des crises, des scandales et des mouvements d’anti-consommation.

2. Présenter la recherche africaine en contrôle de gestion, en s’appuyant sur les Journées d’Étude Africaine en Comptabilité et Contrôle, met en évidence la construction progressive d’un espace scientifique africain capable de produire ses propres cadres analytiques.

3. Analyser vingt années d’entrepreneuriat féminin congolais montre comment inclusion sociale, création de valeur et ancrage territorial se combinent dans un environnement institutionnel complexe.

Ces trois états de la recherche ne se contentent pas de faire un bilan ; ils ouvrent des agendas, des pistes, des chemins possibles.

Quatre articles riches d’actualité interrogent les tensions contemporaines et prolongent ces analyses en abordant des enjeux très concrets car l’ambiguïté est une caractéristique centrale de la vie organisationnelle[5]. Ils examinent les tensions interpersonnelles dans les réseaux vertueux, les critères mobilisent par le capital-risque dans la sélection des projets, les liens entre leadership transformationnel, motivation et créativité, ainsi que les effets de la norme IFRS 16 sur la présentation financière des entreprises.

Trois études de cas referment le numéro. Elles portent sur la croissance extra-organisationnelle d’une union de coopératives champenoises (du champagne pour nos 60 ans !), sur les spécificités du pilotage budgétaire dans une entreprise régulée, et sur la construction de la confiance dans les opérateurs de téléphonie auprès de jeunes adultes. Elles montrent que la gestion se comprend toujours au plus près des situations car l’étude de cas n’est pas un détour, mais un accès privilégié à la compréhension du social[6].

Et maintenant : ad multos annos !

Ainsi conçu, ce numéro illustre concrètement ce que la revue défend depuis soixante ans : une recherche qui relie plutôt qu’elle ne sépare, qui accueille plutôt qu’elle n’exclut, qui se nourrit du réel plutôt que de s’en détourner.

Henri Bergson résume bien cette posture lorsqu’il écrit que l’intelligence n’est pas faite pour se reposer, mais pour aller toujours plus loin[7].

Soixante ans ne sont pas un terme mais un élan. Marrakech en sera le prolongement, les Doctoriales en seront la transmission, et les numéros à venir en seront l’approfondissement.

La Revue des Sciences de Gestion n’entre pas en retraite. Elle continue d’avancer.


* Die Wirklichkeit ist immer noch unendlich vielgestaltiger, als es jede Theorie zu fassen vermag, Max Weber, Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre Tübingen, Mohr Siebeck, 1922, p. 170. (Articles réunis sur la théorie de la science).

1. https://culture.cnam.fr/decembre/pouvoir-d-agir-des-usagers-en-europe-en-amerique-en-afrique-partager-les-savoirs-pour-une-plus-grande-democratie-ensante-1559750.kjsp

2. Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. 17.

3. Henry Mintzberg, Le management : Voyage au centre des organisations, traduction française de Mintzberg on Management, Paris, Éditions d’Organisation, 1990, p. 312. Mintzberg on Management, New York, Free Press, 1989, p. 13.

4. Henri Poincaré, La morale et la science, conférence prononcée en 1912, publiée dans Henri Poincaré, Dernières pensées, Paris, Flammarion, 1913, p. 125.

5. Ambiguity is a central characteristic of organizational lifeJames, G. March et Johan P. Olsen, Ambiguity and Choice in Organizations, Bergen, Universitetsforlaget, 1976, p. 10

6. Michel Wieviorka, L’importance du cas, Paris, Éditions Robert Laffont, 2021, p. 12.

7. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 1932, p. 118.

Programme du colloque 2025 : Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers

Programme du colloque 2025 : Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers
Pouvoir d’agir des usagers en Europe, en Amérique, en Afrique… Partager les savoirs pour une plus grande démocratie en santé

Les Rencontres de la chaire de Gestion des services de santé du Cnam, le laboratoire Lirsa (EA4603), et la Revue des Sciences de Gestion s’associent pour organiser la 3e édition du colloque “Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers”.

Cette rencontre, qui s’inscrit au cœur des célébrations des 60 ans de la revue à Marrakech, rassemblera des experts, chercheurs et praticiens issus de différents continents.

Après avoir exploré les dynamiques en Europe en 2023, puis en Europe et au Québec 2024, le colloque 2025 propose d’élargir la réflexion à l’Afrique et aux autres régions du Monde.

Organisé par Sandra Bertezene, professeure du Cnam titulaire de la chaire de Gestion des services de santé, dans le cadre de la mission de diffusion de la culture scientifique du Cnam (avec le Laboratoire interdisciplinaire en sciences de l’action – Lirsa).

Ce cycle de conférences-débats complète les enseignements de l’équipe pédagogique nationale Santé-Solidarité et s’adresse à tous.


PROGRAMME

10h30 – 12h30 | Conférence – Démocratie en santé et pouvoir d’agir dans les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et les projets territoriaux de santé mentale: paroles d’usagers et de dirigeants

  • Pauline MAISANI, directrice générale adjointe du Groupe Hospitalier Universitaire Sorbonne, directrice de la Pitié Salpêtrière
  • Gérard ABRAHAM, usager expert auprès de la Haute Autorité de santé (HAS), représentant des Usagers au sein Groupe Hospitalier Artois-ternois, représentant des usagers au sein de la maison des usagers du Centre Hospitalier de Lens
  • Claire VINCENT, directrice adjointe, Groupe Hospitalier Artois-Ternois, Centre Hospitalier d’Arras
  • Christos PANAGIOTOPOULOS, directeur, appui au projet d’établissement, innovation et transformation, coordinateur, Projet Territorial de Santé Mentale Seine-Saint-Denis

14h – 17h | Ateliers – La démocratie en santé et le pouvoir d’agir des usagers: retours d’expérience, témoignages et résultats de recherche

Atelier 1 – Pouvoir d’agir des professionnels et des patients: partenariat de soin, expérience patient, co-design, collaboration et autonomie des soignants, etc.


Proposition d’une feuille de route pour développer le partenariat en santé en France
Célia BOURGEAC, étudiante double diplôme Pharmacie et Sciences Po Master Affaires européennes
Pierre-Alexis PASCO, étudiant en master Carrières Publiques à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence


Le Label « Partenaires en santé »: un dispositif innovant visant à reconnaître, accompagner et évaluer les pratiques de partenariat dans les milieux de santé et de services sociaux du Québec
Geneviève DAVID, Centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public (CEPPP), Centre de recherche du CHUM (CRCHUM)


Le statut des patients partenaires: du bénévolat au salariat? Quelle stratégie managériale?
Sofiane CHERFI, chargé de cours à l’IESEG et HEI école d’ingénieurs


Les facteurs de l’apprentissage organisationnel dans le cadre de l’expérience patient: expérimentation au sein d’un hôpital public français
François KOUKOUI, médecin cardiologue, chef de pôle Santé publique et Soins de suite et de réadaptation, Centre Hospitalier Sud Francilien


Vers un renforcement de l’autonomie et du pouvoir d’agir des cadres paramédicaux?
Marc-Antoine JACOB, maître de conférences en Sciences de gestion, Conservatoire national des arts et métiers, laboratoire Lirsa


Démocratie en santé et santé au travail
Nicole MISSIAMENOU, fondatrice et ambassadrice de WPSI Consulting Group SAS

Atelier 2 – Numérique, art et démocratie en santé dans les territoires


Les réseaux sociaux, levier du pouvoir d’agir des patients atteints de syndromes post-infectieux? Une comparaison internationale
Christine Noël Lemaitre, MCF HDR Aix Marseille Université, UR 892 Laboratoire de théorie du droit LTD, chercheur associée au LIR3S UMR 7366 Unibourgogne
et Didier Chabanet, directeur de la Recherche, IDRAC Business School Lyon, chercheur au laboratoire Triangle de l’ENS Lyon


Axel, un accélérateur industriel né d’une intervention syndicale et citoyenne – associer salariés, chercheurs, soignants et patients à l’élaboration des technologies de santé
Michel PERNET, journaliste
et Franck PERRIN, cadre technique chez Trixell-Thales


La contribution des chatbots médicaux au développement du pouvoir d’agir des patients en France, au Maroc, en Tunisie
Mohamed Anouar LAHOUIJ, enseignant en Sciences de l’information et de la communication, Université de Strasbourg
et Widiane FERCHAKHI, maître de conférences en Sciences de gestion, Université de Haute Alsace, laboratoire Greco


Le laboratoire émotionnel, une expérience sur les liens entre santé, culture et citoyenneté
Viviane JAUFFRET SERON, comédienne et dramathérapeute accréditée, élève au Cnam master Innovation entreprise et société

Alice ANBERREE, enseignante-chercheuse en sciences des organisations, Cnam, laboratoire Lirsa

Thierry CHARLOIS, chargé de l’action citoyenne et du comité d’orientation, Théâtre de la Concorde


Rose Tangos: une pièce de théâtre nourrie de l’expérience du parcours de patientes ayant un cancer du sein
Christelle JOUANNAUD, oncologue, Institut GODINOT
et Véronique et BATTEUX, patiente partenaire et référente en rétablissement en cancérologie


Gouverner la santé avec les usagers: le cas néo-aquitain
Oumaima OMARI HARAKE, doctorante en Sciences de Gestion, Université de Poitiers, Laboratoire CEREGE

Atelier 3 – Pouvoir d’agir et démocratie en santé dans les secteurs sanitaire, social et médico-social


La participation des usagers au prisme des politiques d’organisation du champ de l’autonomie: l’exemple de la transformation de l’offre médico-sociale en France
Loïc ANDRIEN, chercheur associé, chaire Transformation des organisations et du travail, Sciences Po Paris


Freins et limites de l’application des principes juridiques garantissant le pouvoir d’agir et la citoyenneté des résidents au sein des Ehpad
Kiara CHEGAI, responsable projet-formation, Fondation Médéric Alzheimer


Analyse des impacts du Comité de Vie Sociale (CVS) et de la Commission des Menus sur les soins et la gouvernance des ESMS: cas d’un Ehpad et d’une Résidence Autonomie
PASSE Edmond, enseignant à l’EDC Paris Business School


Parole d’usagers en santé mentale
Franck PEINAUD, administrateur et bénévole, Fédération nationale des associations d’usagers en santé mentale (FNAPSY)


Du consultatif au décisionnel: évaluer le co-design comme levier du pouvoir d’agir des usagers dans la gouvernance hospitalière
Sarah GOURDINE, directrice des ressources matérielle, Établissement Public de Santé Mentale de la Guadeloupe


Le dossier de soins: au fondement de la qualité des soins et du pouvoir d’agir des usagers en Tunisie
Sonia BEN HADJ HASSEN, professeure, École des sciences infirmières de Kairouan

17h | Conclusion

  • Philippe NASZÁLYI, directeur de La Revue des Sciences de Gestion, professeur des Universités honoraire, président de la Conférence de Territoire puis du Conseil Territorial de Santé de l’Essonne (2013–2022)
  • Sandra BERTEZENE, professeure du Conservatoire national des arts et métiers, titulaire de la chaire de Gestion des services de santé, Laboratoire Lirsa

Programme des Rendez-vous du Management de Marrakech 2025

Le comité d’organisation de la 3e édition du congrès International « Les Rendez-vous du Management de Marrakech », des 10 – 11-12 décembre 2025, organisé par l’Université Hassan 1er et la Faculté d’Economie et de Gestion de Settat, a le plaisir de vous présenter le programme de l’événement qui débutera au Théâtre MEYDENE (M Avenue) à Marrakech, à partir de 14h.

Cette édition traite une problématique majeure au centre des préoccupations nationales et internationales : « Travailler plus ? Travailler moins ? ou Travailler autrement ? »

Pour apporter un éclairage pertinent et approfondi, des intervenants représentant des institutions mondiales seront présents pendant 3 jours pour animer des activités d’intérêt majeur.

KEYNOTE SPEAKERS – 10 décembre : 14h30, Meydene

Hicham EL BAYED – Faculté d’Economie et de Gestion, Université Hassan 1er
Philippe NASZALYI – Directeur de La Revue des Sciences de Gestion
Ewen LEMOINE – Fondateur El Conseil & Formation
Houda BARAKATE – Directrice Générale EFE- Maroc
Ibrahima FALL – Directeur de l’Institut du Travail Réel

MASTER CLASS – 11 décembre : 08h30, M TECH – HR Days

Amine ROSSAFI – Directeur exécutif de l’Académie de l’EFE
Kaoutar MANERA – Country Human Resources Director chez Hilton
Eric LE DELEY – Directeur Génrale Délégué Adadémique Montpellier Business School
Thomas DENAYER – Directeur de communication Cliniques Universitaires Saint-Luc Université Catholique de Louvain-Bruxelles
Larbi SAFAA – Enseignant-chercheur Université Cadi Ayyade

FORMATION DOCTORALE – 12 décembre : 08h30, M TECH

Yves SOULABAIL – Secrétaire général de La Revue des Sciences de Gestion – Enseignant-chercheur Istec Business School Paris
Eric SEVERIN – Université de Lille
Jérôme BARAY – Vice-président de Le Mans Université
Daniel BRETONÈS – Directeur de la revue Vie & Sciences de l’Entreprise

Livre : “Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers”


Cet ouvrage réunit 58 auteurs, tous spécialistes du pouvoir d’agir et de la démocratie en santé : pairs-aidants et patients partenaires, représentants des associations d’usagers, infirmiers et médecins, directeurs d’établissements, enseignants-chercheurs, etc. Ces différents regards, ces expériences différentes et complémentaires braquent le projecteur sur les avancées, les réalisations actuelles, mais également les défis à relever pour que les savoirs nés de l’expérience de chacun puissent…




Livre Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers
Sous la direction de Sandra Berthézène, Démocratie en santé et pouvoir d’agir des usagers, LEH, 2025.

Les tensions sur le marché de l’emploi en France : constats et perspectives

Le marché de l’emploi en France connaît depuis plusieurs années une intensification des tensions. Loin d’être un phénomène conjoncturel lié uniquement à la sortie de crise sanitaire, ces déséquilibres s’inscrivent dans une dynamique plus profonde. Ils traduisent à la fois des difficultés structurelles de formation, des mutations sectorielles rapides et des évolutions dans les aspirations des travailleurs. L’artisanat, secteur historiquement résilient, en fournit une illustration exemplaire. Selon le dernier baromètre ISM-MAAF, malgré un niveau d’emploi encore élevé, les entreprises artisanales peinent à recruter, les offres progressant plus vite que le vivier de candidats disponibles¹. Ces constats rejoignent ceux dressés par la DARES et par l’INSEE, qui soulignent l’ampleur des tensions dans l’ensemble du tissu économique français².

Des tensions généralisées sur le marché de l’emploi mais différenciées selon les secteurs

En 2023, près de trois métiers sur quatre étaient considérés comme « en forte tension », couvrant environ 68% de l’emploi total³. Cette proportion constitue le plus haut niveau observé depuis plus d’une décennie. Les secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’industrie de production, ainsi que les services de proximité, concentrent la majorité des difficultés.
Dans l’artisanat, le baromètre ISM-MAAF relève une croissance spectaculaire des offres d’emploi : plus de 490 000 ont été publiées en 2024, soit une augmentation de 46% depuis 2019⁴. Dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi dans ces métiers a reculé de 12%. La combinaison de ces deux tendances explique l’ampleur des déséquilibres : pour certains métiers, plus de 80% des recrutements sont jugés difficiles. C’est le cas des couvreurs, chaudronniers ou carrossiers automobiles⁵.

Ces tensions ne sont cependant pas uniformes. Alors que certains métiers connaissent une raréfaction des candidats – charcutiers-traiteurs, plâtriers, soudeurs – d’autres, au contraire, voient affluer des vocations parfois au-delà des débouchés réels. Les brasseurs, fromagers ou pâtissiers, emblèmes de reconversions post-Covid, connaissent une hausse significative du nombre de demandeurs d’emploi⁶. Le marché oscille ainsi entre pénurie et excès d’offre, révélant une inadéquation croissante entre les trajectoires individuelles et les besoins collectifs.

Les ressorts des déséquilibres sur l’emploi en France

Plusieurs facteurs expliquent la persistance de ces tensions. D’abord, un déficit structurel de main-d’œuvre. Nombre de métiers artisanaux ou industriels souffrent d’un manque d’attractivité lié à des conditions de travail exigeantes, à une reconnaissance sociale limitée et, souvent, à une rémunération jugée insuffisante⁷. Les jeunes générations manifestent des attentes accrues en matière de qualité de vie au travail, de flexibilité et de sens accordé aux activités exercées.

Ensuite, une inadaptation territoriale. Les zones géographiques où les besoins sont les plus forts ne correspondent pas toujours aux bassins de main-d’œuvre disponibles. L’Île-de-France concentre ainsi plus de 1,7 million d’emplois en tension, soit près d’un tiers de l’emploi régional⁸. Les coûts et les temps de transport freinent les mobilités, accentuant les difficulties des entreprises locales.

Enfin, des transformations économiques rapides compliquent l’ajustement. La transition énergétique crée de nouveaux besoins (isolation, construction bois, réparation de cycles), tandis que la numérisation modifie les compétences requises dans la maintenance, l’automobile ou les métiers de service. L’offre de formation initiale et continue peine à suivre, malgré des dispositifs renforcés de reconversion et d’apprentissage⁹.

Conséquences économiques et sociales

Ces tensions produisent des effets multiples. Elles rallongent les délais de recrutement et limitent parfois l’activité des entreprises, qui doivent arbitrer entre retards, surcoûts et réduction de leur offre. Elles accentuent également les inégalités territoriales, certains services de proximité étant fragilisés par le manque de personnel.

Elles contribuent aussi à modifier les équilibres salariaux. Dans plusieurs branches, la rareté de la main-d’œuvre entraîne des revalorisations ou l’octroi de primes pour attirer les candidats. Ces ajustements, s’ils améliorent l’attractivité, peuvent aussi générer des tensions inflationnistes. Enfin, la multiplication des recrutements contraints ou partiellement qualifiés accroît le risque de précarisation, en particulier pour les jeunes et les reconvertis.

Perspectives et leviers d’action

Face à ce diagnostic, plusieurs pistes apparaissent.

  • L’adaptation des parcours de formation aux besoins du marché demeure un levier essentiel : renforcement de l’alternance, développement de modules de reconversion plus souples, et meilleure articulation entre formation initiale et continue.
  • L’amélioration des conditions de travail constitue une priorité pour redonner attractivité aux métiers en tension. Elle passe par la revalorisation salariale, mais aussi par des efforts sur l’organisation, la sécurité et les perspectives de carrière.
  • La dimension territoriale doit être davantage intégrée. Les politiques publiques gagneraient à cibler les bassins les plus affectés, en développant des infrastructures de transport, des aides à la mobilité ou des formations locales.
  • Enfin, la coordination entre acteurs publics et privés apparaît décisive. La mise en commun de données fiables, la concertation entre entreprises, collectivités et organismes de formation, ainsi qu’une anticipation partagée des besoins, conditionnent l’efficacité des politiques de l’emploi.

Les tensions actuelles du marché du travail français constituent à la fois un défi et une opportunité. Défi, car elles mettent en lumière les fragilités d’un système où l’offre et la demande peinent à se rencontrer, au détriment de la compétitivité des entreprises et de la cohésion sociale. Opportunité, car elles ouvrent la voie à une revalorisation de métiers essentiels, à une réflexion approfondie sur l’organisation du travail et à une meilleure reconnaissance des compétences. Pour la recherche en sciences de gestion, ces mutations offrent un terrain privilégié d’observation et d’analyse, où se jouent les équilibres futurs du travail et de l’emploi.

Philippe Naszályi



Notes

1. Baromètre ISM-MAAF, Les chiffres 2025 de l’emploi dans l’artisanat en France, communiqué du 4 septembre 2025.

2. INSEE, « Marché du travail : tensions sur le recrutement en Île-de-France », Insee Analyses Île-de-France, n° 164, 2023.

3. DARES, « Les tensions sur le marché du travail en 2023 », Dares Résultats, n° 54, juin 2024.

4. Baromètre ISM-MAAF, op. cit.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. France Stratégie, Métiers 2030 : quelles perspectives pour l’emploi en France ?, Rapport, 2022.

8. INSEE, op. cit.

9. France Stratégie, op. cit.

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